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Ligue des champions : on ferme !

La présence de quatre clubs anglais en quarts de finale de la C1 confirme une tendance très lourde: l'Europe s'est rétrécie à une poignée de pays. Et l'ère anglaise ne fait que commencer...
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Quel est le plus surprenant à la lecture des qualifiés pour les quarts de finale (1) de la Ligue des champions 2008? La présence de quatre clubs anglais, que la réforme Platini rendra irréalisable à partir de la saison 2009-2010? L’absence du Milan AC, pourtant abonné à cette étape de la compétition lors des cinq dernières saisons? Ou la qualification d’un club turc, représentant des marchés "de seconde zone", de plus en plus laissés pour compte de la C1?
Ces trois épiphénomènes soulignent chacun l’une des conséquences de la "libéralisation" de la Ligue des champions. La domination des clubs issus des "grands" championnats y est évidente, tout comme leur confiscation du pouvoir sportif, les équipes des petits pays se contentant des miettes du festin. La fin des quotas de nationalités, conséquence directe de l’arrêt Bosman, rendue par la Cour de justice de la Communauté européenne en décembre 95, confirmée depuis par l’arrêt Malaja et les accords de Cotonou, et la modification du format de la compétition par l’UEFA – accueillant les deuxièmes, troisièmes puis quatrièmes des plus riches championnats – a conduit à une "ouverture fermée". La Champion’s League est un squat de riches, et la prochaine réforme de la compétition ne corrigera qu’à la marge la concentration du pouvoir.


Les places sont chères

S’il ne viendrait à l’idée de personne de critiquer la qualité de jeu, l’intensité ou la passion entourant les dernières étapes actuelles de la C1, il convient malgré tout de constater – et de s’alarmer – de la disparition progressive de la diversité de la compétition. La coupe n’avait jamais semblé aussi ouverte que lors des années précédant l’arrêt Bosman, sept pays remportant le trophée et vingt-cinq pays envoyant un représentant en quarts de finale. On assiste à une réduction drastique dans les années suivant la décision de la Cour européenne: onze pays seulement en quarts, pour seulement cinq pays vainqueurs.

tableau_c1b.jpg


Note 1. Suite au drame du Heysel, les clubs anglais ont été suspendus de toute compétition européenne de 1985 à 1991. Il leur a ensuite fallu plusieurs saisons pour retrouver le plus haut niveau européen.
Note 2. Autres pays quart de finalistes:
– de 1985 à 1996 : Portugal (8), Belgique (7), Pays-Bas (6), Russie et Suède (5), Roumanie, Écosse, Yougoslavie, URSS, Grèce, et Turquie (3), Tchécoslovaquie (2), Angleterre, Croatie, RDA, Pologne, Danemark, Bulgarie, Finlande et Ukraine (1).
– de 1998 à 2008 : Portugal et Pays-Bas (4), Ukraine, Turquie et Grèce (2), Norvège (1).



Quatre-quarts anglais

Plus grave encore, les trois nations dominantes sur la période, l’Angleterre, l’Italie et l’Espagne, "confisquent" près des deux tiers des places de quart de finalistes.

tableau_c1a.jpg

De là à parler de l’ouverture d’un "cycle" anglais, succédant aux cycles italien et espagnol, il n’y a qu’un pas, confirmé par la qualification de trois clubs anglais en demi-finales la saison dernière, et donc de quatre en quarts cette année. Si les cycles ont, semble-t-il, toujours existé (seules des équipes hollandaises, allemandes et anglaises ont gagné la C1 entre 1970 et 1984), une certaine diversité des vainqueurs rafraîchissait l’épreuve. Désormais, ce sont toujours les mêmes têtes. Pour reprendre l’exemple british, Manchester entamera la saison prochaine sa treizième campagne consécutive en C1, Arsenal sa dixième! Quant on sait que les dividendes générés par la compétition sont partagés entre les participants, en favorisant les représentants des gros marchés, on peut légitimement penser que le cycle anglais risque de durer.


À la traîne : la France, et bientôt l’Italie?

Pas de cycle français en vue. Les clubs de l’Hexagone ont été les principales victimes des réformes juridiques et structurelles (un tiers de qualifications en moins en quart de finale). Mais la prochaine victime pourrait être l’Italie. Pas aidés par des stades inadaptés à une exploitation commerciale lucrative, les clubs milanais, turinois et romain vont voir leur part de recettes, issues de la nouvelle vente mutualisée des droits télévisés, stagner au profit des petits clubs, qui font aussi vivre la compétition. Des petits clubs qui font encore vivre une compétition? Mais dans quel monde on vit?


(1) Les quarts de finale sont une étape de la compétition qui est restée relativement constante au fil des transformations de l’épreuve.
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