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Jérôme Latta

 

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Al-Jazira, ça ira, ça ira

Les droits télé de la Ligue 1 2012-2016 baissent mais ne s'effondrent pas: Canal+ fait des économies... et voit débarquer Al-Jazira.
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En obtenant 510 millions d'euros annuels sur les principaux lots de l'appel d'offres sur les droits télé de la Ligue 1, la Ligue du football professionnel a échappé au spectre d'une baisse brutale. Les quatre lots restants (trois concernent les droits "mobiles") vont être négociés de gré à gré et en dernière extrémité, la nouvelle chaîne C-Foot, lancée par la Ligue elle-même (lire "C-Foot, écran de fumée?"), récupérera le paiement à la séance – abandonné par Canal+ –, en espérant rallier le plus d'abonnés possible à son offre. L'enveloppe globale restera toutefois éloignée des 668 millions par an de la période précédente, mais dans un contexte économique très dégradé, le résultat est rassurant pour les clubs.


Canal+ a encore besoin de la Ligue 1
Il est dû pour une large part à l'arrivée inopinée du groupe Al-Jazira, invité surprise de l'AO qui s'est offert deux matches et deux magazines pour 95 millions d'euros (le lot 5, pour lequel il était seul en lice), un montant à comparer avec les près de 200 millions déboursés auparavant par Orange pour un seul match. Le groupe de médias lancera une chaîne en janvier prochain, et suit actuellement la piste d'un rachat d'Orange Sport.
Canal+, après une partie de poker menteur avec la Ligue qui aura duré deux ans (lire "La guerre pour préparer la paix"), densifie son offre avec deux matches de premier choix au lieu d'un et cinq magazines, pour 420 millions (465 pour le contrat en cours). La filiale de Vivendi ne veut pas, ou ne peut pas, se passer de la L1: voilà une bonne nouvelle pour cette dernière, qui avait fini par en douter. Le football français est tout de même devenu meilleur marché, du moins pour les opérateurs. Le téléspectateur, lui, verra l'offre de base s'élargir à quatre matches au lieu de deux, répartis sur deux chaînes au long d'un week-end très éclaté qui l'abreuvera aussi en "magazines".

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Vive la télé-dépendance ?
Les droits de télévision baissent donc, mais conservent un volume considérable. En constatant qu'après TPS et Orange, Al-Jazira Sport vient maintenir Canal+ sous la pression d'une concurrence substantielle, on peut se demander si la "télé-dépendance" souvent décriée des clubs français (les droits constituent 58% de leurs ressources) n'est pas un pari certes périlleux, mais gagnant puisque durant la décennie 2005-2015, le montant global sera resté aux alentours de 600 millions d'euros annuels – de quoi ne pas être décroché à l'échelle européenne.
Le dernier appel d'offres permettra en tout cas de maintenir un train de vie correct en dépit des mesures de rigueur qu'imposent la chute des revenus liés aux transferts et l'aggravation des déficits (lire "Le football français ne veut pas voir son trou"). Il permet aussi de voir venir en attendant les bénéfices escomptés des stades qui seront construits ou rénovés pour l'Euro 2016. Difficile, ensuite, de prévoir si dans quatre ans le paysage des opérateurs de télévision sera plus ou moins favorable qu'aujourd'hui, ni si le marché des droits mobiles se sera consolidé.


Redistribution des cartes
La chaîne cryptée peut voir arriver cette concurrence inédite avec un peu de crainte, même si elle a consolidé son offre de Ligue 1 pour un montant moindre qu'auparavant. Son président Bertrand Méheut a déjà ironisé en affirmant que diriger une chaîne payante ne s'improvisait pas. Les échecs et renoncements successifs de TPS puis Orange abondent dans son sens, mais Al-Jazira vient avec une autre logique que celle de la rentabilité (lire "La Ligue 1 dans la ligne d'émirs"). On ne sait pas si une opposition frontale avec Canal+ entre à terme dans la stratégie du groupe, mais il va proposer dès août 2012 autant de matches (même s'ils seront les troisième et quatrième choix) que le "partenaire historique" du foot français, provoquant de fait une recomposition du marché. On saura au bout du contrat comment le rapport de force aura évolué...

L'essentiel étant acquis, les clubs français vont pouvoir revenir à leurs objets de discorde, comme... le système de répartition des droits télé, jamais suffisamment "élitiste" pour ceux qui veulent augmenter leur part d'un gâteau en décroissance.
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