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Richard N

 

Pionnier du foot sur le Web avec Kick'n'Rush, historien pour les Cahiers et Footichiste pour son compte.


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Panenka 1976, le penalty de velours

Un jour, un but – La finale de la Coupe d'Europe des Nations 76 se conclut par un exercice inédit: les tirs aux buts. Un joueur tchécoslovaque va laisser son nom dans l’histoire.

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En ce mois de juin, il est fini le temps où l'on faisait rejouer une rencontre lorsque les deux équipes n'avaient pas réussi à se départager. La modernité, toujours plus exigeante, veut que l'on respecte les plannings et que l'on finisse le travail à la date fixée, quitte à faire des heures supplémentaires. Lorsque les prolongations n'ont pas suffi, on procède désormais aux tirs au but. Cette pratique est apparue au début des années 70: d'abord utilisée dans les tours préliminaires, on rechigna longtemps à s’en servir pour une finale, estimant que l'on ne pouvait décemment proclamer un champion à l'issue d'une pratique aussi injuste. Puis vint la finale de la Coupe d'Europe des Nations en 1976, à Belgrade, pour laquelle il avait été décidé que la rencontre se serait pas rejouée en cas de match nul.

 


Dernier tireur

Ce 20 juin, l'Allemagne de l'Ouest tenante du titre est opposée à une surprenante équipe tchécoslovaque. On ne sait pas grand-chose d’elle, sinon qu’elle a éliminé les Pays-Bas en demi-finale et donc privé l'Europe d’une revanche de la finale du Mondial 1974. La rencontre est superbe. Les deux équipes ne lâchent rien et achèvent les prolongations sur un score nul (2-2). Sous les yeux de l'Europe entière (à l'exception notable de la France, qui n'avait pas jugé utile de téléviser cette rencontre), la finale d'un tournoi international va donc se conclure, pour la première fois, aux tirs au but.

 

 

Au neuvième tir, l'Allemand Uli Hoeness craque et envoie la balle au-dessus de la barre – moins complaisante que celle d’Hampden Park, quelques semaines plus tôt, en faveur du Bayern. Le score est de 4-3 et le dernier tireur est Antonín Panenka, vingt-sept ans, milieu de terrain des Bohemians de Prague. L'enjeu est clair: s'il marque, il est champion d'Europe. Au lieu de frapper en force, le Tchèque laisse Sepp Maier plonger sur sa gauche et, d'une pichenette, envoie le ballon doucement au centre de la cage, hors de portée du gardien. Les spectateurs cherchent à comprendre ce qu'il s'est passé, les télévisions réclament le ralenti. Pendant ce temps, Panenka fête son but avec ses coéquipiers. La Tchécoslovaquie est championne d'Europe.

 


À la Tchèque

Le milieu de terrain des Bohemians Prague avait déjà marqué quelques penalties de cette façon dans le championnat tchécoslovaque, mais son geste n'avait pas encore franchi les frontières de son pays. Celles-ci étaient très hermétiques à l'époque, il est vrai. Depuis 1968 et la répression soviétique sur le Printemps de Prague, la Tchécoslovaquie vivait renfermée sur elle-même, dans le processus de “normalisation” voulu par Moscou. C'est donc dans un contexte ou l'expression est étouffée, dans une ville de Prague réduite au silence, qu'a été créé ce geste insolent.

 

Antonín Panenka n'était pourtant pas plus fou que ses coéquipiers. Il donnait même l'image d'un footballeur de devoir, costaud et moustachu comme beaucoup de sportifs des pays communistes de l'époque. Sur le terrain, il portait en lui les qualités et défauts de ses compatriotes. La Tchécoslovaquie a toujours été une grande nation de football. Elle a connu deux finales de Coupe du monde (1934 et 1962) et a engendré de grands footballeurs. Seulement, contrairement à leurs voisins hongrois et autrichiens, les Tchèques et Slovaques ont toujours manqué d’un soupçon de fantaisie. On leur reproche une trop grande rigueur quand l'action réclame un zeste de folie. Le penalty de Panenka, qu’on a longtemps appelé “penalty à la Tchèque” n’avait finalement rien de tchèque.

 


Un geste de seigneur

Antonín Panenka a par la suite répété de nombreuses fois son geste sur penalty. Dominique Dropsy, gardien de l’équipe de France, en a notamment fait les frais lors d'un match éliminatoire du Championnat d'Europe à Bratislava le 4 avril 1979 (victoire 2-0 des Tchécoslovaques). Au cours de sa carrière, Panenka a tiré 46 penalties et n'en aurait raté aucun... Sa notoriété grandissant, il ne pouvait évidemment pas tous les tirer à sa façon et devait se résoudre à les tenter de manière plus conventionnelle. Lors de la Coupe du monde 1982, il inscrivit les deux buts de son équipe sur des penalties tout à fait “normaux”.

 

Après avoir effectué l’essentiel de sa carrière aux Bohemians de Prague, Antonín Panenka sera autorisé à monnayer son talent dans un club occidental. Il se contentera de parcourir les 250 kilomètres qui séparent Prague de Vienne pour signer au Rapid. Il y évoluera durant quatre ans, remportant deux titres de champions d'Autriche, trois Coupes, et inscrivant un ultime but en finale de la Coupe des Vainqueurs de Coupe, perdue contre Everton en 1985.

 

Son nom est tardivement passé à la postérité. Il est revenu dans la bouche des commentateurs dans les années 1990, lorsque certains joueurs ont remis son geste au goût du jour. L’Allemand Rudi Völler puis l’Italien Francesco Totti s’en sont fait une arme technique à part entière, Zinédine Zidane l’a réalisé (et réussi d’un rien) en finale de Coupe du monde. Il y a aujourd’hui, fréquemment, un ou deux intrépides qui rompent la monotonie d’une série de tirs aux buts en marquant d’une Panenka. Et il y a ceux qui se ridiculisent parce qu’ils l’ont ratée. Ceux-ci comprennent, bien tardivement, qu’ils ont eu tort de tant d’audace (lire “Morale de la Panenka). Et que la Panenka est avant tout un geste réservé aux seigneurs.

 

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