> déconnerie

Tabloïd, numéro 2

Catenaccio bouillant

Italie-France – Le sommet du groupe B a été plus verrouillé que dérouillée.
> La nalyse
> Les gars
> Un homme dans le non-match : Thierry Henry
> Les observations en vrac
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On a tendance à oublier que certains matches ne mettront jamais le spectacle au niveau de leur intensité symbolique. D'autant que l'enjeu de cet Italie-France n'était pas tant symbolique que comptable: on oublie aussi que les phases qualificatives sont ni plus ni moins que des championnats. Gagner un point à l'extérieur est donc tout simplement un bon résultat pour une équipe de France qui n'a pas cherché à aller plus loin.
Ce qui est quelque peu regrettable en pareille affaire, c'est que l'on organise, devant 80.000 spectateurs et avec force polémiques, la confrontation entre des défenseurs et des attaquants parmi les meilleurs au monde... pour que tous restent finalement à distance respectable les uns des autres. Une frustration à laquelle les amateurs de tactique trouveront des compensations, ayant eu là un gros os à ronger. Pour tous les autres, la tension aura fait office de carburant pour tenir durant quatre-vingt dix minutes.


La nalyse
Dans ce procès, ce sont quand même les Italiens les plus à blâmer, qui jouaient à domicile et avaient plus besoin d'une victoire. Plus habiles à jouer en profondeur que des Français bien bloqués par les deux lignes transalpines, les Italiens ont obtenu des corners, mais ils  ont eu beaucoup de mal à placer leurs attaquants en bonne position: faute d'exploit individuel, leurs tirs n'ont pas inquiété Landreau outre mesure.

Guerre de position
La rencontre aurait pu prendre une autre tournure lors de deux périodes particulières. D'abord, passée la demi-heure de jeu, lorsque les Italiens profitèrent d'une baisse de régime de l'entrejeu français pour enfoncer leurs banderilles: une combinaison Del Piero-Camoranesi conclue par un tir pas assez appuyé du premier (33e), puis une ouverture parfaite de Pirlo vers Inzaghi, excentré dans la surface, qui enlève un peu trop son tir (34e). Ensuite, entre la 49e minute (tête de Barzagli sur corner) et la 54e (ouverture de Diarra pour Ribéry et centre en retrait sans client), quand le match donna l'impression – furtive – de se débrider. C'est aussi au cours de cette phase que les Azzurri cumulèrent les coups de pied arrêtés, sans trouver d'ouverture.
Le paradoxe est qu'avec un dispositif apparemment offensif, un 4-4-2 avec deux pointes et deux milieux théoriquement portés vers l'avant, la France a surtout mené une guerre de position. Il paraît que le duo d'attaquants a bien accompli sa principale mission: bloquer les relances de Pirlo. À ce compte, fallait-il être deux pour la mener? La fable rappelle celle qui avait rétrospectivement fait de Youri Djorkaeff, au Mondial 98, un martyr sacrifié pour l'équipe, et elle semble surtout destinée à jeter un voile pudique sur la prestation de Thierry Henry (lire plus bas).

Pas solistes à San Siro
Sur le plan de l'animation, Malouda et Ribéry endossèrent moins la responsabilité de la conduite du jeu – sinon sporadiquement – que la sécurisation de leurs côtés respectifs... à l'image d'un Malouda qui joua souvent au même niveau que Vieira. Sans meneur axial dans un schéma en 4-2-3-1 (comme le fut Ribéry au match aller ou Nasri plus récemment), le jeu fut donc abandonné sur le bord de la route et le "défi physique" l'emporta sur d'autres formes plus sophistiquées de confrontation. Cela explique pourquoi on garde surtout le souvenir des duels très âpres impliquant les latéraux des deux camps – dont un très grand nombre remportés par les Bleus.
Pour espérer un but, il fallait donc attendre un numéro de soliste, tant les manières d'alerter les attaquants ne créaient pas de décalages préalables. Las, l'inspiration ne les a pas touchés de sa grâce.

L'impression fut d'autant plus forte lorsque, dans la dernière demi-heure, les locaux parurent à court d'arguments, laissant les Blancs se procurer les meilleures occasions (sans que ceux-ci ne cherchent à emballer la rencontre, au contraire), pour ne réagir qu'en toute fin de rencontre. Le calcul s'avérera-t-il juste? Roberto Donadoni aura des éléments de réponse après le déplacement de la Squadra en Ukraine, mercredi prochain.


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"Fais pas le con Fabio, dis-moi où t'as caché le Ballon d'Or, je vois Zizou ce week-end et il faut vraiment que je lui rende!"


Les gars

Trois arrêts à faire, bien faits: Landreau n'a pas failli à sa mission et la précision de ses relances a été appréciable dans une rencontre où il fallait éviter de rendre trop vite le ballon à l'adversaire. Le lob d'Inzaghi, sur lequel il était battu, eut la bonne idée de filer au-dessus de la transversale.

Après une mésentente qui faillit leur valoir une commotion commune, Thuram et Escudé ont trouvé la bonne distance pour livrer une copie homogène, le second laissant la préséance au premier. Comme l'essentiel du combat se déroulait devant eux, ils ont surtout dû faire preuve de vigilance et de vigueur dans les duels.
Lassana Diarra, surprise du chef, fut aussi la curiosité de la soirée. Tout de suite dans le bain, il commença par des interventions impeccables et des relances parfaites. Il ne relâcha plus son étreinte sur Del Piero et Zambrotta quand ce dernier monta. Si l'on omet de remarquer qu'il ne déborda jamais et centra à peine plus, la seule ombre au tableau est cette passe ratée qui préluda à l'occasion de Camoranesi (50e). Le seul inconvénient d'Abidal, c'est qu'il fait toujours les mêmes (bons) matches et donc qu'on en dit toujours la même chose. On passe, pour cette fois-ci.

Il aura fallu plusieurs années pour que Vieira endosse pleinement son rôle de leader technique et moral sur le terrain, mais il le fait désormais pleinement, à l'image d'une rencontre disputée sans beaucoup de réserves physiques, mais qui l'a vu imposer dans l'entrejeu son impact, sa technique et ce qu'il est convenu d'appeler son autorité. Le constat est analogue pour Makelele, qui a lui aussi eu de jolis gestes pour desserrer l'étreinte adverse et donner une impulsion vers l'avant.
Ce genre de match fermé ne constitue pas la scène idéale pour Ribéry, qui a cependant logé quelques bâtons de dynamite dans la défense italienne: enchaînement vers les seize mètres et frappe ratée du gauche (42e), débordement et centre en retrait (54e). Mais comme l'indiqua l'explication de texte avec Thuram et Makelele, il lui a surtout été demandé de se replacer pour soutenir Diarra. Malouda était soumis aux mêmes contraintes, et on l'a retrouvé dans le registre qui fut le sien en Coupe du monde: beaucoup d'abnégation pour s'opposer aux montées de ses vis-à-vis. Il a pu prendre sa chance à de rares reprises, comme avec cette superbe frappe tendue de la 43e minute.

"Deuxième attaquant" au côté de Thierry Henry, mobile sur toute la largeur de l'attaque, Anelka s'est créé peu d'occasions, mais dans ce contexte, elles furent notables: un tir instantané en pivot, loin du cadre (17e minute), un duel perdu face à Buffon (52e) et un autre, aérien, sur lequel le gardien se rata (81e).


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Plus démoniaque que le Joker, plus cruel que Freddy Krueger, plus vivant que Frankenstein... Patrick Vieira fait vraiment peur à voir.


Un homme dans le non-match : Thierry Henry

On évitera de tomber dans un travers inverse à celui que nous dénonçons régulièrement, mais Thierry Henry risque de payer un jour l'indulgence excessive dont il bénéficie en équipe de France – si l'équipe de France elle-même ne règle pas la note avant lui. Tout s'est passé comme si son avant-match, entièrement axé sur la possibilité, pour lui, d'égaler le record de buts de Michel Platini, avait eu une influence négative.

Dominé dans les duels, alignant les mauvais contrôles, battu de la tête, absent au marquage de Barzagli sur l'occasion de celui-ci, auteur de fautes idiotes dont l'une lui valut un carton et acteur d'un travail défensif fantôme (à moins que "défendre en marchant" ne soit une nouvelle expression à consacrer, ou que trottiner à quatre mètres de Pirlo ne constitue une forme de marquage), son match a été pénible pour tout le monde.
Même lorsqu'il trouva la marche avant, ce fut pour caler très vite: bien servi par Anelka, il tricote et enroule une frappe molle (78e) ou rate sa passe pour son collègue, seul en pleine surface (81e). Ironiquement, ses meilleurs gestes de la partie furent involontaires: une remise du bras pour Anelka (52e) et un crochet contré qui finit dans la course de Ribéry (69e). Sa déviation de la tête pour Anelka (26e) et son décalage pour Ribéry n'eurent pas meilleure fortune (49e).

On peut, bien entendu, lui trouver des excuses très légitimes: une préparation encore inachevée après sa longue blessure, un excellent Cannavaro ou, en poussant le bouchon aussi loin que ses fans, un dispositif à deux attaquants qui aurait bridé son expression personnelle. Mais justement, dans un tel contexte, son maintien sur la pelouse jusqu'au bout, aux dépens de Benzema ou Trezeguet, laisse un peu perplexe. Alors entendre, au terme de ce match, le trio de TF1 décréter que son absence contre l'Écosse serait préjudiciable avait quelque chose d'un peu comique.



Les observations en vrac

> La palme de l'hypocrisie à ceux qui ont déploré les sifflets italiens en faisant mine d'ignorer les provocations préalables de Raymond Domenech.
> On a bien essayé la transmission de pensée, mais Mankowski n'a pas fait entrer Trezeguet.
> À ce compte-là, Govou et Cissé auraient peut-être fait du bien en deuxième mi-temps.
> Pour certains supporters italiens, deux Italie-All Blacks en un week-end, c'était trop.
> Très belles simulations de douleur par Claude Makelele après chaque impact avec Gattuso.
> Pourquoi faut-il attendre qu’un ténor meure pour avoir droit à de magnifiques plans larges sur San Siro?
> Gattuso n'est plus que l'ombre de lui-même: il a fait arrêter le jeu parce qu'il croyait avoir perdu une dent.
> La formation des arrières latéraux en France est peut-être mauvaise, mais si les défenseurs centraux et les milieux de terrain qu’on y colle sont aussi bons, ça vaut peut-être pas le coup d’ouvrir une section spéciale.
> Bravo à L'Équipe pour le joli titre "Milan sans Raymond".


Le Top "Clichés" de Thierry Gilardi
1. "Les grands compas de Vieira".
2. "Joli plongeon de Gattuso qui n’a pas trompé l’arbitre".
3. "Zambrotta avait cherché la faute".


Le titre auquel vous avez échappé
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