
DIRTY DUGARRY
Pierre Martini -
mercredi 20 janvier 2010
C'est une règle immuable: tout consultant qui paraît initialement agréable et porteur d'une certaine fraicheur finit victime du syndrome de l'omniscience, persuadé qu'il détient toutes les vérités (accessoirement, il s'enferme dans une panoplie de tics figés une bonne fois pour toute). Il fallait craindre que, tout juste couronné par un "Mag d'Or" décerné par les internautes de lequipemag.fr, Christophe ne voie sa propre trajectoire s'accélérer en pensant désormais posséder la science infuse. Le Bordelais a effectué un festival, non seulement lors de Bordeaux-Marseille, mais aussi dans un après-match qui s'est prolongé sur L'Équipe TV ou dans le quotidien sportif éponyme.

But de l'arbitre
On peut rire de son objectivité très girondine dans une interprétation de ce sommet de la Ligue 1, qu'il a défendue jusque dans sa chronique de L'Équipe de mardi avec une insistance un peu puérile ("Je ne dis pas que Marseille a joué petit bras. Je dis qu'il s'est montré poussif et frileux"). En revanche, dans son commentaire en direct, il a incarné l'archétype du commentateur se permettant à la fois d'exhiber sa méconnaissance des règles, sa faculté à prendre son impression pour la seule vérité possible et sa volonté forcenée d'interpréter le score d'une rencontre sous l'unique angle de l'incompétence des arbitres.
Sur le but de Marouane Chamakh, la faute de ce dernier et l'erreur de l'arbitre sont manifestes. Faut-il pour autant oublier ce qui les a provoquées? En clair: une montée et un débordement de Ciani, une absence de pressing des Phocéens, un centre parfait, un placement précis de Chamakh, un placement approximatif des défenseurs centraux, une détente impressionnante de Chamakh, une sortie insuffisamment volontaire de Mandanda. Pourtant, dans les vociférations telles que celles de Dugarry, c'est exactement comme si l'arbitre avait ramassé la balle au milieu de terrain et était allé la mettre au fond des filets.
Élucubrations et scandale
Le sommet de la performance se situe cependant après l'expulsion de Marc Planus. Notre meilleur consultant de France s'esclaffe ("Ah ah ah! Quelle honte! Mais non. Alors là si y a pas compensation là, j'y comprend plus rien") en indiquant au passage qu'il croit au mythe du "dernier défenseur", puisque Ciani pouvait selon lui revenir (c'est confondre Niang avec Arrache que de le croire incapable de déclencher une frappe dans les deux foulées suivantes). Duga aborde résolument les rivages du non-sens: "Dans l'intention ça mérite presque un penalty [pour une faute en dehors de la surface! NDLR]. (...) Je peux vous dire qu'il n'y a absolument pas carton rouge".
Une décision parfaitement légitime a encore été transformée – par une personne trahissant une incompétence notoire en matière arbitrale, emportée par l'élan de ses propres élucubrations – en scandale à porter au débit du corps arbitral. Le garçon a pourtant confié sa sensibilité à L'Équipe Mag de samedi: "Peut-être que la souffrance que j'ai accumulée à ce moment-là [avant la Coupe du monde 1998] me permet d'avoir aujourd'hui une certaine retenue envers les joueurs". En revanche, pas de pitié pour les arbitres, dont on n'est même pas sûr qu'ils aient une âme.
Élections, piège à fond
Dans un pays qui aime si peu le football qu'il préfère se passionner pour l'arbitrage et où les standards de qualité journalistique sont fixés au plus bas par convention collective, l'élection de Christophe Dugarry n'a rien de très surprenant. Le personnage a d'ailleurs ses bons côtés, et il est plutôt plaisant quand il ne se vautre pas dans ses travers.

Au-delà du vainqueur en tout cas, à regarder de plus près les résultats de cette consultation, l'échelle des perdants et les gagnants doit être pondérée... au moins par les audiences respectives des nommés. Ainsi, la troisième place de Raynald Denoueix est-elle d'autant plus méritante qu'il n'apparaît quasiment que sur des canaux cryptés. Une remarque qui rehausse également les scores de Jean-Luc Arribart ou Franck Sauzée, qui évoluent sur les antennes presque confidentielles d'Eurosport et Orange TV.
Inversement, les 5,9% de Jean-Michel Larqué font piètre figure compte tenu de sa notoriété, de son ancienneté et de son exposition sur TF1. On s'amusera enfin que les interventions comptées d'Arsène Wenger, malgré leur valeur ajoutée minimale, lui valent une position flatteuse, tandis que Xavier Gravelaine et Jean-Marc Ferreri semblent présenter des scores négatifs.

But de l'arbitre
On peut rire de son objectivité très girondine dans une interprétation de ce sommet de la Ligue 1, qu'il a défendue jusque dans sa chronique de L'Équipe de mardi avec une insistance un peu puérile ("Je ne dis pas que Marseille a joué petit bras. Je dis qu'il s'est montré poussif et frileux"). En revanche, dans son commentaire en direct, il a incarné l'archétype du commentateur se permettant à la fois d'exhiber sa méconnaissance des règles, sa faculté à prendre son impression pour la seule vérité possible et sa volonté forcenée d'interpréter le score d'une rencontre sous l'unique angle de l'incompétence des arbitres.
Sur le but de Marouane Chamakh, la faute de ce dernier et l'erreur de l'arbitre sont manifestes. Faut-il pour autant oublier ce qui les a provoquées? En clair: une montée et un débordement de Ciani, une absence de pressing des Phocéens, un centre parfait, un placement précis de Chamakh, un placement approximatif des défenseurs centraux, une détente impressionnante de Chamakh, une sortie insuffisamment volontaire de Mandanda. Pourtant, dans les vociférations telles que celles de Dugarry, c'est exactement comme si l'arbitre avait ramassé la balle au milieu de terrain et était allé la mettre au fond des filets.
Élucubrations et scandale
Le sommet de la performance se situe cependant après l'expulsion de Marc Planus. Notre meilleur consultant de France s'esclaffe ("Ah ah ah! Quelle honte! Mais non. Alors là si y a pas compensation là, j'y comprend plus rien") en indiquant au passage qu'il croit au mythe du "dernier défenseur", puisque Ciani pouvait selon lui revenir (c'est confondre Niang avec Arrache que de le croire incapable de déclencher une frappe dans les deux foulées suivantes). Duga aborde résolument les rivages du non-sens: "Dans l'intention ça mérite presque un penalty [pour une faute en dehors de la surface! NDLR]. (...) Je peux vous dire qu'il n'y a absolument pas carton rouge".
Une décision parfaitement légitime a encore été transformée – par une personne trahissant une incompétence notoire en matière arbitrale, emportée par l'élan de ses propres élucubrations – en scandale à porter au débit du corps arbitral. Le garçon a pourtant confié sa sensibilité à L'Équipe Mag de samedi: "Peut-être que la souffrance que j'ai accumulée à ce moment-là [avant la Coupe du monde 1998] me permet d'avoir aujourd'hui une certaine retenue envers les joueurs". En revanche, pas de pitié pour les arbitres, dont on n'est même pas sûr qu'ils aient une âme.
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Inversement, les 5,9% de Jean-Michel Larqué font piètre figure compte tenu de sa notoriété, de son ancienneté et de son exposition sur TF1. On s'amusera enfin que les interventions comptées d'Arsène Wenger, malgré leur valeur ajoutée minimale, lui valent une position flatteuse, tandis que Xavier Gravelaine et Jean-Marc Ferreri semblent présenter des scores négatifs.
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