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Richard N

 

Pionnier du foot sur le Web avec Kick'n'Rush, historien pour les Cahiers et Footichiste pour son compte.


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Huit mois

Henri Michel, capitaine éternel

Henri Michel (1948-2018), capitaine légendaire et figure emblématique du FC de Nantes, joueur et entraîneur de caractère, est mort. Tristesse infinie en Loire-Atlantique. 

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Pour les gens de Nantes, il est Cruyff et Beckenbauer à la fois. L’élégance du premier associé à une autorité frisant l’insolence, la classe du second avec ce goût de diriger les offensives en partant de très bas. Il est aussi un peu Di Stefano, une figure collée à l’image d’un club. Pour toujours.

 

Henri Michel a joué 532 matches avec le FC Nantes, le record du club, sans doute figé pour l'éternité. Capitaine de la meilleure période de l’histoire des Canaris, il demeure à jamais la figure emblématique du club, et son plus grand joueur.

 

 

 

 

Un gamin du Sud

Henri Michel représente tellement le FC Nantes qu’on pourrait le croire enfant du pays. Tout au contraire, il est un enfant du Sud, d'Aix-en-Provence précisément, et il débarque à Nantes en 1966 avec son accent et une gouaille qui tranche singulièrement avec le caractère taiseux du coin.

 

Il arrive juste après le deuxième titre consécutif conquis par les Gondet, Simon, Budzynski et Suaudeau, première vague de Canaris à dominer le foot français. Au milieu des champions, le gamin de vingt ans n’a besoin que d’une saison pour trouver sa place dans le collectif nantais. Il y restera quinze ans.

 

Du jaune, le capitaine nantais passe rapidement au bleu. Il connaît sa première sélection en équipe de France le 17 septembre 1967, lors d'un Pologne-France à Varsovie, un match éliminatoire du championnat d'Europe remporté 4-1 par les hommes de Louis Dugauguez. On ignore encore qu'un long bail va unir le capitaine nantais à la sélection. À l'époque, la joie n'y règne pas. L'élimination au premier tour de la World Cup 1966 a laissé un goût amer, et plongé les Tricolores dans une longue traversée du désert.

 

 

Nouvelles générations

Après le léger passage à vide qui a suivi les deux premiers sacres, le FC Nantes retrouve des couleurs au début des années 1970, au point de remporter son troisième titre en 1973, le premier pour Henri Michel. Dans le même temps, le club se structure et crée une école de foot, embryon du centre de formation qui fera la réputation du club.

 

Les premiers jeunes accueillis sont dirigés par l'ancien joueur Jean-Claude Suaudeau, sous les directives de José Arribas. Ils ont pour noms Maxime Bossis, Loïc Amisse, Bruno Baronchelli, Éric Pécout, Omar Sahnoun, Thierry Tusseau… Tous formeront avec Henri Michel l'ossature de l'équipe qui décrochera le quatrième titre du FC Nantes en 1977.

 

S’il a vu renaître le FC Nantes pour le porter au plus haut, il en est de même pour l’équipe de France. Un frémissement se dessine autour d’une nouvelle génération de joueurs français. Le 17 mars 1976, la France dispute contre la Tchécoslovaquie le premier match de son nouveau coach, Michel Hidalgo. Alors qu'il enregistre sa 47e sélection, Henri Michel s'apprête à tirer un coup franc lorsqu'un novice lui demande autoritairement: "Donne-la moi je vais la mettre au fond". Henri Michel fait la passe, Michel Platini marque son premier but en équipe de France.

 

 

 

 

Reculer pour mieux attaquer

Ce nouvel élan permettra à Henri Michel de disputer, à trente-et-un ans, sa première et seule Coupe du monde. En Argentine, il dispute deux matches, pour deux défaites. Il quittera les Bleus quelque temps plus tard, conscient d’être né trop tôt pour suivre les Bleus d’Hidalgo dans leurs premières conquêtes et bénéficier d’une reconnaissance internationale.

 

Le FC Nantes, dirigé depuis 1976 par Jean Vincent, connaît la période la plus fructueuse de son histoire. Après trois échecs en finale (1966, 1970 et 1973), le club remporte enfin la Coupe de France en 1979. Et s'offre pour la première fois un parcours européen digne de ce nom en Coupe des Coupes 1980, où il échoue en demi-finale.

 

Henri Michel a reculé au poste de libéro, une idée qu'il évoquait depuis longtemps avec Jean Vincent. En s'inspirant du grand Beckenbauer, le nouveau 5 joue très haut et donne un visage offensif à son équipe. Nantes remporte un nouveau titre en 1980, et termine le reste du temps dans le trio de tête.

 

 

La malédiction de Chypre

En 1982, à trente-cinq ans, alors qu'il est encore très influent sur le jeu, Henri Michel annonce qu'il met fin à sa carrière en juin. Depuis octobre, il sait que son avenir est déjà tout tracé. Michel Hidalgo, le sélectionneur de l'équipe de France, a déjà pris la décision de prendre du recul en 1984, à l'issue du championnat d'Europe en France. Et il a désigné son successeur. Aussitôt sa carrière terminée, Henri Michel prend en main l'équipe de France olympique, qu'il conduira jusqu'à la médaille d'or à Los Angeles, en août 1984. Deux ans plus tard, il emmène l'équipe de France en demi-finale du Mundial mexicain.

 

 

 

Son parcours de sélectionneur se lance sous les meilleurs auspices, mais il va connaître un fléchissement plus brutal que prévu lorsque les Bossis, Rocheteau, Giresse, Tigana et Platini mettent fin à leur carrière internationale. La génération suivante, celle des Bravo, Ferreri, Vercruysse et autre Touré ne se montrera finalement pas à la hauteur.

 

Le 1er novembre 1988, quelques jours après un match nul à Chypre (1-1), Henri Michel est débarqué sans ménagement de son poste de sélectionneur, victime d'une cabale. "J'avais un président (Jean Fournet-Fayard) qui, dans mon dos, négociait avec Claude Bez, président des Girondins de Bordeaux, pour me remplacer par Platini, sous la pression du Variétés Club de France", rappellera-t-il, encore en colère, en 2004. Curieusement, huit ans plus tôt, il avait disputé son dernier match en bleu sur cette même île. 

 

 

Entraîneur partout, sauf à Nantes

Fidèle au même club durant toute sa carrière de joueur, Henri Michel connaîtra en revanche une carrière d'entraîneur très itinérante. Après un passage au Paris Saint-Germain, on le verra traverser une douzaine de pays, alternant clubs et sélections. On le retrouvera lors de quelques Coupes du monde à la tête de sélections africaines: le Cameroun en 1994, le Maroc en 1998 et la Côte-d'Ivoire en 2006. On aurait même dû le voir avec la Tunisie en 2002 s'il n'avait pas démissionné deux mois auparavant.

 

Curieusement, le plus Nantais des footballeurs n’a jamais eu l’opportunité d’entraîner son club de toujours. En 2008, son nom est évoqué pour le poste de manager général. Une proposition refusée par l'intéressé. Retiré des affaires du foot en 2012, après une ultime expérience sans lendemain avec la sélection du Kenya, Henri Michel s’est battu contre un cancer qui l’emportera le 24 avril 2018.

 

"Charismatique, autoritaire, influent, il avait son mot à dire sur la composition des équipes et sur le recrutement – on lui prête même un véto sur l'arrivée d'un certain Michel Platini en 1979. Milieu de terrain puis libéro, sa fidélité, sa loyauté et son attachement au club n'ont aucun équivalent", peut-on lire dans L’abécédaire du FC Nantes publié en janvier 2016 sur ces pages. 

 
 

 

 

 

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