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Brice Tollemer

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Acte I : de Rome à la Panenka (1960-1976)

D’une Europe étoilée à un Euro étiolé – L'Europe politique et l'Europe du football ont suivi des histoires parallèles: racontons ici leur genèse. 

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Empruntons les passerelles entre le développement de l’Union européenne et l‘évolution du Championnat d’Europe de football: soixante années d’un courant plus que tumultueux.

 

* * *

 

Le 25 mars 1957, l’Allemagne, l’Italie, la Belgique, les Pays-Bas, le Luxembourg et la France signent, dans la salle des Horaces et des Curiaces du Capitole, le Traité de Rome qui institue la création de la Communauté économique européenne (CEE).

 

Trois années auparavant, du côté de Bâle, est fondé le Groupe des associations européennes qui deviendra au cours de l’année 1954 l’Union des associations européennes de football: l’UEFA. Ce projet de regroupement des fédérations européennes est né de la volonté commune des dirigeants italiens, belges et français.

 

En 1956 a lieu la première finale de la Coupe d’Europe des clubs champions et c’est en 1960 que se déroule le premier Championnat d’Europe des nations.

 

L’acte de naissance de ces deux Europe, au cœur des années cinquante, est tout d’abord l’aboutissement de processus théorisés et pensés avant la seconde guerre mondiale. Il constitue également le point de départ de deux colossales organisations qui vont considérablement marquer de leur empreinte l’histoire politique et sportive du continent jusqu’à nos jours.

 

L’évolution en parallèle de ces deux entités est un formidable terrain d’analyse et de mise en perspective historique, où les directions et soubresauts de l’une croisent et modifient la linéarité de l’autre.

 

 

 


Une place à se faire

Comment s’affirmer dans un système mondial régi par l’affrontement de deux blocs idéologiques antagonistes et en constante lutte d’influence l’un (les États-Unis) contre l’autre (l’Union soviétique)? Comment relever économiquement la tête une dizaine d’années après le conflit le plus meurtrier de l’histoire?

 

Et, surtout, comment éviter que la France et l’Allemagne rentrent en conflit armé tous les vingt ans? La recherche d’une paix durable et la pérennité d’une coopération économique qui améliore la libre circulation des personnes et des échanges sont les deux principaux objectifs de la création de cette Communauté économique européenne.

 

En 1951, la fondation de la Communauté européenne du charbon et de l’acier (CECA) avait montré la voie. Six années plus tard, ce sont les mêmes pays à l’origine de la CECA qui signent le Traité de Rome. Bien évidemment, le Royaume-Uni n’en fait pas partie…

 

Aucune nation britannique ne participe par ailleurs à la première édition du Championnat d’Europe de football en 1960. Mais c’est également le cas de l’Allemagne de l’Ouest, de la Belgique et de l’Italie. Cette vieille idée de compétition européenne connaît des débuts mitigés, notamment en ce qui concerne sa participation, puisque seulement dix-sept pays y prennent part.

 

Comme pour la Coupe du monde, c’est un Français qui est à l’origine de ce tournoi, Henri Delaunay, qui évoque dès 1927 le projet d’un championnat sur le continent, alors qu’il est secrétaire général de la Fédération française

.

Mais il faut attendre l’après-guerre et la levée de l’interdiction de confédérations continentales par la FIFA, en 1953, pour permettre l’avènement de cette nouvelle compétition. Henri Delaunay, qui décède en 1955, ne peut malheureusement pas assister à sa mise en place. Le trophée remis au vainqueur portera son nom en guise d’hommage.

 

 

 


L'Europe penche à l’Est

Pour cette première édition, les équipes engagées s’affrontent tout d’abord lors d’une phase d’éliminatoires, constituée de huitièmes puis de quarts de finale, en matches aller-retour. Exception faite de la France, aucun membre de la CEE ne participe à cette compétition, au contraire de l’Union soviétique et des pays estampillés du Bloc de l’Est.

 

Le quart de finale qui devait opposer l’Espagne de Franco à l’URSS ne peut avoir lieu, car le pays sous la coupe du dictateur ibérique refuse de se rendre chez l’ennemi communiste de la guerre civile. L’Espagne déclare alors forfait et l’Union soviétique atteint le dernier carré en compagnie de la France (sans Just Fontaine, ni Raymond Kopa), de la Tchécoslovaquie et de la Yougoslavie.

 

Au cours du tournoi qui se déroule en France, c’est l’URSS de Lev Yachine qui s’impose en finale au Parc des Princes devant la Yougoslavie et 17.000 personnes. Trente années après la première Coupe du monde, quarante-cinq après la naissance de la Copa America, l’Europe du football accouche péniblement d’une compétition digne de ce nom, mais encore sans grand prestige.

 

Les éditions suivantes se déroulent selon la même formule de qualification et le nombre d’équipes qui y participent augmente sensiblement. En 1964, 29 pays prennent part aux éliminatoires, avec l’arrivée des fédérations britanniques notamment. L’Union soviétique atteint une nouvelle fois la finale, mais s’incline face à l’Espagne, qui joue à domicile en tant qu’organisatrice du tournoi final.

 

En 1968, 31 nations participent aux éliminatoires, dont l’Allemagne de l’Ouest. Ils se déroulent alors selon une phase de poules, les premiers de chacun des huit groupes s’affrontant par la suite en quarts de finale aller-retour, afin de désigner les quatre pays qualifiés pour le tournoi final, en Italie.

 

Le parcours du pays organisateur vers la victoire est pour le moins particulier: après avoir éliminé l’URSS par tirage au sort en demi-finale, il faut deux matches aux Italiens pour battre la Yougoslavie en finale. Le premier s’est terminé sur un match nul, et l’épreuve des tirs au but n’existe pas. Quatre ans plus tard, la RFA remporte son premier titre européen, épilogue d’une compétition à laquelle a participé la totalité des pays du continent.

 

 

 


Vainqueurs disparus

Si le Championnat d’Europe des nations a pris progressivement de l’ampleur au cours de ces années soixante, il n’en a pas été de même pour la Communauté économique européenne. Il faut dire qu’un homme politique, en particulier, a voulu imposer sa certaine idée de l’Europe aux autres pays membres.

 

Le général de Gaulle s’oppose ainsi par deux fois à l’entrée du Royaume-Uni dans la CEE en mettant son veto, en 1963 et 1967, considérant entre autres l’encombrant voisin anglais comme le Cheval de Troie des États-Unis. Par ailleurs, la France pratique durant six mois au sein de la Communauté la politique de la chaise vide.

 

Concrètement, du mois de juin 1965 à janvier 1966, de Gaulle refuse de participer au Conseil des ministres de la CEE, afin notamment de protester contre la mise en place de la politique agricole commune (la fameuse PAC) et de soutenir le principe de l’unanimité des États membres lors de la prise de décisions considérées comme vitales.

 

Avec le départ du général en 1969, la CEE entreprend une nouvelle croissance, politique et géographique. C’est ainsi qu’en 1973, le Royaume-Uni, l’Irlande et le Danemark rejoignent le projet européen: c’est le début de l’élargissement de ce qu’on appellera plus tard l’Union européenne.

 

Lors de l’Euro 1976 en Yougoslavie, Antonin Panenka, en convertissant le dernier tir au but contre l’Allemagne de l’Ouest, offre la victoire à la Tchécoslovaquie. C’est l’ultime édition à se dérouler selon cette vieille formule d’un mini-tournoi à quatre équipes lors de la phase finale.

 

Yougoslavie, RFA, Tchécoslovaquie: des noms de pays qui se sont évanouis depuis, symboles d’un ordre européen d’après-guerre qui a duré une quarantaine d’années. Les années 80 qui se profilent font entrer l’Europe du football dans une nouvelle phase, tandis que les murs qui cloisonnaient le continent commencent à se fissurer de part et d’autre…


Acte II : L’Europe, nouvelle formule (1980-1988)
Acte III : Un non à retenir (1992-2000)
Acte IV : éparpillement et dilution (2004-2020)

  

 

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