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Brice Tollemer

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Les feux du stade

Acte III : Un non à retenir (1992-2000)

D’une Europe étoilée à un Euro étiolé – L'Europe politique continue à se construire, mais le Danemark fait exploser celle du football, avant que les Bleus ne deviennent maîtres des horloges. 

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Le 2 juin 1992, 50,7% des électeurs danois rejettent le Traité de Maastricht, traité constitutif de l’Union européenne. Un coup de tonnerre en Europe car c’est l’une des premières fois qu'un peuple du continent exprime son désaccord contre l’évolution de la CEE.

 

C’est le signal originel de la défiance des populations envers cette idée européenne, où l’Europe des nations s’oppose à celle des institutions bruxelloises.

 

Trois semaines plus tard, le 26 juin, les Danois remportent l’Euro suédois en battant l’Allemagne en finale, compétition… qu'ils ne devaient pas disputer. Cette victoire reste une des meilleures illustrations de la célèbre antienne "tout va très vite dans le football".

 

 

 

 


En moins de dix

Tout va aussi très vite en Europe, depuis quelques années. Le Mur de Berlin tombe le 9 novembre 1989 et les républiques dites populaires du bloc de l’Est s’effondrent les unes après les autres.

 

Une célèbre formule souligne qu’il a fallu dix ans de révoltes à la Pologne pour retrouver sa liberté, dix mois à la Hongrie, dix semaines à la Tchécoslovaquie avec sa Révolution de velours et dix jours à l’Allemagne avec la chute du Mur.

 

Peu à peu, tous les pays sous le joug de l’Union soviétique depuis une cinquantaine d’années goûtent de nouveau à la liberté et changent progressivement de régime. Le 3 octobre 1990, la RDA disparaît et l’Allemagne est réunifiée. L’Empire soviétique se désagrège, l’URSS cesse officiellement d’exister le 25 décembre 1991.

 

En deux petites années, c’en est fini d’une Europe coupée en deux, c’en est fini de l’affrontement idéologique de deux blocs antagonistes, et certains chercheurs comme Francis Fukuyama estiment même que c’en est fini de l’Histoire, avec la victoire totale de la démocratie libérale.

 

Une chose est néanmoins sûre, cette soudaine déflagration dessine une nouvelle géographie politique de l’Europe, avec la disparition et l’avènement de nouveaux États. Si l’Allemagne ne s’écrit plus au pluriel, on parlera désormais de République tchèque et de Slovaquie, mais également de Lituanie, d’Estonie, de Lettonie ou d’Ukraine.

 


Nouvelles frontières

Des frontières se créent, d’anciennes réapparaissent, c’est un nouveau visage qu’arbore le Vieux Continent en cette année 1992. Malheureusement, ce visage est traversé de vieilles cicatrices et un terrible conflit va éclater en Europe au cours de cette période agitée.

 

Depuis la mort de Tito en 1980, la Yougoslavie (pays communiste mais en dehors du giron soviétique) connaît une très forte montée des sentiments nationaux parmi ses républiques fédérées et les différentes populations qui la composent.

 

Ce sont tout d’abord la Croatie et la Slovénie qui déclarent leur indépendance en 1991, bientôt suivie par la Bosnie-Herzégovine en 1992. Cette dernière est le théâtre d’une guerre qui dure trois ans entre forces bosniaques et milices serbes, hostiles à cette indépendance.

 

100.000 personnes périront au cours de cette période, dont la moitié de civils. Le symbole de ces affrontements meurtriers est la ville de Saravejo, assiégée jusqu’en 1995. Le 30 mai 1992, l’ONU adopte la résolution 757, qui condamne l’état de guerre en Yougoslavie et interdit notamment au pays de prendre part aux compétitions sportives internationales.

 

La Yougoslavie, qui s’était qualifiée pour l’Euro de 1992, est exclue par l’UEFA. Le Danemark, deuxième de son groupe, est invité à prendre part au tournoi, dix jours avant le match d’ouverture de cette neuvième édition.

 

 

 

 


Danish Dynamite

L’image des joueurs danois qui arrivent en claquettes en Suède et gagnent l’Euro trois semaines plus tard est légèrement exagérée, mais la victoire du Danemark en 1992 n’en reste pas moins une surprise totale.

 

Pourtant, son entrée dans la compétition est plus que poussive, puisqu’après deux rencontres, il compte un match nul, une défaite et n’a toujours pas inscrit le moindre but. Il ne lance son tournoi que lors du troisième et dernier match de poule en éliminant l’équipe de France de Papin et Cantona.

 

La suite est historique: Peter Schmeichel arrête le tir au but de Marco van Basten en demi-finale, et le Danemark accède au trophée Henri Delaunay en battant l’Allemagne en finale sur une réalisation de Vilfort. Le champion d’Europe en titre et le champion du monde battus par un invité de dernière minute, l’histoire footballistique est taquine.

 

Conséquence de ces nombreux changements géopolitiques, l’UEFA doit prendre en compte la naissance ou la renaissance de nombreuses nations et le Championnat d’Europe accueille désormais seize équipes lors de son édition de 1996.

 

La presse et les supporters anglais sont ravis de voir que le "football revient à la maison" et espèrent de tout leur cœur insulaire triompher lors de ce tournoi, enivrés par le bijou de Paul Gascoigne face à l'Écosse.

 

Mais l’Allemagne rappelle à tout le monde la dure réalité des années 90, en venant à bout de la République tchèque en finale et en prolongation, avec Jürgen Klinsmann et avec un but en or d’Oliver Bierhoff. La France d’Aimé Jacquet, elle, prépare sa Coupe du monde en s’inclinant aux tirs au but en demi-finales, après un bien terne 0-0.

 

 

 

 


Dans le money time

Quatre ans plus tard, la victoire des Bleus en Belgique et aux Pays-Bas est d’une tout autre saveur. Les coéquipiers de Didier Deschamps célèbrent leur titre de champions du monde avec un doublé mémorable sur la scène continentale.

 

Si les souvenirs s’embellissent au fur et à mesure que l’instant vécu s'éloigne, il est difficile de nier l’intensité dramatique de la victoire tricolore. Ce triomphe prend son envol dès la victoire contre l’Espagne après que Fabien Barthez voit le penalty de Raúl s’envoler dans le ciel de Bruges.

 

Il se précise après un autre penalty "en or" de Zinédine Zidane contre le Portugal en demi-finale et se concrétise, enfin, contre l’Italie en finale avec le miracle de Wiltord et la légendaire volée de David Trezeguet, à mi-chemin entre la délicatesse et la puissance souveraine.

 

La formule mise en place lors du championnat d’Europe de 1996 tient toutes ses promesses: avec quatre poules de quatre équipes et les deux premières formations qualifiées pour les quarts de finale, elle assure un bel équilibre entre représentativité et intensité. L’UEFA a bien digéré l’effondrement du bloc de l’Est.

 

En dix ans, l’Europe a profondément changé de visage, au gré des révolutions, des guerres, des choix des peuples. L’Union européenne compte maintenant quinze membres et voit s’ouvrir un immense marché de nouveaux adhérents avec la disparition de l’Union soviétique.

 

Cependant, le "oui" au traité de Maastricht arraché aux Français en 1992 témoigne de la sérieuse réserve des populations quant à la façon dont se construit l’Union. Mais cette ombre semble lointaine quand onze pays célèbrent l’arrivée de la monnaie unique, l’euro, le 1er janvier 2002…

 

Acte I : de Rome à la Panenka (1960-1976)
Acte II : L’Europe, nouvelle formule (1980-1988)
Acte IV : éparpillement et dilution (2004-2020)

  

 

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