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Christophe Zemmour

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PSG, les maux de la fin

René Malleville : « Marseille m’a donné une famille et mes joies »

Les supporters – Passé, présent et futur de l’OM: René Malleville nous livre ses souvenirs de supporter, son avis sur le nouveau visage du club, le projet Socios, le football local marseillais et l’avenir proche du club phocéen.

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En ce matin du vendredi 2 décembre 2016, comme souvent, le soleil illumine le Vieux-Port. Déjà ocre, le Fort Saint-Jean, au loin sur la droite, se teinte encore plus d’orange. La place s’est récemment parée des chalets du marché de Noël, surveillés de haut par la grande roue qui n’a pas bougé de là depuis l’hiver dernier. Probablement à cause de l’Euro, elle n’est pas allée à l’Escale Borély pendant la période estivale, comme il est pourtant de coutume. Assis face à la baie vitrée de l’OM Café, ce spectacle radieux et un cappuccino m’aident à l’attendre. Ce sera un espresso pour lui et tout le monde le reconnaît évidemment dès qu’il pénètre dans le café.

 

René Malleville arrive souriant, ayant accepté notre invitation à parler, entre autres, de ses souvenirs de supporter, du projet Massilia Socios Club, du nouveau visage de l’OM, du Phocéen sur lequel il tient son blog et sa fameuse "minute" dans laquelle il donne son avis après chaque match de son club de coeur. Certains l’interpellent parfois pour le saluer [1], mais il a bien voulu répondre avec passion, nostalgie, concentration et assiduité à toutes nos questions.

 

* * *

 

Ton histoire avec l’OM, elle commence quand et comment exactement?
Je suis arrivé à Marseille à neuf ans. Je venais du Maroc, mon père était dans la police et y avait été détaché pendant cinq ans. Quand je suis arrivé, c’était un peu nouveau pour moi, les minots parlaient de l’OM et la première fois que je suis allé au stade, j’avais seize ans. C’est le père d’un camarade de classe qui nous avait emmenés. Parce qu’à l’époque, il n’y avait pas le métro, c’était pas comme maintenant où les jeunes vont seuls au stade. J’y suis allé de temps en temps comme ça. Et c’était plus pour déconner, on rigolait…

 

 

Tu n’étais pas encore supporter.
Si, j’étais supporter mais j’allais voir les matches de ballon parce que les collègues y allaient! Et puis, je suis parti à l’armée et avec l’âge, tu gamberges, tu réfléchis mieux et tu t’aperçois de l’importance d’un club comme l’OM. Et en plus, on jouait au foot, comme tous les minots. Quand je suis revenu de l’armée, j’avais dix-neuf ans, j’étais marié, un enfant, et je m’y suis alors mis à fond. Je venais à tous les matches et au bout d’un an, je connaissais tout le monde. C’était en 68/69, on rentrait dans les vestiaires après le match, on était assis à côté des joueurs. Ça paraît inimaginable maintenant. Je l’ai vécu, on me le raconterait maintenant, je ne le croirais pas! Voilà, c’était une autre façon de supporter. À l’époque, on ne fouillait pas tout le monde… Y avait un collègue qu’on appelait “Yaourt” parce qu’il emmenait toujours des yaourts au stade. Y en a même qui venaient avec des sacs à dos, des campingaz… Ils se faisaient chauffer sur les travées du Virage Nord, sans club de supporters, juste entre nous, des boîtes de conserves. Sur le stade! Il fallait le vivre, ça! Mais pour nous, c’était complètement normal. Y avait en plus une belle équipe, qui venait de gagner la Coupe de France en 69, puis y a eu le doublé en 72… J’ai vécu d’autres belles époques, notamment 93, mais j’ai la nostalgie de cette époque-là. Il n’y avait aucune animosité. Le supportérisme était encore quelque chose de non dirigé, il n’y avait pas de concurrence entre les uns et les autres. J’ai la nostalgie de cette époque et je l’aurai toujours. Elle ne reviendra plus. Y aura toujours une hiérarchie et je me suis toujours battu contre ça. Jusqu’en 1984, que les Ultras soient créés et intègrent le Virage Sud, il y avait une liberté totale, des fumigènes… Tout le monde mettait l’ambiance, le docteur comme l’ouvrier.

 

Donc l’ambiance, les chants, cela ne se coordonnait pas. Il n’y avait pas de tifo...
Non, on s’en fout… Perso, s’il y a des tifos et que derrière tu n’as pas la ferveur dans le ventre, cela ne sert à rien. Là, ça fait trois mois qu’il y a degun (personne) dans le stade! Il n’y a pas de ferveur. C’est comme si tu es heureux avec ta femme, tu la complimentes, tu lui fais l’amour puis un jour, elle tombe malade et tu la laisses tomber. Les supporters de maintenant, c’est comme ça. Tout a changé dans la façon de supporter le club… À l’époque, on n’avait pas besoin de clubs de supporters. C’est vrai que c’était assez limité au niveau de l’ambiance, c’était surtout du “Allez l’OM! Allez l’OM!”. Mais quand tu as 40.000 supporters qui gueulent ça, tribunes Jean Bouin et Ganay comprises, hé bien cela faisait une ambiance de fou! Mon plus gros souvenir en termes d’ambiance, c’est OM-Gornik en coupe d’Europe. Je suis entré dans le stade… On aurait dit le Vésuve. Les trois quart des gens avaient un fumigène. J’ai jamais retrouvé cette ambiance spontanée.

 

Même pendant les années 90, tu n’as pas retrouvé un truc semblable durant les matches contre Paris, Monaco, Bordeaux ou Milan?
Je trouve que les ambiances de 93 étaient plus proches de celles des années 70 que celles de maintenant. C’était encore le début des clubs de supporters et y avait encore cette espèce d’esprit novateur. Aujourd’hui, même s’il peut y avoir de l’ambiance et de très beaux tifos, elle reste dictée.

 

 

« En fait, t'as plus le souvenir de moments inattendus que prestigieux »

 

En termes de souvenirs, quel a été ton moment d’émotion le plus fort au Vélodrome?
Y en a tellement. Des fois, tu vis un truc et tu te dis: “Putain, je vais m’en souvenir toute ma vie” et puis, c’est pas vrai. Parce que t’en vis ensuite un autre et hop, il prend sa place.

 

Y en a pas un qui te vient à l’esprit spontanément?
En termes de jeu, tout le monde va te raconter que c’est la victoire en coupe d’Europe en 1993. Oui, c’est le plus beau souvenir parce que c’est le plus prestigieux. Mais en termes de coeur, quand t’es dans un match, y en a d’autres… Le moins lointain, allez c’est le fameux OM-Montpellier (5-4). Mais je me souviens aussi des OM-Saint-Étienne des années 70, où il faisait -20°C dans le stade, tout le monde avait des couvertures. Ou Keita, qui venait de Saint-Étienne et pour son premier match avec l’OM, qui fait un bras d’honneur à Rocher qui l’avait fait chier pour venir, après Bosquier et Carnus qui venaient eux aussi de là-bas. Ça, ce sont des moments marquants. Il y a aussi le match contre Milan en 91, où il pleuvait, pleuvait… Et ce but que Waddle marque et qu’il se souvient même plus d’avoir marqué. Y en a tellement que tu peux pas te souvenir d’un en particulier. En fait, t’as plus le souvenir de moments inattendus que prestigieux.

 

Et a contrario, ta pire douleur, c’est la finale de Bari? Ou les deux descentes?
Le pire "enculerie" qu’a subie l’OM, c’est à Benfica. La main de Vata, c’est un truc que j’ai encore en travers parce que cette année-là, on avait une équipe qui était beaucoup plus forte que celle de 93. Et on aurait dû gagner la Coupe cette année-là. Et même en 91, quand on perd contre l’Étoile Rouge de Belgrade. Les deux fois, on avait une équipe plus forte qu’en 93 et les adversaires me semblaient beaucoup plus faibles. Parce que le Milan qu’on a rencontré à Munich, c’était le Barça de maintenant, la plus grosse équipe du monde. Nous étions vraiment les outsiders. En 90, il y a la main de Vata et en 91, on a beau dire, on a beau faire, on a perdu à cause de l’entraîneur et il a laissé Stojkovic trop longtemps sur le banc alors que les autres en face se "caguaient" dessus qu’il rentre.

 

Mais en 90, alors que ç’aurait été le Milan en face en finale, tu penses que l’OM pouvait déjà les battre cette année-là?
Ah oui oui oui, plus facilement qu’en 93. Je pense qu’il n'était pas meilleur en 90 et 91, et on avait une équipe autrement plus forte.

 

Moins expérimentée peut-être, moins solide, non?
Moins expérimentée, avec les joueurs qu’on avait?

 

L’équipe en elle-même, le vécu ensemble. Pas les joueurs pris individuellement...
On avait les meilleurs joueurs du monde à leur poste. Et quand c’est comme ça, pas besoin de dire: “Ils s’habituent, ils s’habituent pas”. Ils savent jouer au ballon, il y avait une autre ambiance entre les joueurs, ils venaient pas que pour le pognon… Avec des Klaus Allofs, des Carlos Mozer, des Stojkovic, même moi j’aurais pu y arriver en tant qu’entraîneur.

 

Oui, mais avec le recul, je me demande si 93 n’est pas arrivé parce que justement, il y a eu 90 et 91. Que les mecs ont eu des échecs, ils ont voulu être revanchards… Et qu’en 93, tu avais plus des grognards et des gars qui étaient plus rodés.
Mais je le crois pas, ça! T’es un joueur de ballon, t’es un joueur de ballon! T’es un professionnel, le meilleur à ton poste, t’as pas à dire que tu es moins habitué. Tu sais jouer au ballon. Les automatismes, tu les prends à l’entraînement, tous les jours. Il ne te faut pas six mois.

 

 

« Ma vie est indissociable de mon action politique et syndicale »

 

Peux-tu nous raconter en quelques mots l’histoire du bar Le Bretagne devenu par la suite le QG des Yankees?
Quand je l’ai acheté, c’était le bar le plus pourri de Marseille. J’avais pas un franc, je venais d’être révoqué de la RTM et je devais rembourser la moitié de mon congé annuel brut, 5.000 francs de l’époque. Mon rêve, c’était d’avoir un bar. Alors, je me suis lancé à quarante-deux ans, mais avec l’insouciance du mec qui en a vingt dans sa tête. Et sans un franc, en 1989, j’ai voulu acheter ce bar qui en coûtait 350.000. Quinze potes, des amis, des ouvriers, m’ont donné 5.000 francs chacun – un salaire pour eux – et cela m’a fait l’apport pour l’acheter. J’ai été un des premiers bars, dans les années 90, à mettre des télés pour suivre l’OM. Du coup, les gens sont venus, dont une fille qui s’appelait Magali. Elle avait 16/17 ans et faisait partie des Yankees. Elle me demande un jour si ça me plairait qu’ils installent leur siège chez moi. Ils m’ont nommé vice-président. Dans ce quartier de la Joliette, qui ne ressemblait pas à ce qu’il est aujourd’hui, les radios ont commencé à s’installer vers 93/94. Déjà que les journalistes me suivaient à cause de la politique, ils ont continué pour savoir comment un responsable syndical de la RTM qui venait de se faire révoquer pouvait s’en sortir dans la vie. J’étais déjà connu pour mon action politique mais c’est vrai qu’ensuite, les gens qui ne faisaient que s’intéresser à l’OM ont commencé à me connaître parce que mon bar était devenu une entité pour les supporters. Les jours de match, je faisais 230/250 repas le midi, 150 le soir. Au fur et à mesure, il y avait de plus en plus de chaînes et de radios qui venaient et qui n’existaient pas à l’époque. S’il y en avait eu autant à l’époque où je faisais de la politique, peut-être que tout le monde m’aurait connu aussi. Mais désormais, place aux jeunes. C’est en ce sens que j’ai dit que ce sont les jeunes que j’ai rencontrés qui doivent mettre en oeuvre et suivre le projet Socios. Je me suis associé à sa confection mais je leur ai dit qu’à partir du moment où la direction de l’OM l’accepte, je me retire. Je ne veux aucune place, hormis ma carte de socio. Parce que ce sont pas des mecs de soixante-dix ans qui vont mettre en place un projet aussi ambitieux et gérer les mecs qui vont arriver.

 

Tu seras membre d’honneur alors?
Non, je ne veux rien du tout. Je ne revendique aucun poste dans le projet Socios une fois qu’il sera mis en place. C’est clair, net et précis. Les honneurs, j’en ai pas besoin. C’est le projet qui a besoin de moi pour être connu, et non l’inverse. Cela coupe court à toute rumeur. Mais j’arrive encore, même maintenant, à être enthousiaste de tout.

 

Tu arrives encore à te passionner, à t’énerver...
Oui, j’arrive encore à me passionner. Y a des fois, je suis un peu abattu. Parce que l’OM n'a pas bien joué par exemple, ou je suis fatigué et j’ai envie de tout "envoyer en cul"… Mais grâce aux réseaux sociaux, et je suis obligé de le reconnaître, et à tous les messages de sympathie que j’y reçois, je me remotive. J’ai cette notoriété parce que je suis quelqu’un d’authentique et je dis les choses, qu’elles me plaisent ou me déplaisent.

 

 

« Si le projet Socios ne se fait pas ici, ça ne pourra pas se faire ailleurs »

 

Tu avais évoqué, lors de la fin de l’ère Louis-Dreyfus et alors que l’on ne savait pas encore que Franck McCourt reprendrait le club, la nécessité que les gens prennent ou adhérent à des initiatives. Tu as donc récemment déclaré avoir rejoint le projet “Massilia Socios Club”, idée à laquelle tu avais déjà toi-même réfléchi il y a cinq ans avec d’autres supporters.
Il y a cinq ans, je rencontre Vincent Labrune dans une fête organisée par Le Phocéen et je commence à lui parler de ce premier projet Socios. On se méfiait, mais comme il n’y avait encore rien de négatif, on voulait voir… Il me donne son numéro et me dit de l’appeler pour qu’on se voit et qu’on en parle. Je l’ai appelé vingt fois, il m’a jamais répondu. Toujours sur messagerie. Quand j’ai rencontré Jacques-Henri Eyraud dernièrement, et que je lui ai donné en mains propres le projet, je lui ai dit: “Si vous le prenez juste pour me faire plaisir, vous me le laissez.” En fait, Labrune ne le pensait pas.

 

Sur ton blog, tu as écrit qu’il fallait atteindre environ 120/130.000 adhérents pour que ce projet puisse être efficace. Comment penses-tu, du moins à court terme, que cela pourrait s’insérer dans la politique des nouveaux investisseurs qui ont l’air de vouloir intégrer la voix des supporters au sens large?
Actuellement, il y a à peu près 2.300 adhérents. Mais je pense que la majeure partie attend qu’il y ait un accord du club, surtout qu’il y a des frais d’adhésion et de cotisation, entre 80 et 120€ selon les catégories. C’est un projet qui tient la route. J’ai été interpellé en janvier/février sur Twitter sur pourquoi je n’adhérais pas au projet. Mais mon expérience politique me fait dire qu’il est hors de question que je donne mon accord à quelque chose que je ne connais pas. Et je l’ai toujours dit. Oui, je suis pour le concept, mais je devais en connaître le contenu. Nous nous sommes rencontrés récemment, quatre gars du projet actuel et trois amis qui avaient élaboré avec moi le premier projet. Je te dis la vérité: je les ai vus arriver et d’entrée, je me suis dit: “Ces mecs ont l’air bien”. Des gars d’une trentaine d’années, qui avaient l’air super gentils. On leur a expliqué ce qui nous plaisait et ce qui nous plaisait pas. On trouvait que c’était flou, que cela manquait d’ambition. Et ils ont reconnu que notre projet était plus ambitieux. Nous avons fait ajouter à leur proposition le paragraphe qui dit que l’argent des Socios servira à augmenter la part des Socios dans le capital. À la base, dans notre projet, la finalité c’était d’acheter le club! Avoir 51% de voix.

 

 

Tu voulais avoir un modèle à l’allemande?
À l’allemande, à l’espagnole… On voulait avoir au minimum 51% et prendre le contrôle du club. Cela allait jusque-là. 

 

Est-ce que tu penses que ce soit le sens de l’histoire? Que l’on aura des clubs en France, ou du moins à Marseille, où il y aura au moins une part de Socios?
S’il y en a un, ce sera ici. Et je suis persuadé que tôt ou tard, les dirigeants seront obligés de passer par là. Parce que Marseille, c’est une ville latine et ça se fait en Espagne, en Italie, en Amérique du Sud... Si ça ne se fait pas ici, ça ne pourra pas se faire ailleurs. Ou alors, le projet sera tellement timide que ce sera accepté par politesse par la direction du club. À Marseille, on veut s’installer et progresser.

 

Mais est-ce que tu penses qu’il y a assez de consistance et d’envie derrière, et que les groupes de supporters qui soutiennent déjà le projet sont assez nombreux?
Non, mais attends, attends, j’ai rejoint le projet à une seule condition: que les groupes de supporters ne soient pas impliqués.

 

Oui, mais ils ont quand même affiché leur soutien.
Les groupes de supporters, cela représente environ 30.000 personnes. Mais on est cinq millions de supporters de l’OM dans le monde. Moi, je m’adresse à ces cinq millions. Tu peux être membre d’un club de supporters, tu peux être socio, tu peux être les deux. Mais l’un ne doit pas s’imbriquer dans l’autre.

 

Donc tu penses que ce projet doit parler à tout supporter de l’OM?
Ah, mais absolument! Et si les groupes de supporters veulent prendre leur carte de Socios, qu’ils la prennent mais en tant que simples membres, comme tout le monde.

 

C’est quand même bien que certains groupes se soient prononcés en faveur du projet. Cela ne peut que soutenir la démarche...
J’ai été vice-président d’un club de supporters, puis j’ai été muté chez les Dodger’s. Je n’avais aucune responsabilité et je n’en voulais pas. Mais j’ai mon idée sur les clubs de supporters, et je pense qu’il faudra qu’ils revoient un peu leur mode de gestion. À un moment, ils se demandaient comment ils pourraient faire pour les abonnements quand la direction de l’OM voulait les reprendre – elle les a repris, d’ailleurs. Seulement, si les clubs de supporters m’avaient écouté, ils ne seraient pas là où ils en sont. Moi, je disais: “Voilà, l’OM c’est une entreprise. Il faut que les clubs de supporters se muent en syndicats.” Et comme dans toute entreprise, le patron réunit tous les ans les syndicats et leur dit: “J’ai besoin d’augmenter les abonnements. De combien vous pensez?” Et on négocie l’augmentation de l’abonnement. Idem pour la part qui va faire vivre les clubs et on négocie une part égale pour tous les clubs. Au moins, c’est facile et la gestion serait saine, tout le monde serait logé à la même enseigne. Je dirigerais ça comme une entreprise et j’impliquerais les clubs de supporters.

 

 

« Il n’y a pas de vivier comme celui qu’on a en Provence »

 

Donc les Socios, tu les impliquerais comme syndicats mais aussi comme actionnaires?
Non, c’est pas pareil, c’est pas un syndicat. Les clubs de supporters s’impliqueraient pour la modalité, le coût des abonnements et de leur marge, pas dans la gestion du club, contrairement aux Socios. Je veux gérer mon avenir. Ce n’est pas un projet irréalisable, loin de là. 

 

Est-ce que tu ne regrettes pas que le football en France soit aux mains d’actionnaires et de propriétaires, et que l’on ne soit pas sur le modèle espagnol?
Bien sûr, je préfère prendre en main mes destinées. Quand bien même on a un patron qui gère bien l’entreprise. Moi, si mon rôle consiste seulement à aller au stade, à applaudir et à gueuler quand ils perdent, ça m’intéresse pas. C’est le rôle des clubs de supporters. Ce qu’on a vécu depuis quelques années avec Labrune, cette traversée du désert, c’est interdit!

 

On va parler un peu désormais du football local marseillais. Tu as longtemps suivi les aventures notamment de Consolat l’an dernier...
Je te coupe. J’ai suivi Consolat oui, mais j’ai toujours suivi les clubs de quartiers, notamment parce que mon petit-fils joue (à Air Bel en ce moment). Depuis dix ans, je vois beaucoup de monde sur ces stades. On discute de la vie de leurs clubs. Je connais un monde fou et je m’intéresse aux jeunes parce que je ne supporte pas qu’on paie une cellule de recrutement qu’on envoie en Amérique du Sud, dans les pays de l’Est, en Afrique… On bouffe un pognon fou et c’est pas efficace parce qu’on nous ramène jamais personne! La nouvelle direction de l’OM a pris conscience du potentiel de la région et a décidé de mener un audit de tous les clubs de la région.

 

Pour toi, l’intérêt doit rester l’OM.
L’intérêt, cela doit rester celui des enfants. Parce que pour moi, à quinze ans, t’es un enfant. Et si son intérêt est d’être au centre de formation de l’OM, bien encadré… Un centre de formation complètement remanié, j’espère que la nouvelle direction va foutre un bon coup de pied dans cette fourmillière. Il n’y a aucun club de quartier qui a les moyens de l’OM. Les clubs formateurs doivent négocier la part à investir dans ces joueurs et les pourcentages sur les reventes futures. Déjà, ils doivent être enchantés que l’OM s’intéresse enfin à ce vivier qu’il y a en Provence.

 

Donc tu penses que ce vivier-là est fort et qu’il faut d’abord se baser là-dessus.
Ah, mais il n’y a pas de vivier comme ça en France. Le provençal et toute la Côte d’Azur, la région Sud-Est. Tu peux monter une équipe là dedans qui peut rivaliser avec les meilleurs français. Encore faut-il en avoir le désir, l’envie.

 

 

Globalement, que penses-tu du timing et de la nature des premières décisions de la nouvelle direction, notamment les nominations de Rudi Garcia et d’Andoni Zubizarreta? Comment juges-tu ces premières semaines?
De toute façon, McCourt a pris ce club… C’est Beyrouth. Il est en ruines, en lambeaux. Alors, il faut pas s’attendre à des décisions qui vont changer la face du club du jour au lendemain. Déjà, il nous a trouvé un bon entraîneur, un super président et j’en atteste. Cet homme est d’une simplicité et d’une gentillesse. C’est le mec idoine qu’il fallait au club. Oh, il a pris Zubizarreta comme directeur sportif! Seulement, dans l’état où est le club, comment tu veux que d’entrée, on voit les choses changer? Il doit déjà attendre le mercato d’hiver pour enfin faire quelques retouches.

 

Tu parlais de trois-quatre joueurs, un par ligne environ.
Au vu de l’état physique de Gomis, je pense qu’il faut deux attaquants, un milieu et un défenseur. Il faut un patron à cette défense. Avant, pas la dernière saison, on avait Nkoulou, Diawara. Rolando n’a pas les épaules. Il faut un mec qui a déjà de la bouteille et qui impose son autorité.

 

L’an dernier, il y avait Mandanda, quoi.
Mandanda ne s’est jamais imposé, c’est pas un gueulard. La saison dernière, il était très performant mais ce n’est pas pour autant que c’était le patron de la défense. Ce patron, je te parle des quatre-cinq joueurs de champ. Mandanda était pour moi trop introverti pour diriger, pour commander. Dans les vestiaires, il était très bon mais sur le terrain, il n'était pas extraverti.

 

Tu penses que cela aurait pu aider l’année dernière qu’à ses performances, qui étaient déjà très fortes, il ajoute une dimension de chef?
Oui, je pense.

 

Même s’il y en a beaucoup qui te ressortent souvent le fameux passage! (rires)
(Il sourit.) Ça, c’est le passé et maintenant, on n’en parle plus. Garcia dit aussi qu’il faut trois-quatre joueurs, donc je suis content. Seulement, il faut être patient. Moi, j’ai dit à Eyraud: “Je vous donne jusqu’au mois d’août prochain. Je vous jugerai le premier match de la saison 2017/18. Une fois que vous aurez fait le mercato d’hiver et celui de juin, et que l’équipe aura au minimum un mois et demi de bonne préparation. On pourra alors juger de vos ambitions et si on peut enfin rêver. Je vous donne un an.

 

 

« Les hommes passent, l’institution reste »

 

Est-ce que c’est pas ce qui a manqué le plus aux amoureux de l’OM, hormis l’intermède Bielsa, de rêver justement?
Ben oui. Pourquoi Bielsa est parti et reste encore dans le coeur des Marseillais et même de moi (il porte la main à son coeur)? C’est un très grand entraîneur, je le regretterai toujours mais je n’en parle plus. Ici, on ne parle que de l’effectif actuel. Les joueurs partis, leur anniversaire, je m’en fous.

 

Pourtant, tu dis que tu restes attaché à tout ce qui est histoire de l’OM.
Oui, mais ça, je le garde pour moi. Je ne suis pas attaché à des hommes, je suis attaché à “OM: Droit au But”. Tous ceux qui composent cette entité, et dans la mesure où s’ils sont défendables, je les défends. Mais les hommes passent, l’institution reste. Moi, je supporte l’entité. Mais quand les gens qui la composent jouent aux cons, hé bien je gueule. Et je gueulerai toujours parce que je suis comme ça. Je vis tout à fond, tout dans l’affectif. Quand ils jouent mal, je gueule mais s’ils jouent bien, j’applaudis. Je ne sais pas cacher les choses.

 

Un mot au sujet du Mad Professor (Moké, victime des attentats du Bataclan), auquel tu as encore récemment rendu hommage?
Oui, il m’avait fait faire le divan. Je l’ai jamais rencontré en vrai, mais c’était un mec que j’adorais parce qu’il avait une façon d’écrire qui était extraordinaire. À la fin de mon blog, je mettais tout le temps le lien vers son débrief. Je l’ai jamais plus fait pour un autre. Parce qu’il avait de l’humour et disait les choses qui devaient être dites. 

 

Quel regard portes-tu sur l’évolution du Phocéen qui a grandi en quelques années, jusqu’à devenir le site le plus consulté par les fans de l’OM?
Il a toujours été indépendant. C’est le premier site indépendant de supporters en France et le quatrième en Europe. On fait entre 320.000 et 350.000 vues par jour, alors que le site officiel de l’OM ne dépasse pas les 160/170.000. Quand je suis arrivé il y a sept ans, il n’était pas à ce niveau, c’est vrai. Il y a désormais dix employés à temps plein, avec leur studio à eux. J’ai une relation privilégiée avec eux, j'y suis bien, mais je préfère laisser d’autres personnes en parler. Mon histoire avec Le Phocéen n’est pas prête de se terminer.

 

Pour conclure, si tu devenais définir l’OM en quelques mots? Qu’est-ce que ça représente?
L’OM, c’est une entité indispensable à Marseille. Et Marseille est indispensable à l’OM. Marseille, sans l’OM, existerait. Mais l’OM, s’il était ailleurs, ce serait pas l’OM. C’est la mentalité latine et chaude des Marseillais qui la définit. J’adore Marseille, même si je n’y suis pas né. Et avec mes enfants et mes petits-enfants nés ici, je suis à la limite à l’origine d’une génération de Marseillais! (rires) Comment tu peux ne pas aimer cette ville? Tout ce qui peut la valoriser, je le mets en avant. Comme Consolat l’an dernier. Marseille, c’est ma ville, celle qui m’a donné du travail, une famille, mes joies. C’est ma vie.
   

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