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Richard Coudrais

 

Pionnier du foot sur le Web avec Kick'n'Rush, historien pour les Cahiers et Footichiste pour son compte.


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[rétro Euro 2000 • 5/5] Il y a vingt ans, le championnat d’Europe 2000, comme celui de 1996, a désigné son vainqueur par un but en or. Une formule alors récente qui entamait déjà son déclin. 

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Dans son histoire, le championnat d’Europe de football a été un formidable champ d’expérimentations pour les rencontres qui ne peuvent s'achever sur un résultat nul. La première finale, URSS-Yougoslavie en 1960, a ainsi été conclue par une prolongation.

 

Celle de 1968 est également allée jusqu’à la prolongation, mais comme elle n’a pas désigné de vainqueur, la rencontre a été rejouée. Elle a été remportée par l’Italie qui, trois jours plus tôt, avait passé sa demi-finale… par tirage au sort.

 

 

 

 


Des tirs au but au but en or

En 1976 à Belgrade, RFA et Tchécoslovaquie ne parviennent pas à se départager en prolongation. Les deux finalistes ont alors recours aux tirs au but, une première en finale d’une grande compétition. L’occasion, au passage, de découvrir le fameux tir piqué du Tchécoslovaque Antonin Panenka qui donne la victoire aux siens.

 

Vingt ans plus tard à Wembley, les deux mêmes nations ou presque, Allemagne et République tchèque, expérimentent une nouvelle manière de mettre fin à une rencontre sans vainqueur: le but en or. Une faute de main du gardien tchèque Petr Kouba, sur un tir d’Oliver Bierhoff, donne la victoire à l’Allemagne et met soudainement fin au tournoi.

 

 

 

 

Lors de l’édition suivante, l’équipe de France se fait une spécialité de l’exercice. Après avoir été la première à bénéficier du procédé en Coupe du monde (France-Paraguay, huitième de finale du Mondial 1998), la sélection tricolore remporte grâce à lui sa demi-finale face au Portugal, puis le tournoi contre l’Italie.

 

Depuis quelques années, la pratique des tirs au but s’était généralisée dans de nombreuses compétitions de football. Mais elle n’avait pas pour autant gagné en légitimité.

 

Inaugurés à Séville à l’issue de la traumatique demi-finale entre France et RFA, les TAB ont été de plus en plus fréquents en Coupe du monde, dans ses moments de plus en plus décisifs: trois quarts de finale en 1986, quatre rencontres dont les deux demi-finales en 1990, trois en 1994 dont la finale.

 


Quelle légitimité pour les tirs au but ?

La généralisation du procédé commençait à poser problème. L’exercice, bien que particulièrement technique, sort du cadre d’un match à proprement parler. Il donne un résultat considéré comme aléatoire, au détriment de la crédibilité des compétitions.

 

Entre 1984 et 1991, la Coupe des clubs champions est remise presque une fois sur deux à l’issue des tirs au but. Ce fut aussi le cas dans les autres épreuves européennes, en Coupe de France et même en Coupe Gambardella. Le mot d’ordre était donc d’en finir avec les tirs au but, ou du moins d’en limiter leur utilisation.

 

Le but en or semblait la solution idéale: la première équipe qui marque un but en prolongation est déclarée vainqueur. Quoi de plus simple? L’Euro 1996 en Angleterre sert de laboratoire à cette nouvelle règle, mais celle-ci n’est appliquée qu’une seule fois… lors de la finale. Elle n’a pas empêché quatre rencontres (dont les deux demi-finales) de se jouer aux tirs au but.

 

Même chose lors de la Coupe du monde 1998: un seul but en or pour trois matches conclus par une séance de tirs au but. La tendance s’inverse ensuite: deux pour une au cours de l’Euro 2000, trois pour deux en Corée et au Japon pour la Coupe du Monde 2002.

 

Alors que ses promoteurs pouvaient en espérer une incitation à attaquer lors de prolongations souvent crispées et ternes, la peur de la "mort subite" (nom officieux de la méthode) sembla avoir l'effet inverse. Généralement, le regain de tension n'alla pas de pair avec un regain de spectacle.

 


L’occasion ratée du but en argent

S’il semblait en mesure donc de remplir son objectif, le but en or n'apportait finalement pas satisfaction. Dans sa façon de mettre brutalement fin aux rencontres, était-il vraiment moins injuste que les tirs au but? Le problème n’était-il pas la généralisation d’un procédé plutôt que le procédé en lui-même?

 

Indéniablement, le match de foot ne pouvait se terminer sur un but, fût-il en or. L’esprit du jeu demandait que l’adversaire ait une chance d’égaliser.

 

Le but en or a donc disparu très vite, à l'issue du Mondial asiatique. Les instances proposèrent alors une solution un peu plus soft qu’elles baptisèrent "but en argent". Le principe était de relever le score à l’issue d’un certain temps de jeu en prolongation, à la mi-temps puis à la fin.

 

C’est bien sûr le championnat d’Europe qui inaugura cette formule. Elle ne fut appliquée qu’une fois, lors de la demi-finale opposant la République tchèque à la Grèce. Mais ce but en argent ayant été inscrit à la dernière minute d’une période de jeu, il ressembla beaucoup, dans la forme, à un but en or.

 

Les instances du football abandonnèrent alors le but en argent et avec lui toute idée de trouver la solution pour raréfier les tirs au but. Ceux-ci, d'ailleurs, posaient-ils encore problème? La génération des fans de football nés après Séville les a intégrés dans le déroulement normal d’un match de football et apprécie leur dramaturgie.

 


Pour un replay des finales

Il est toutefois dommage que l’on n’ait pas expérimenté plus longtemps le but en argent, qui semblait mieux respecter l’esprit du football que les TAB ou le golden goal. On aurait pu, par exemple, aménager des prolongations de trois fois dix minutes.

 

D’autres idées ont également été avancées, notamment celle de donner un vainqueur par défaut en cas de résultat nul: l’équipe qui a ouvert le score, celle qui a inscrit le plus de buts ou pris le moins de cartons depuis le début de l’épreuve… Certains ont aussi suggéré d'exécuter les tirs au but avant la prolongation, voire avant le match.

 

On oublie par ailleurs que la solution existe depuis la nuit des temps. Les plus anciennes épreuves de coupe ont longtemps fait rejouer les rencontres terminées sur un score nul. Aujourd’hui, les calendriers de plus en plus serrés ne permettent plus de glisser une rencontre supplémentaire entre deux autres.

 

On acceptera volontiers l’argument pour un match qualificatif, mais beaucoup moins sur une finale. Celles de la Coupe du monde ou de la Ligue des champions (mais aussi l’Euro) se jouent souvent avant une période dégagée. Pourquoi, alors, se refuser à faire rejouer ces finales?

 

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