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Pierre Martini

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Enfin une bonne nouvelle : Patrick Proisy quitte le Racing et le football par la même occasion. L'avenir du club n'est pas assuré pour autant, et il n'est pas dit que le terroir fleure toujours bon. En bonus: le logo du RCS décrypté.
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Après six années d'une ère chaotique et 25M€ de vains investissements, Patrick Proisy quitte le RCS Strasbourg en même temps que le groupe IMG-McCormack se retire totalement. Alors qu'une simple ouverture du capital était encore promise par le président il y a quelques semaines, la direction du groupe américain a précipité les choses. Cette vente pourrait se faire à l'euro symbolique avec reprise des dettes du club, ce qui rend comiques les chiffres évoqués par Proisy en octobre dernier. "Si le PSG vaut 150 M€, nous devons valoir entre 40 et 45 M€" avait-il déclaré en octobre dernier, signant une de ses innombrables perles (DNA 07/10/2002). L'ouverture de capital, à hauteur de 34%, ne devait pas déboucher sur une session avant deux ou trois ans. Plus récemment, il affirmait: "Il n'est pas question que IMG, qui restera avec 64 % du capital, se désengage du club de Strasbourg. Surtout que ces investisseurs alsaciens veulent que je reste président encore pendant quelques années" (AFP 03/02). Le futur ex-dirigeant, autant que les incohérences sportives et les procédures judiciaires, aura accumulé les tromperies sur la marchandise. Sans revenir sur l'intégralité de ses exploits, voici une petite compilation maison: Ça m'énerve : aujourd'hui, Patrick Proisy, janvier 2001. La vile croisade de Patrick Proisy, février 2001. Proisy: en D2, les affaires continuent, janvier 2002. La soupe est servie, novembre 2002.

Le Racing, AOC Le seul héritage positif de cette parenthèse sera peut-être l'introduction de Marc Keller au poste de manager général, qui poursuivra l'aventure avec la nouvelle équipe. Au-delà de la personnalité de l'ex-international, cette petite révolution marque le retour du Racing dans des mains alsaciennes, puisque c'est un tour de table d'investisseurs régionaux qui reprend le bébé. Le choc des civilisations a été fatal à Proisy, qui a très mal géré, comme le reste, l'insertion du club dans un tissu local particulièrement puissant (et nuisible le cas échéant). Peu de villes manifestent en effet un tel attachement à l'identité de son équipe, ce qui en fait un enjeu politique très disputé. Cette "préférence régionale" parfois inquiétante est bien exprimée par Egon Gindorf, chef de file des repreneurs: "Notre objectif, ce sont des Alsaciens qui travaillent pour des Alsaciens" (L'Équipe 12/04)… L'ombre de Wenger Certains des repreneurs sont issus de l'entourage immédiat du club. Outre Marc Keller et Egon Gindorf, industriel retiré des affaires qui a déjà eu des fonctions au club, on trouve Patrick Adler, sponsor principal et membre du Conseil d'administration. Sous ce jour, l'affaire ressemble plus à une éviction de Proisy, ce qui n'a pas empêche celui-ci de plaider sérieusement auprès d'eux pour la reconduction de son mandat… Abyssal. L'organigramme n'est pas encore connu, notamment parce que IMG-McCormack doit valider la solution en son siège américain, mais Adler est pressenti pour la présidence. Robert Lohr (industriel) et Léonard Specht font partie du groupe. Surtout, un nom clinquant a été évoqué par Gindorf, celui d'Arsène Wenger, avec lequel il serait en pourparlers et qui pourrait occuper le rôle de "super-consultant" (DNA 13/04), voire rejoindre le club dans quelques années lorsque Sir Arsène daignera retrouver nos terres sinistrées. Reste à savoir si cette caution était de pure forme, ou si elle prélude à une réelle implication du manager d'Arsenal, qui ne s'était pas privé de critiquer la gestion de Proisy. Un projet sportif à reconstruire Les nouveaux dirigeants vont certainement connaître un état de grâce auprès de supporters jamais à court d'espoirs et de médias qui vont jouer le jeu dans un premier temps. Ensuite, avec des moyens vraisemblablement limités et un passif qui n'est pas seulement financier, il faudra affronter les épreuves en commençant par la DNCG le 15 mai prochain. Un allègement de la masse salariale est attendu des fins de contrat et de prêt, mais il faudra gérer les affaires en cours (dont le conflit avec l'association) , normaliser les relations avec la ville, trouver rapidement un équilibre financier et surtout mettre en place un projet sportif cohérent. Une actualité trépidante se déroulant à la Meinau, où les locaux se sont offert une victoire à la nantaise contre Nantes et leur maintien en L1, on apprit au terme de ce match que Ivan Hasek quitterait ses fonctions à la fin de la saison, désireux de rejoindre sa famille en République tchèque. Grosse émotion, avec un Marc Keller dépité de voir partir un entraîneur qu'il a tâché de retenir, au mépris des règles de la gestion classique des formations de haut niveau. La continuité sportive qu'il aurait incarnée avec Keller tombe à l'eau, et oblige le club à trouver une solution sur un marché du travail très compliqué. En deux ans, Hasek a conduit le RCS en L1 puis l'y a maintenu. Pas si mal vu le contexte.
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