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Christophe Zemmour

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Revue de stress #157

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La Gazette de la L1 : 34e journée

OM-Salzbourg : un capital de goals

Ambiance, explosions de joie, moments d'inquiétudes et victoire qui permet de croire très fort à une finale européenne. La demi-finale aller des Marseillais, vue du stade, a offert son lot d'émotions.

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La lune est déjà bien visible dans ce ciel radieux. Un mariage de bleu et de blanc à l’image des couleurs prises par Marseille ce 26 avril 2018, et depuis quelques jours déjà. En cette douce fin d’après-midi de printemps, il y a de la chaleur bienveillante dans l’air.

 

Excitation et sérénité dessinent les contours de l’atmosphère qui règne autour du Stade Vélodrome, et dans la ville plus globalement, en cet avant-match OM-Salzbourg. Comme ce gars passablement éméché au Ricard dans le métro qui me montre les photos bon enfant qu’il a prises avec des supporters autrichiens, et avec qui je taille une bavette souriante. Ou ce père qui rit avec bonne humeur avec son fils qui vient de faire tomber et de gâcher leur repas – probablement durement acquis au McDonald’s de Dromel. Sur les marches du Palais des Sports d’abord, puis en buvant un coup avec deux potes, j’attends mon beau-frère qui a nos places en tribune Ganay.

 

 

 

 

Les chants résonnent déjà fortement dans les entrailles du stade, à une petite demi-heure du coup d’envoi. Le Vélodrome est bien rempli et crie haut. Attendre le début de match, c’est long mais c’est bon. Tellement bon. L’entrée des joueurs est accompagnée de deux magnifiques tifos, le trophée de l’Europa League en Virage Sud, un astronaute accompagné d’une étoile au Nord. L’ambition? "Quitter Mars pour atteindre la Lune." Une minute d’applaudissements soutenus rend hommage à Henri Michel, enfant de la région disparu deux jours plus tôt. Le match se lance.

 

 

Libération précoce

Yohann Pelé inquiète un peu sur ses premières relances au pied qui ont du mal à atteindre la ligne médiane. Salzbourg a le ballon, comme ce sera le cas une grande partie de la rencontre. L’équipe est joueuse et c’est tout à son honneur dans ce contexte de forte tension de début de match, nourrie par des sifflets assourdissants. L’OM patiente puis commence à accélérer au bout de quelques minutes. La pression monte crescendo et cela combine beaucoup côté droit.

 

Salzbourg concède des coups francs et c’est sur une situation de ce genre que vient l’ouverture du score. Dimitri Payet trouve Florian Thauvin au second poteau, situé derrière Alexander Walke qui rate sa sortie. Tête, but. J’explose, je crie de joie et de soulagement d’assister à ce but précoce dans le déroulement de cette double confrontation. Thauvin touche aussi involontairement le ballon de la main, mais il nous est parfaitement impossible de le voir d’où nous sommes placés.

 

Adil Rami est solide comme un roc, Luiz Gustavo exceptionnel dans l’anticipation en voyant tout avant tout le monde – le gars, on dirait Hit dans Dragon Ball Super. Bouna Sarr réussit tout ce qu’il tente, Morgan Sanson affiche un volume de jeu surprenant. Salzbourg continue d’essayer de construire, mais hésite parfois à frapper. Tout comme l’OM au final, qui pêche dans l’avant-dernière touche, ici sur le centre mal ajusté, là sur ce ballon trop poussé.

 

Sanson et Payet exécutent quelques gestes de classe au milieu de terrain, notamment des râteaux, qui donnent la sensation qu’il y a une maturité et une maîtrise supérieures chez les Marseillais. Et qui me font espérer la possibilité, voire la nécessité encore plus forte d’un second but. Le scénario et le contexte sont moins fous que face à Leipzig évidemment, et l’ambiance se fait plus inégale et plus tendue, même si elle reste très belle. Tout le monde participe, y compris en Jean Bouin et en Ganay.

 

 

La sérénité et la frayeur

On patiente pendant la pause. Il y a des mouvements de foule et de CRS en bas du Virage Sud, sans conséquence, d’après un ami situé là-bas. Trois minutes après le retour, un énorme frisson passe quand Pelé sort de sa surface, dégageant le ballon d’une tête plongeante. Quelques minutes plus tard, il claque joliment au-dessus de la barre une frappe de Hannes Wolf. Entre-temps, Lucas Ocampos s’est blessé, Franck Zambo Anguissa est entré. Maxime Lopez, plus nerveux que face à Leipzig, fait très peur sur un contact dans sa surface et se retrouve quelques minutes côté gauche, avant de céder sa place à Clinton Njie.

 

Le Camerounais est à l’origine et à la conclusion de l’illumination de la soirée. Jordan Amavi lui adresse un ballon en cloche côté gauche. Njie fait le choix, surprenant mais au final déterminant, d’un contrôle de la poitrine orienté vers l’axe plutôt que la ligne de touche. Payet en profite pour prendre l’espace libéré par les deux joueurs autrichiens que le geste de son coéquipier, et la passe qui s’ensuit, viennent d’éliminer. Le capitaine marseillais prend la profondeur, fixe le défenseur revenu à sa hauteur et sert du plat du pied Njie à l’entrée de la surface. Contrôle et frappe placée de l’intérieur du droit, le ballon finit dans le petit filet.

 

 

Le stade chavire, je suis personnellement sous le choc de cette action de classe qui vient de se dérouler. Mon beau-frère exulte, me prend dans ses bras et me porte, du haut de son mètre quatre-vingt treize. Pourtant, je m’étais retenu jusque-là de lui agripper le bras, l’ayant mis bien à mal lors du match face à Lyon il y a un peu plus d’un mois.

 

2-0, le score peut rester ainsi, il est parfait, a-t-on coutume de dire en Coupe d’Europe. Il ne faut pas prendre de but. Le temps ne me paraît pas non plus si long, bizarrement, la sérénité et le plaisir de la soirée étant plus forts que le reste. La réussite, aussi. Comme quand Fredrik Gulbrandsen frappe le poteau de Pelé sur une jolie action de Salzbourg. Incrédules et soulagés, le montant continue de vibrer quelques secondes, sa fréquence redescendant de manière inversement proportionnelle à notre rythme cardiaque, qui s’était arrêté.

 

Rami est toujours aussi rassurant, costaud. Amavi a passé un drôle de match, très souvent aspiré dans l’axe et devant rattraper quand son aile est prise par un joueur adverse. De l’autre côté, Sarr régale et époustoufle par ses gestes défensifs, ses dribbles, ses accélérations. Je me demande si le mec a raté un truc ce soir.

 

 

L'histoire continue de s'écrire

Le temps s’égrène avec une jolie douceur, les chants prenant consistance dans tout le stade, même dans la tribune où je me trouve. Mon préféré, “Hissez haut les drapeaux”, est repris par des milliers de gens et je savoure mon bonheur de vivre ce moment rare. Pelé fait encore un arrêt, sort dans les airs quand il le faut. L’OM tient son résultat, 2-0. On profite en restant un peu au stade après le coup de sifflet final, félicitant de leur match sérieux les joueurs qui font leur tour d’ovation bien mérité.

 

Comme le dit René Malleville lors de sa minute du jour: “Je suis content pour les nouvelles générations. Vous vivez enfin ce que depuis des années, vous nous entendez vous raconter.” Ce n’est pas vraiment mon cas, étant âgé de trente-sept ans, mais qu’est-ce que c’est juste comme propos, sachant que l’on n’avait pas vécu cela à Marseille depuis quatorze ans.

 

Cette excitation d’une épopée européenne, celle qui rogne sérieusement sur les heures de sommeil au profit de l’attente, désormais impatiente. Il n’y a pourtant rien à faire pour réduire cette angoisse: jeudi prochain, ce sera toujours dans une semaine. 

 

 

 

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