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Euroniouzes, le journal de l'Euro

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Mangés à la sauce blanche

Presse qui coule

En France, l’Euro se résume en ce moment à un festival de faux-procès. Cette revue de stress post-élimination comporte heureusement de vrais morceaux de football, tout au fond du pot.
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Balle et bile "Indéfendable", "Allez, à la maison" : c'est sous ce double titre que l'Équipe a "salué" l'élimination des Bleus dans son édition du samedi 25 juin dernier. Après deux semaines à ronger leur frein, certains journalistes du quotidien d’Issy-les-Moulineaux ont donc enfin pu se soulager en couchant leur fiel sur le papier. Plutôt que d’assumer un rôle d’analyste qui sied pourtant mieux à leurs fonctions, ces derniers ont préféré se ranger du côté du supporter de base, celui-là même qui réclame aux Bleus de s’imposer à chaque compétition. Un peu comme si ces derniers devaient tenir l’engagement contractuel de satisfaire une clientèle (car on a bien l’impression que c’est comme cela que certains supporters se considèrent). Pourtant, les amateurs de ballon rond qui ont découvert le football avant 1998 connaissent les aléas de ce genre d’épreuves sportives. Et l’on sait bien que, plus qu’une obligation de résultat, c’est une obligation de moyens que l’on est en droit de réclamer aux joueurs portant la tunique bleue. En l’espèce, hormis le match contre la Suisse, les Bleus n’ont jamais réellement démérité, abandonnant rarement le combat (ils sont tout de même revenus par deux fois au score contre l’Angleterre ou la Croatie) même s’ils ont sans cesse semblé limités au niveau de leur expression collective. A la différence du Mondial coréen, c’est plus un défaut de cohésion tactique qu’un déficit d’engagement qui doit être retenu contre les Bleus. A ce titre là, le mépris affiché par l’Equipe suite à la défaite s’avère bien plus indéfendable que la défaite elle-même. Au lendemain de la fin d’une des plus belles aventures que le football français ait connu, on attendait mieux du seul quotidien sportif français que cette rancune inopportune. Ou cette colère d’enfant trop gâté. Oui les Bleus ont perdu. Oui ils ont probablement été en dessous de ce qu’on pouvait attendre d’eux au regard de leur niveau théorique. Méritent-ils pour autant un tel dédain ? On nous trouvera peut-être trop indulgents envers cette équipe, mais les joueurs de la génération Zidane resteront définitivement ceux qui nous ont fait rêver pendant une décennie. Et même si cette dernière sortie est effectivement ratée, on leur pardonne aisément, au nom de leurs victoires passées. Finalement, la fin de ce cycle, et le départ probable d'une partie des anciens de 98 aura peut-être pour effet de faire table rase du passé, et d'effacer définitivement le passif de certains journalistes de l’Equipe envers cette équipe de France qu’ils n’ont peut-être jamais vraiment aimé. On ne peut que s’en réjouir : ça nous permettrait, nous aussi, de passer à autre chose… Il vaut mieux l’avoir en journal ? Dans le groupe Amaury, les rôles ont été clairement définis : si le créneau de l’analyse bileuse est dévolu à l’Equipe, celui du populisme affligeant est pour sa part attribué à Aujourd’hui-Le Parisien. Deux ans après l’affaire des "hôtesses bulgares", le quotidien nous a cette fois offert en "une" de l’édition du mardi 29 juin un "Complot anti-Zidane", dont Thierry Henry serait l’instigateur. Sur deux pages, Karim Nedjari, Gilles Verdez (la dream-team du quotidien), Dominique Sévérac et Didier Romain s’en sont ainsi donnés à cœur joie, illustrant de belle manière la leçon 10 de notre académie : le racolage. Bons élèves, les quatre journalistes n’ont pas hésité à "brosser le lecteur dans le sens du poil" en encensant Zidane ("Il est le meilleur joueur du monde" affirment-ils sans ciller, tandis que quatre des cinq témoignages recueillis en micro-trottoir militent pour le maintien de Zizou chez les Bleus), à jouer de "l’insinuation" ou encore à utiliser "l’astuce" consistant à relayer une rumeur donnée par une tierce personne ("A l’intérieur du groupe France, certains militent activement pour une reconstruction autour de Thierry Henry"). Sans oublier –cadeau bonus – de s’appuyer sur un témoignage à la crédibilité aussi indiscutable que celui d’un Rolland Courbis… Lizarazu assure le SAV L’élimination des Bleus n’a pas fait mal qu’aux supporters de l’équipe de France : elle a également été préjudiciable aux médias, la plupart des Bleus ayant décidé de partir en vacances dès la fin de la compétition (au vu des informations développées ci-dessus, on comprend pourquoi). Parmi les cadres de l'équipe, Bixente Lizarazu a ainsi été le seul à accepter de répondre aux questions des journalistes. Il a donc écumé les plateaux de télé pendant tout le week-end pour tenter d’expliquer ce qu'il était possible d'expliquer, avec une sincérité parfois émouvante, rappelant à l’envi qu’il fallait aussi penser à laisser aux joueursle temps de digérer leur déception. Sa prestation la plus cocasse a probablement eu lieu lors de Téléfoot. Sur un ton en permanence à mi-chemin entre l’agacement et l’amusement, le petit Basque a en effet esquivé pendant toute l’émission les questions de Nathalie Renoux et Christian Jeanpierre, les deux journalistes le harcelant afin de lui soutirer un scoop. L’annonce de sa retraite internationale ? "Se séparer de l'équipe de France, c'est une décision difficile à prendre, vous pensez bien que je ne vais pas vous donner ma réponse aujourd’hui". Un avis sur les différents candidats au poste de sélectionneur ? "Je ne peux pas vous dire ça, comme ça". Alors que les mêmes questions étaient posées en plateau à Jérôme Rothen, le défenseur du Bayern s’est même permis de chambrer amicalement le néo-parisien en lui intimant l’ordre, avec le sourire, de répondre plus explicitement aux questions qui lui étaient posées, raillant de fait le ton un rien inquisitoire des deux animateurs de Téléfoot. Avant de conclure, Liza s’est enfin permis une insolente pique envers l’ensemble de la profession journalistique, en soulignant qu'il partageait les propos qu’Arsène Wenger tenait à l’antenne dans une interview pré-enregistrée : "C’est l'une des seules analyses intelligentes que j’ai entendue depuis le début de l’Euro". Demis démêlés Pendant le procès des Bleus en France, l’Euro continue au Portugal. Les demi-finales de la compétition opposeront donc les équipes issues des groupes A et D, avec pour principale tête de série une équipe du République tchèque qui se présente comme la seule formation invaincue de ce carré d'as. Avec dix buts marqués en quatre rencontres, un jeu parfois chatoyant, Nedved et ses coéquipiers font évidemment figure de favoris dans leur opposition contre l'outsider grec. Reste qu'à ce niveau de la compétition, et sur un unique match, les différentiels techniques ou tactiques sont parfois gommés au profit du facteur "réussite" ou d'un surplus de grinta. Il sera donc intéressant de voir de quelle façon les Tchèques tenteront de se jouer de la machine à contrer grecque. Dans l'autre rencontre, le Portugal, qui revient de loin, sera confronté aux Pays-Bas. L'un de ces deux demi-finalistes malheureux de la dernière édition de l'Euro aura donc cette fois le bonheur de participer à la finale. Ironie du sort, une victoire néerlandaise renverrait le pays hôte à ses désillusions, une déconvenue que les Oranges avaient déjà vécue il y a quatre ans face aux Italiens. Le match s'annonce en tout cas ouvert : Figo et ses partenaires montent en puissance depuis l'ouverture du tournoi, et les choix audacieux de Scolari ont fait émerger le talent de plusieurs joueurs. Même Nuno Gomes, transparent depuis plusieurs mois, passe aujourd’hui pour un goleador accompli. Côté batave, on s'appuiera sur les certitudes nées des premiers matches, entre une solidité défensive uniquement mise en mal par la furia tchèque, et une efficacité offensive symbolisée par Ruud Van Nistelroy. Qui plus est, les supporters oranges voient peut-être dans la qualification aux tirs aux buts contre la Suède le signe que le destin a décidé de leur donner un coup de pouce. Cette année, ils ne pourront toutefois pas compter sur un coup de main d’Abel Xavier…
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