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Jacques Blociszewski

 

Chercheur et spécialiste des technologies audiovisuelles, il est partisan d'une réflexion critique sur la mise en scène du spectacle sportif. Auteur de Le Match de football télévisé (éd. Apogée).


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La tectonique des transferts

Qu'est-ce que Vikash machine ?

Après avoir cherché le clash puis joué à la fille de l'air sur Twitter, Vikash Dhorasoo est revenu en ligne. Mais on a toujours autant de mal à le suivre.

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"Trop chiant à lire", "vraiment naze", "pas drôle du tout": voilà comment Vikash Dhorasoo "répondait" le 15 avril dernier, sur Twitter, au texte "À quoi sert Vikash Dhorasoo?" publié deux jours plus tôt sur Moustache FC. Le titre et le contenu de l’article n’étaient certes pas agréables pour un Dhorasoo sérieusement remis en cause. Mais cette analyse avait le grand mérite de poser de vraies questions.
 


Des questions en l'air

On y lisait par exemple: "Sur des thèmes qui dépassent le cadre des questions de société, nous ne t’entendons jamais: quid de l’amalgame ultra / hooligan, quid de la lutte contre la financiarisation du football? Quid de la mainmise médiatique sur ce sport?" Et encore: "Ton statut de Stéphane Hessel du football dessert plus la cause de l’alter foot qu’autre chose. Pendant que tu parades sur les plateaux de télévision et que tu vitupères une certaine vision populaire du football, tes amis continuent leur travail de sape pour façonner ce sport à leur image et à leur profit".
 

 



 

En ne réagissant que par trois tweets dédaigneux, l’ancien joueur de l’équipe de France devenu polémiste à sens unique se refusait à toute contre-argumentation. Un tweet des Cahiers du football, le 15 avril, le lui faisait remarquer: "C’est quand même très, très court comme argumentation. Tu aimes "te faire défoncer", [NDA: référence à un tweet précédent de VD] sauf quand ça tape un peu juste". Sans plus de succès qu’Arthur Michel [NDLR: sauf à considérer que recevoir sans raison une bordée d'injures en message privé soit un succès]. En ce qui me concerne j’ai plusieurs fois proposé par mail une rencontre à Dhorasoo pour parler de télévision et du mouvement Tatane, toujours sans réussite: silence glacé, puis fin catégorique de non-recevoir (précédemment, j’avais donné suite favorablement à deux sollicitations de Dhorasoo lui-même et une de son compère Pierre Walfisz).
 

On voyait ainsi se dessiner un Vikash Dhorasoo bien différent de l’image a priori positive qui se dégage du joueur apparemment rebelle: celle de quelqu’un qui ne répond à rien de ce qui le dérange et évite le contact avec ceux qui le gênent.
 


Twitter : "un truc de merde"

Un peu plus tôt, le 12 avril, une contribution dhorassienne avait fait des siennes sur lemonde.fr: "I love you Joey". Dans des tweets précédents, il avait plus ou moins pris la défense de Joey Barton, joueur de l’OM critiqué pour ses tweets incendiaires, notamment contre Thiago Silva. "Dhorasoo vole presque au secours de Barton", écrivait le 6 avril foot01.com, qui avait un peu de mal à s’y retrouver.
 

Déjà en effet perçait l’incohérence du propos. "On critique les footballeurs aux discours aseptisés mais on n’accepte pas un gars qui se sent libre de dire des conneries. Faudrait savoir!" Soit. Mais l’auteur de Substitute, avec sa façon de caresser d’une main pour mieux cogner de l’autre, enchaînait sur: "Joey, tu es agressif sur Twitter mais pas sur le terrain. La France attend tes tacles. Montre ce que tu vaux ou rentre en Angleterre boire des bières et prendre du poids".
 

Dans "I love you Joey", Dhorasoo nous livrait sa conception de Twitter: "un truc de merde où les cons sont rois" (avec "deux millions de nazes…"). Suivaient des considérations sur Joey Barton et son attitude, où était exposé un mélange bizarre (assez peu drôle) de fascination pour le Bad Boy et d’envie d’en découdre. "Au fait mec si jamais tu veux me follower et te fighter avec moi (en français, Barton comprendrait mieux…), voici mon twitter", etc. Puis: "Bon je file sur Twitter pour clasher un autre Joey, mais lui c’est une star". Sympa.
 

Curieux cheminement. On commence par insulter toute une communauté d’internautes en fustigeant Twitter, et on finit par s’y précipiter avec enthousiasme, après avoir lancé un défi puéril à Barton. Le goût de la provocation est évident, son sens beaucoup moins.
 


Y être ou ne pas y être?

Les jours suivants ces divers textes, notre Vikash a dû se poser quelques questions. Difficile en effet de faire plus embrouillé que son comportement. Le 21 avril, coup de théâtre, butfoootballclub.fr annonce le suicide de Dhorasoo! Mais bon, c’est juste sur Twitter. Ouf. "Joignant le geste à la parole, l’ex-joueur de l’OL et du PSG vient de supprimer le compte qu’il possédait sur le célèbre réseau social". La veille déjà, nous nous étions heurtés à une impossibilité d’accès. Conscient sans doute d’être allé un peu loin vis-à-vis de Twitter (dont il était lui-même un utilisateur régulier…), l’ancien joueur du PSG avait tenté de rattraper le coup dans une interview publiée le 25 avril par What’s the foot: "J’utilise aussi Twitter, je m’inclus aussi dans ces cons". Bel élan de lucidité, et une petite dose de politique. Mais enfin, se retrouver contraint de se ranger soi-même parmi les cons… La situation devenait compliquée.
 

Entre le 19 et le 29 avril, ce fut donc l’écran noir sur Twitter Plus de Dhorasoo. Une héroïque décision, un acte d’une grande maturité, celui de quelqu’un assumant ses convictions fût-ce au prix d’un affreux sacrifice: ne plus être sur Twitter. Mais où donc était passé Vikash Dhorasoo? Peut-être était-il allé au bout du raisonnement qu’il détaillait sur What’s the foot.: "Un jour je disparaîtrai de Twitter et je prendrai un téléphone qui fait juste téléphone. C’est important de revenir à l’essentiel, de lire, de se faire un ciné, de se parler, de se rencontrer…" Combien nous étions d’accord avec une telle déclaration! Ce Vikash apôtre de la déconnexion – en plus du foot joyeux – nous plaisait de nouveau. Las… Le 29 avril (soit après dix jours de sevrage), ces trois mots terribles s’affichaient sur l’écran rallumé du compte Twitter du fondateur du mouvement Tatane: "I’m back!" Etait-ce possible? Il se serait renié si vite? Le manque de Twitter était-il intolérable? Là encore, pas un mot d’explication. Le jeu d’auto-massacre continuait.
 


Générique de fin

Pourquoi ce revirement? On imagine les interrogations: se priver de Twitter et de 70.000 abonnés? Quoi qu'il en soit, Vikash Dhorasoo a fait machine arrière: on ne peut décidément pas se passer de ce machin pourri, infesté de débiles, certes, mais si cool pour la promo. Or la promo, Dhorasoo y tient. Il a donc pour l’instant renoncé à l’achat d’un téléphone préhistorique et à son quasi retrait dans un couvent pour méditer sur la vanité des choses et sur cette société de communication si horriblement aliénante.
 

Depuis son grand retour le 29 avril, Dhorasoo, aux dernières nouvelles, se porte bien. Il a publié une petite centaine de tweets. Morceaux choisis: "Allez les bleus!!!", "Kaganski, j’espère que tu as Twitter!!!", "Avec le team Winamax à Chamonix pour un séminaire poker. Plaisir!", "A Marrakech pour le festival du rire avec Jamel Debouze", "Sofoot a 10 ans!", "Tatane organise un Tatane pique-nique le 14 juillet. Tatane foot en prévision. Venez nombreux…"
 

La mort dans l’âme, Vikash Dhorasoo a renoncé provisoirement (mais un jour, vous verrez!) à son destin de Robinson Crusoé des temps modernes – avec quelques potes, quand même – déconnecté, méditatif, loin du fracas du monde. Mais bon, faut pas aller trop vite, non plus. Le nirvana, ça se prépare… En attendant, Vikash twitte. Sage. Conforme.

 

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