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Etienne Melvec

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Qu'est-ce qu'on fait des rations?

La soupe est servie

Téléfoot aime Jean-Claude Darmon, et pour France Foot, Patrick Proisy n'est pas un si mauvais bougre. Dans le journalisme sportif, il y a de nombreuses façons de ne pas se fâcher avec les gens qui comptent.

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Journalistes de compagnie

Jean-Claude Darmon a eu droit à son invitation rituelle à Téléfoot, où l'on sait qu'il est en terrain ami. Comme cette histoire repasse toujours les même plats, et surtout sert la même soupe, on ne reviendra pas en détail sur la prestation du grand-argentier-du-football, très équivalente à celle que nous avions saluée, il y a quelques mois, (voir Darmon chez les nuls). Reçu avec toute la complaisance nécessaire, l'œcuménique personnage n'a pas manqué de flatter les caniches qui l'entouraient ("Je suis en admiration devant le travail que vous effectuez" déclare-t-il à l'équipe de TF1), de se féliciter des vertus morales du foot pro en profitant de la proximité du match France 98-OM, d'accorder divers satisfecit au président de la Ligue, à Alain Perrin, Michel Mézy, Vahid Halilhodzic, Didier Deschamps, Laurent Blanc, l'équipe de France.

C'est simple, il aime tout le monde Jean-Claude. Il y a en chez qui la salive sert surtout à lécher, et Thierry Roland est de ceux-là, puisque le vétéran vient rendre hommage aux qualités de cœur de l'invité, auquel il demande "Mais vous n'aimez pas trop qu'on en parle?", ce qui permet à Jean-Claude Darmon de déclarer devant des millions de téléspectateurs qu'en effet "le plus important c'est de le faire, pas de le dire". S'ensuivra la sempiternelle critique, habilement appuyée par les potiches présentes autour de la table, de la fiscalité française-qui-pénalise-les-clubs.

 


Attention, ceci n'est pas une publi-information.

 

A France Football aussi, on se laisse parfois aller à quelques complaisances, quoique ce ne soit pas dans les mêmes proportions ni selon les mêmes méthodes — il ne s'agit pas de mettre ces deux cas d'espèce à équivalence. Mais tout de même, on y relève parfois des portraits pour le moins flatteurs et pas très contre-argumentés (voir la Gazette 45 ).

 

C'est ainsi que dans le numéro du mardi 29 octobre, rien moins que quatre pages ont donné la vedette au président du RC Strasbourg, l'inénarrable Patrick Proisy. Le portrait, à trop adopter le point de vue de son sujet, ressemble à une plaidoirie qui élude les aspects les plus critiques et n'est complétée que du témoignage à décharge de Marc Keller. Rien, par exemple, sur la condamnation du président alsacien pour diffamation après les propos nauséabonds tenus envers Nelly Viennot (voir La vile croisade de Patrick Proisy). Et si Proisy accumule les procédures judiciaires (qu'il en soit ou non à l'initiative — voir Proisy, en D2 les affaires continuent), c'est parce qu'il serait un juste et un "naïf" qui ne supporte pas les pratiques douteuses du foot français et refuse de céder à l'hypocrisie ambiante. "Est-ce ma faute si dans le foot, des gens trafiquent des dates de naissance, établissent de faux passeports, rédigent de faux contrat?", demande-t-il. Un saint en enfer. La thèse est audacieuse, et à défaut d'être étayée, il est dommage qu'elle n'ai pas été débattue contradictoirement.

 

En revanche, le credo libéral du dirigeant est bien reproduit, qui dénonce un "foot pro qui n'en peut plus de la fiscalité, des taxes, des conventions et des partenariats particuliers". Proisy serait même à l'origine de toutes les évolutions de la Ligue sur les questions économiques, et il aurait ainsi acquis un grand respect de la part de ses confrères. Comment expliquer alors qu'il se soit fait évincer du Conseil d'administration de la Ligue lors des dernières élections en mai dernier, et qu'il suscite un rejet aussi général? On est décidément à la limite de la réécriture de l'histoire quand Proisy présente son bilan sportif comme pas si mauvais (c'est-à-dire pas plus nul que celui de ses prédécesseurs). Il se dit qu'en football, ce sont les détails qui comptent. En observant bien la photo pleine page qui montre notre président vêtu d'un costume d'excellente facture — bien que sa coupe de cheveux ne soit pas à ce niveau d'élégance — on distingue sur sa cravate le logo du Variétés Club de France. Un nouveau signe que tout le monde ne déteste pas Proisy.

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Les médias et les journalistes


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