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Nicolas P.

 

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Trente-cinq

Portugal : la fin d’un modèle ?

Souvent montré en exemple pour une réussite sportive obtenue avec peu de moyens, le football portugais connaît pourtant une crise qui lui impose de se réinventer pour durer.  

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Acculé par ses problèmes de liquidités, les exigences du fair-play financier et le contexte économique global du pays, l’heure est à l’urgence pour le football portugais. Loué en France pour lui avoir chapardé la cinquième place du classement UEFA malgré des budgets bien plus faibles qu’en Ligue 1, sa réussite sportive s’appuie aussi sur une dette énorme. Celle du Sporting, de Porto et de Benfica dépasse désormais allègrement le milliard d’euros. La chute de l’empire bancaire Espirito Santo, principal créancier du football portugais, aggrave encore une situation délicate depuis quelques années. Exposé à hauteur de 215 millions d’euros auprès des trois grands, le groupe souhaite se retirer du football.

 


 

L'austérité pour tous

Il faut dire que la situation du football portugais tient quasiment du miracle: seulement soixante millions d’euros de droits TV à se partager (de façon très inéquitable) et des budgets relativement restreints : celui du Sporting, par exemple, plafonne à 25 millions d’euros, soit l’équivalent de celui de Guingamp, avant-dernier budget de Ligue 1, et ce en dépit d’une qualification en Ligue des champions. Le budget moyen en Liga Sagres est de 12.3 millions d’euros, le Vitoria Setubal dépassant à peine le million d’euros… 

 

Le contexte économique global du pays n’aide certes pas à améliorer la situation: billetterie et sponsoring ont également pâti de la crise (lire "Le Portugal, pas encore sorti de l'Euro"). La Ligue elle-même, en plus de connaître une crise d’ordre politique, se trouve dans une situation financière guère meilleure que celle des clubs qu’elle représente. Des difficultés qui ont autorisé (ou contraint) les clubs lusitaniens à pratiquer la modération salariale: 5.000 euros net mensuels en moyenne pour un joueur de première division.

 

Après avoir vécu au-dessus de leurs moyens pendant des années, grands et petits clubs de l’élite se sont accoutumés aux politiques d’austérité : ils ont prouvé en tout cas qu’un football pouvait être compétitif sans inflation des dépenses ou dérapage de la masse salariale. C’est peut-être ce qui rend le modèle portugais sympathique aux yeux de ceux qui craignent que les résultats sportifs soient de plus en plus corrélés à l’argent investi, et c’est au nom de cette spécificité qu’il mériterait d’être sauvé.

 


Après les transferts, la formation en recours

Reste que l’heure est grave et que la réaction se doit d’être prompte. Les clubs l’ont bien compris: leurs recettes en transferts, si elles suscitent à chaque mercato l’ébahissement de l’Europe du football, ne suffisent pas à bâtir un modèle: trop dépendant de revenus somme toute aléatoires, le "Big 3" reste à la merci d’une ou plusieurs mauvaises années qui auraient immédiatement des conséquences désastreuses.

 

Ces recettes, du reste, sont aujourd’hui largement vampirisées par des acteurs extérieurs au football. Institutionnalisée au Portugal sans y faire l’unanimité, la tierce-propriété sera interdite par la FIFA dans quelques années. Bien qu’elle ne puisse pas de toute façon être considérée comme une solution de long terme, et au-delà des implications néfastes qu’elle peut avoir sur le football en général, elle présentait l'avantage d’apporter des liquidités à des clubs aux abois.

 

La question est de savoir comment le foot portugais pourrait se réinventer: la formation semble être l’échappatoire tout indiquée. Différents présidents de clubs ont promis de la développer, répondant à l’appel du président de la Fédération qui estimait que le jeune joueur portugais n’a pas les mêmes chances que les étrangers, pour lesquels les clubs feraient preuve de plus "d’indulgence". En dehors du Sporting, qui investit chaque année dix millions d’euros dans sa formation et comporte environ un tiers de joueurs formés au club dans son effectif, les clubs portugais ont plus prospecté que formé ces dernières années. Seuls 12% des joueurs ayant pris part à la Liga Sagres étaient formés au club en 2013/14. La qualité des jeunes Portugais, pour autant, n’est pas remise en cause – preuve en est leurs résultat en catégories de jeunes –, mais le joueur espoir local peine à confirmer en équipe première: peu utilisé dans son club, il s’embarque pour des destinations "exotiques", où il se perd régulièrement.

 


Réforme en profondeur

Au Portugal, la formation est un vieux serpent de mer qui donne lieu, à l’occasion, à de vagues promesses: à l’horizon 2020, le président de Benfica a promis à ses fans une équipe à 60 ou 70% composée de joueurs formés au sein du club lisboète. Le FC Porto s’était pour sa part lancé dans un grand projet de formation, baptisé Visão 611, qui a fait long feu. Les jeunes Lusitaniens souffrent également des liens particuliers qui unissent le Portugal et le Brésil, dont les ressortissants bénéficient du "statut d’égalité". Le temps dira si ces objectifs ambitieux seront réalisés ou s’ils resteront lettre morte, mais au Portugal, ni le talent ni les structures ne manquent.

 

À l’heure où deux sources majeures de financement – Banco Espirito Santo et la tierce-propriété – sont sur le point de disparaître, le football portugais ne pourra se contenter de petites adaptations à la marge. Il devra se réformer en profondeur s’il souhaite sécuriser la réussite sportive de ses clubs qui, elle, est incontestable.

 

La prise de conscience des acteurs du football portugais n’est pas feinte pour autant: quelques signes laissent présager une sortie de crise par le haut. L’élection de Bruno de Carvalho à la tête du Sporting a bousculé quelques certitudes. Soucieux de limiter la pratique de la tierce-propriété au sein de son institution, il a mis le nouveau vice-champion portugais à la diète et s’est imposé comme le chef de file médiatique du renouveau. Benfica, de son côté, a racheté 100% des droits de plusieurs de ses joueurs, il y a quelques semaines. Tous, en tout cas, sont lancés dans une course contre la montre dont l’issue reste, pour l’heure, incertaine.

 

Merci à Nicolas Vilas, Yann  Pondaven et thebigbrunowski pour leur concours.
 

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