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Puskás 1954, la malchance au rendez-vous

Les héros malheureux de la Coupe du monde - L'année 1954 aurait dû être l’apogée de sa carrière internationale. Capitaine du légendaire Aranycsapat, Ferenc Puskás a malheureusement payé cher les deux matches qui ont opposé la sélection magyare aux amateurs d’une RFA inattendue à ce niveau.

Auteur : Christophe Zemmour et Toni Turek le 11 Juil 2014

 

 
4 juillet 1954: pour la finale de la cinquième édition de la Coupe du monde, qui se joue sous la pluie au Wankdorf-Stadion de Berne, la Hongrie est grandissime favorite face à la RFA. Après tout, les Magical Magyars ne sont-ils pas invaincus depuis une trentaine de matches – record qui tiendra jusqu’aux années 1990 – et un revers en amical (3-5) à Vienne? Mieux, depuis 1949, les Hongrois et leur capitaine Ferenc Puskás affichent un bilan proche de la perfection, avec trente-quatre succès et six nuls pour une seule défaite.

 


 

Cet Aranycsapat ("Onze d'Or"), qui a gagné les treize rencontres qu’il a jouées en 1951 et 1952, a ainsi remporté l'or olympique en Finlande. Quelques mois plus tôt, il a également infligé à l'Angleterre sa première défaite chez elle face à une équipe du continent, lors d'une mémorable démonstration (3-6) devant plus de 100.000 spectateurs à Wembley. Une partie au cours de laquelle Hidegkuti et Puskás ont chacun inscrit deux buts au cours de la seule première demi-heure. Les Anglais ont d'ailleurs pu voir que ce résultat n’était pas un hasard: même avec un effectif renouvelé aux deux tiers, ils furent corrigés (7-1) à Budapest quelques semaines seulement avant le début du Mondial, subissant là ce qui reste encore, soixante-dix ans plus tard, la pire défaite de leur histoire.
 


Hongrie OK, Puskás KO

Au cours de ce Mondial, dont c’est la première édition télévisée, la Hongrie s’est jouée de tous ses adversaires. Dans son groupe B, elle a complètement démoli la Corée du Sud (9-0) avant de s’imposer aisément (8-3) contre une Allemagne remaniée. Lors des matches à élimination directe, la Hongrie a ensuite écarté en quarts le Brésil (4-2) – au terme d’un match fini à dix contre neuf et resté célèbre comme la "Bataille de Berne" pour sa violence, et lors duquel Puskás lancera une bouteille dans la tête du défenseur Pinheiro – puis en demi-finale le champion en titre uruguayen (4-2 a.p.). L’attaque magyare est de loin la plus prolifique de toutes les équipes engagées avec 25 buts inscrits en 4 matches, et son buteur Sandor "Tête d’Or" Kocsis, qui a assuré les buts finaux du quart de finale et de la demie après avoir déjà inscrit un triplé et un quadruplé en poules, en est alors à onze réalisations – nouveau record de la compétition.
 

Ferenc Puskás, lui, n’a pas été aussi flamboyant jusque-là. Et pour cause, l’attaquant du Budapest Honvéd n’a pu jouer qu’une moitié de Coupe du monde. S’il a été double buteur contre la Corée du Sud, le "Major galopant" à la frappe du gauche si redoutable n’a inscrit qu’un seul but contre la RFA. La faute en revient au rugueux Allemand Liebrich qui, en taclant Puskás par derrière, l’a touché sérieusement à la cheville, causant une fracture révélée aux rayons X. Dans l’ouvrage Captain of Hungary, paru un an plus tard, le stratège hongrois est d’abord amer: “C’était un coup vicieux… alors que je ne jouais plus le ballon.” Une rancoeur qui s’atténuera avec le temps, le Magyar ne jugeant finalement pas, tout comme son coéquipier Hidegkuti, que la faute de Liebrich fût calculée. Puskás n’a pas fini le match et n’a pu être aligné ensuite. Si le sélectionneur Gusztáv Sebes réintègre Puskás parmi les titulaires pour la finale, c’est un pari osé: s’il va mieux, le capitaine hongrois n’est pas encore à 100% de ses capacités.
 


Hors-jeu douteux

La finale démarre de façon idéale. Au centre de l’attaque d’une Hongrie organisée en 3-2-5, le "Major galopant" ouvre le score dès la sixième minute, en reprenant un tir de Kocsis détourné par le pied de… Liebrich. Et comme lors des quatre matches précédents, la Hongrie mène ensuite 2-0, cette fois grâce à l’ailier Czibor qui chipe un ballon mal retenu par le gardien allemand Turek, alors à terre. Mais cet avantage de deux buts est annihilé en à peine dix minutes par la RFA. Une situation pas inédite pour les Hongrois: déjà en demi-finale, l’Uruguay avait remonté pareil handicap de deux buts, les poussant tardivement en prolongations.
 

Cette fois cependant, la Hongrie ne parvient pas à reprendre l’avantage. Alors qu’ils avaient mené 3-1 à la pause de leur match de poule contre la RFA, les Magyars doivent se contenter d’un 2-2 contre les amateurs ouest-allemands à la mi-temps d’une finale qu’ils n’écrasent pas de leur supériorité. Plusieurs facteurs seront évoqués plus tard pour ce rendement inférieur: une météo défavorable, une nuit et une entrée dans le stade perturbées, un Puskás amoindri, des joueurs qui font le mur la nuit pour aller voir des femmes ainsi qu'une fatigue importante. Après les coups des Brésiliens, la Hongrie a en effet dû jouer trente minutes de plus en demi-finale par rapport à une RFA qui s’est baladée contre l’Autriche (6-1).
 

La seconde période de cette finale est riche en occasions côté hongrois. Mais pas plus que ses coéquipiers Hidegkuti et Czibor, Puskás ne parvient à inscrire le troisième but magyar dans les filets allemands où un Turek de feu – auteur du “match de sa vie”, selon le journal Kicker –, suppléé au besoin par le cadre ou un défenseur, multiplie les parades. Même le cannonier Kocsis n’y arrive pas. Et lorsque la RFA prend l’avantage grâce à Rahn à la 84e minute, l’impossible prend corps: la Hongrie est en passe de perdre! Deux minutes plus tard pourtant, Puskás devient le sauveur des Hongrois en parvenant enfin à franchir la muraille allemande, et à porter le score à 3-3. Sa joie ne dure pas: son but est annulé pour un hors-jeu qui restera à jamais litigieux. Malgré une dernière offensive magyare, le score en reste à 3-2 en faveur de la RFA, scellant la première défaite du Onze d’Or hongrois depuis quatre ans.


 

 

La fin brutale d'un âge d'or

"C'est de notre faute. Nous pensions avoir le match gagné, et nous avons alors donné deux buts et les avons laissé revenir dans le match", commentera Puskás. Après cet échec, la sélection hongroise déchue n’est plus regardée du même œil… surtout chez elle. À son retour de Suisse, la délégation fait un détour de quelques jours par la ville de Tata pour éviter la colère de la rue. Le régime communiste n’apprécie guère la victoire d’un représentant de l’Ouest face à l’Est, et plusieurs joueurs, avec leurs familles, doivent faire face à des mesures de rétorsion (éviction de clubs, pertes d’emploi…). Le fils de Sebes est passé à tabac à l’école; Grosics, opposant de toujours au système, est arrêté. S’estompe également l'enthousiasme né de l'abolition des camps d'internement et des amnisities données par le Premier Ministre Imre Nagy, à l’origine de l’idée de la “Nouvelle Voie”. Tombés du piédestal sur lequel ils avaient été placés, les joueurs hongrois découvrent aussi les infamantes rumeurs de corruption dont ils font l’objet…
 

Le onze national hongrois va pourtant redémarrer une nouvelle série avec une majorité de victoires entre 1954 et 1956, avec notamment un succès 1-0 à Moscou. C’est l’entrée des chars soviétiques à Budapest, en réponse à la révolution d’octobre 1956, qui mettra un terme définitif à cette période dorée. Plusieurs joueurs dont Puskás, alors en déplacement avec le Budapest Honvéd, feront le choix de ne pas rentrer au pays. Le "Major galopant", après deux années compliquées, démarrera une nouvelle vie au Real Madrid, et jouera encore en Coupe du monde: ce sera au Chili, en 1962… avec l’Espagne, notamment contre le futur champion brésilien. Sans marquer, loin de l’enthousiasme que lui et son pays d’alors avaient suscité huit ans plus tôt.

 

Réactions

  • Tonton Danijel le 11/07/2014 à 00h37
    J'avais vu un numéro des Dossiers de l'histoire consacré à cette équipe de Hongrie, qui a été emporté par les tourments.

    C'était surtout Czibor qui me semblait le rebelle de l'équipe (affecté notamment par un discours de Rakosi qui en 1952 avait comparé les adversaires suédois en demi-finale des JOs à "des chiens enragés" qu'il fallait écraser). Il a également fait partie des expatriés après 1956. Il y avait une anecdote aussi à propos d'Hidegkuti, il descendait d'une famille aristocrate, il a donc fallu que l'Etat monte un documentaire montrant sa mère travaillant à l'usine pour illustrer qu'il avait aussi des origines prolos.

    Grosics, je crois qu'il a surtout payé parce qu'il fallait un coupable à la défaite en finale, et le gardien de but était tout indiqué.

  • Milan de solitude le 11/07/2014 à 12h49
    Il y a tant et tant à dire sur ce match, la fierté retrouvée de l'Allemagne, le dopage quasi avéré de l'équipe, etc.
    Merci en tout cas pour tous ces articles historiques soigneusement glissés entre les matchs de la Coupe du monde au Brésil.

  • magnus le 11/07/2014 à 17h44
    Le crochet extérieur de Puskas face à l'Angleterre reste légendaire presque 60 ans après.
    Et "Le Miracle de Berne" est un super film.
    2006 fut une super année pour les docus télévisuels sur le foot (merci Arte).

  • harvest le 16/07/2014 à 23h55
    On était en pleine guerre froide et devinez de quel côté sont toujours les instances du football? Il ne fallait donc pas que ces sales cocos soient les meilleurs, et en plus belle occasion de réhabiliter cette Allemagne tant nécessaire au capitalisme occidental.
    Ne cherchons pas plus loin l'origine de cet arbitrage scandaleux lors de la finale.
    Et si on prend en compte le dopage, la Mannschaft n'aurait évidemment aucune étoile sur ce maillot plus noir que blanc.

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