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Brice Tollemer

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Combats du sport

Acte IV : éparpillement et dilution (2004-2020)

D’une Europe étoilée à un Euro étiolé – À trop vouloir s'élargir, on prend le risque d'exploser. Un dernier volet qui claque sur les doigts. 

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En football comme en politique, il ne faut jamais jurer de rien. Les prédictions, les jugements péremptoires, les assertions définitives, tout peut voler en éclats. L’inattendu devient l’événement, l’improbable prend forme.

 

Nous sommes en 2004, le Portugal organise son premier championnat d’Europe et il fait partie des prétendants à la victoire finale. Déjà, le FC Porto a montré la voie, un mois plus tôt, en remportant la Ligue des champions face à l’AS Monaco, avec une équipe composée à 90% de joueurs portugais.

 

L’équipe nationale – dirigée par le champion du monde brésilien Luis Felipe Scolari – compte ainsi Deco dans ses rangs, mais également le galactique Luis Figo et Cristiano Ronaldo, alors âgé seulement de dix-neuf ans.

 

 

 


Non de Zeus

Gardant la même formule depuis 1996, ce tournoi conserve son équilibre idéal entre intensité de la compétition relevée et nombre de matches. Parmi les vainqueurs potentiels apparaissent alors la France, championne d’Europe en titre, revancharde après l’accident de 2002, l’Angleterre de David Beckham et de Paul Scholes, l’Italie et les Pays-Bas.

 

Mais, dès le match ouverture, on pressent que rien ne se passera comme prévu puisque le Portugal chute contre la Grèce. L’équipe entraînée par Otto Rehhagel parvient par la suite à se qualifier pour les quarts de finale, éliminant la France puis la République tchèque. En finale comme lors du match inaugural, la sélection hellène s’impose, grâce à l’inévitable Charisteas.

 

La Grèce est championne d’Europe, après avoir défait (deux fois) le pays organisateur et les champions en titre. C’est une immense surprise, mais en aucun cas un accident.

 

La stupéfaction est d’une tout autre nature, le 29 mai 2005, lorsque le "non" l’emporte en France lors du référendum sur le Traité établissant une constitution pour l’Europe (TCE). Par son ampleur, ce refus marque les esprits après une campagne enflammée. 54.7% pour le "non", 45.3% pour le "oui": une nette majorité des électeurs d’un des pays fondateurs de l’Union a refusé ce projet.

 

Crainte d’une perte de souveraineté, refus de donner une assise politique au libéralisme économique, les raisons sont diverses. Il convient néanmoins de constater que l’élargissement de l’Union s’est subitement accéléré avec l’adhésion de dix nouveaux pays en 2004 et que la volonté d’agrandir un marché libre a pris le pas sur l’approfondissement démocratique de l’ensemble.

 


Conquêtes espagnoles

L’adoption du Traité de Lisbonne – version pratiquement similaire à la Constitution rejetée précédemment – par les parlementaires français en 2008 confirmera cette volonté de mise à l’écart du peuple quant à la nature et l’évolution de l’UE…

 

Si l’Europe politique compte désormais 27 membres, l’Euro organisé conjointement par la Suisse et l’Autriche en 2008 conserve le même nombre de participants et marque le début de la domination espagnole sur le monde du football.

 

Ayant réalisé son aggiornamento après la défaite contre la France en huitièmes de finale du Mondial allemand, deux ans plus tôt, la sélection ibérique va connaître une période dorée en remportant consécutivement l’Euro 2008, la Coupe du monde 2010 et l’Euro 2012. Quatre années de domination totale pour une authentiquement invincible armada.

 

Menée notamment par Xavi et Iniesta, l’Espagne emporte tout sur son passage, dans un savant mélange de tiki-taka et de rugosité défensive. Dans le même temps, l’équipe de France suit une trajectoire complètement opposée, entre désastre sportif et fédéral.

 

Après une élimination au premier tour en 2008 se produit l’épisode tragicomique de Knysna en Afrique du Sud, le tout conclu par les propos du nouveau sélectionneur Laurent Blanc sur les quotas de joueurs en 2011.

 


Jouer le maintien

C’est au début de l’année 2013 que David Cameron émet l’idée d’un référendum sur le maintien ou non du Royaume-Uni au sein de l’Union européenne. Le premier ministre anglais promet ainsi que cette consultation populaire se tiendra si le Parti conservateur – auquel il appartient – remporte les élections législatives de 2015.

 

Derrière ce projet de référendum se cache une volonté purement politicienne, consistant à couper l’herbe sous le pied à l'UKIP de Nigel Farage, parti antieuropéen et anti-immigration, alors en pleine ascension électorale.

 

Cette stratégie fonctionne puisque les Tories remportent la majorité des sièges à la Chambre des communes en 2015. Comme il l’avait promis, David Cameron annonce la tenue d’un prochain vote sur l’appartenance du Royaume-Uni à l’UE, si les négociations concernant notamment les questions d’immigration et de libre-échange échouent.

 

Au mois de février 2016, l’UE et les dirigeants britanniques parviennent à un accord, mais afin de contenter une partie de son électorat, le dirigeant anglais annonce la tenue du référendum pour le 23 juin, tout en appelant à voter pour le Remain.

 

Le visage de l’Europe est sur le point de changer et celui de l’Euro a déjà débuté sa mue. Contrairement à 1996, où le tournoi devait absorber l’arrivée de nouvelles nations, le passage à 24 équipes qualifiées en 2016 répond globalement à la motivation économique de l’UEFA de multiplier le nombre de matches.

 

Pratiquement la moitié des pays membres de l’UEFA participent à cette phase finale. À titre de comparaison, seuls 15% des pays affiliés à la FIFA sont qualifiés pour la Coupe du monde.

 

 

 

 


Out of the blue

Afin de s’adapter à cette augmentation, la phase de poules passe alors de quatre à six groupes tandis que des huitièmes de finale font leur apparition. L’arrivée de ce nouveau format inclut le concept fumeux de "meilleurs troisièmes", qui permet à des équipes avant-dernières de leur poule de se qualifier pour les huitièmes de finale.

 

C’est le cas notamment du Portugal, futur vainqueur de l’épreuve, qui passe l’obstacle du premier tour en n’ayant gagné aucune rencontre, dans une poule l’opposant à l’Autriche, la Hongrie et l’Islande. Islande qui crée par ailleurs la surprise en éliminant l’Angleterre en huitièmes.

 

Les Anglais sont sortis de l’Euro après s’être sortis eux-mêmes de l’Europe quatre jours plus tôt. En effet, le 23 juin 2016, 52% des Britanniques ont exprimé par référendum le souhait de quitter l’Union européenne. La consternation est totale de l’autre côté de la Manche et sur le continent.

 

Si les raisons qui ont poussé les électeurs à choisir le Brexit sont protéiformes, la campagne menée par Nigel Farage et Boris Johnson a oscillé entre slogans mensongers, nationalisme et europhobie latente.

 

Boris Johnson, pur produit de l’establishment conservateur anglais, qui était jusqu’au mois de février 2016 favorable au Remain, est aujourd’hui premier ministre du Royaume-Uni.

 


De Londres à l'Oural, de 2020 à 2021

Entre l'élargissement à outrance afin de favoriser l’expansion du modèle libéral et une certaine appétence à tenir à distance les populations du pouvoir exécutif européen, l’UE est de nos jours une drôle de créature hybride à 27 pays.

 

19 de ses membres utilisent une monnaie unique, 24 langues sont reconnues comme officielles, l’organisation est une puissance économique et démographique, sans armée commune. Son identité semble s’être diluée dans sa politique monétariste et commerciale.

 

Dilué et délité, l’Euro de football l’est également, avec la compétition qui devait normalement se dérouler cette année, mais repoussée à 2021.

 

Organisée dans douze pays, de Londres à Bakou en passant par Saint-Pétersbourg pour fêter les soixante ans du Championnat d’Europe des nations, cette édition compliquera les déplacements des supporters et des équipes, sans aucune cohérence géographique ou sportive.

 

Compte tenu de la lenteur des décisions et des atermoiements de l’Union européenne et de l’UEFA, nul n’ose imaginer les ravages qu’aurait potentiellement causés la nouvelle configuration de cet Euro, en pleine pandémie, si celle-ci s’était déclarée peu de temps avant le match d’ouverture du 12 juin, dans la capitale italienne…

 

Acte I : de Rome à la Panenka (1960-1976)
Acte II : L’Europe, nouvelle formule (1980-1988)
Acte III : Un non à retenir (1992-2000)

  

 

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