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Julie Grémillon

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Trois hommes et un destin

Dans un contexte rendu instable par les conflits d'intérêt et par l'avis de tempête économique lancé sur l'Europe, trois hommes supporteront les plus lourdes responsabilités quant à l'avenir du foot français: Claude Simonet, Frédéric Thiriez et Jacques Santini n'ont pas le droit à l'erreur…
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Simonet dans ses ennuis La position de faiblesse occupée aujourd'hui par Claude Simonet n'est évidemment pas due au seul parcours catastrophique des Bleus. La campagne asiatique fut un vrai camouflet pour le président — anecdotiquement stigmatisé pour son goût de la bonne chère et des chères bouteilles — mais ce n'est rien en comparaison des problèmes posés par sa situation actuelle. Celle-ci est la conséquence d'une stratégie dont il fut lui-même l'auteur en début d'année, faisant allégeance à la Ligue et à l'UCPF qui lui amenait en retour un bel accord financier de 62,5M€ sur cinq ans. Dans la balance, il y avait déjà la garantie implicite que la Fédération ferme les yeux sur la chienlit qui se développait notamment autour des arbitres, délibérément et publiquement bafoués par certains dirigeants, abandonnés à leur sort par leur président de tutelle, trop occupé à organiser le fiasco du Mondial. Mais comme rien ne s'est décidément passé comme prévu cette année, Simonet est désormais pris en tenaille. Le monde amateur (dont la fronde est menée par William Mitrano, président de la Ligue Midi-Pyrénées et Jean-Pierre Escalettes, président de la Ligue des amateurs) exige une meilleure distribution des richesses. Les abstentions lors de l'assemblée du 6 juillet à Lyon ont inopinément empêché la validation du budget, provoquant un spectaculaire moment de flottement. Du côté des professionnels, on met maintenant en cause la ratification du "préaccord" du 12 janvier, sous prétexte d'une nécessaire réévaluation des ressources dans le contexte de crise actuel. En fait, la signature est conditionnée à un élargissement des prérogatives du monde pro — sous réserve des indispensables aménagements législatifs (!) — concernant la propriété du numéro d'affiliation et de la marque (aujourd'hui appartenant, conformément à la loi, à l'association et non à la SASP) et la gestion de la préformation (les clubs veulent pouvoir recruter et former des jeunes de 13 ou 14 ans). Les points de ce programme mis au point dans la "Charte 2002" sont autant de profonds motifs de discorde avec l'autre camp. D'autres éléments ont plombé la seconde année du second mandat présidentiel, comme le rapport de la Cour des comptes mettant en cause une gestion opaque et désinvolte ainsi qu'un train de vie excessif (voir Les mauvais comptes font les bons amis), et l'impression donnée aux amateurs d'un éloignement progressif des préoccupations de la base. Qu'ils aillent au bout de leur démarche en refusant le vote du budget lors de l'assemblée du 11 janvier prochain, et Claude Simonet retourne tout simplement à sa retraite, ouvrant une ère d'incertitude et d'affrontement entre les deux mondes. D'ici-là, il y a heureusement le temps de trouver des solutions et de mettre en actes la complicité affichée avec la Ligue. Mais après plusieurs années de sereine euphorie, le rond président se trouve projeté dans un contexte très hostile, et il ne semble pas s'y être attendu le moins du monde. Ce n'est pas le meilleur gage de crédibilité pour gérer une situation aussi délicate que décisive … Thiriez pas sur le pianiste L'autre grand responsable du foot français, le nouvel élu Frédéric Thiriez, subira aussi les pressions du lobby libéral, il aura même son souffle sur la nuque. Grand opérateur du retour à l'ordre, l'avocat devra également être l'homme d'un retour au consensus. Et il sait que s'il ne représente que les intérêts de la ligne Aulas-Martel-Campora, il court à l'échec. Sa personnalité paraît suffisamment prononcée et son sens politique bien assez développé pour qu'il ne se laisse pas réduire à un rôle d'exécutant, et il a d'ores et déjà surpris en se prononçant pour un retour de l'élite à 18 clubs et pour la réunification des coupes nationales, ce en quoi nous ne pouvons que l'encourager vivement. Thiriez pourrait ainsi laisser les libéraux porter certaines de leurs revendications via l'UCPF et le Club Europe (entrée en bourse), soutenir certaines d'entre elles (baisse des charges, propriété du numéro d'affiliation et de la marque, inscription des droits télé dans le bilan), tout en menant une politique soucieuse des équilibres au sein du monde pro et encline à préserver le pouvoir des instances sportives (centralisation des droits). On pourra ainsi le juger sur ce qu'il préservera des mécanismes de solidarité entre les clubs dans la redistribution des droits de télévision. Proche de Le Graët, Thiriez pourrait s'inspirer de son sens politique en évitant ses erreurs. Autant dire qu'il sera un homme de compromis ou qu'il ne sera pas. Surtout que le football professionnel français ne joue pas seulement sa politique générale, mais également sa survie à la dépression économique en cours et à la baisse générale des ressources. Grâce au fameux "retard" français, grâce à notre système archaïque qui a empêché (par la lourdeur de sa réglementation et de ses charges) notre élite de participer, avec des chevilles de verre, à la même fuite en avant que les autres, nos clubs devraient pouvoir supporter la crise avec proportionnellement moins de dégâts. Il reste que la Ligue devra gérer au mieux cette passe difficile, et il est du moins rassurant de voir Frédéric Thiriez assumer cette responsabilité plutôt que Gérard Bourgoin. Santini contre nature Si certains d'entre nous auraient préféré Raymond Domenech en raison d'une personnalité forte qui colle assez bien au caractère très spécifique du poste, Santini n'est pas le premier venu et il n'usurpe pas ses nouvelles fonctions, quelles que soient les circonstances de son accession aux responsabilités (voir Une succession sans héritage). A priori, il y avait un effet assez comique dans la nomination d'une nouvelle variété d'introverti ombrageux à la tête de la sélection, le troisième de suite. Il déclarait dans L'Equipe (20/07) "On me dit rigide, mais je crois surtout à l'honnêté et au respect". Une définition qui aurait convenu à ses prédécesseurs, et qui rappelle les rapports parfois compliqués de Santini avec la presse et ses réactions parfois imprévisibles. Mais les choses ont été clairement mises au point par la définition du poste et les engagements que prendrait l'élu en matière de communication. Dans le sillage de l'échec mondialiste, il n'était plus question pour la Fédération de s'offrir de nouveaux rapports conflictuels entre la sélection et les médias, la page Lemerre étant également tournée sur ce plan-là. On a donc vu avec un certain amusement les efforts déployés par Santini dans les jours suivant son élection afin de faire (bonne) figure un peu partout, notamment auprès de l'Equipe, scellant l'intimité retrouvée entre ces deux grands pôles du football français. Un nouvelle page s'ouvre donc dans les rapports entre médias et sélection, et nous en serons les observateurs curieux. Mais c'est évidemment sur le plan sportif que l'on attend avec le plus d'anxiété les premiers pas de l'ère Santini, car si le "dossier" est moins politique que ceux de la Ligue ou de la Fédération, le devenir de l'équipe de France, principale richesse en péril de la nation du foot, est évidemment crucial… Conformément à sa nature, le nouveau sélectionneur a pris son temps pour établir la composition de son staff. Sa première liste, qui n'écarte en réalité que deux joueurs (Micoud et Boghossian), lui permet d'esquisser l'ouverture attendue. Reste à savoir si une poule de qualification présumée facile sera un véritable atout pour la reconstruction.
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