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Du pétrole, mais pas assez d'idées

[Le procès du football français] Bénéficiant d'exceptionnels gisements de jeunes joueurs, la formation française doit se réinventer pour se remettre à niveau, sans négliger ses points forts. 

Auteur : Christophe Kuchly le 28 Jan 2021

 

 

Article issu du "Procès du football francais" dans le dossier "France" du numéro 4 de notre revue (juin 2020). Illustrations Juan Miranda.

 

* * *

 

Laurent Cadu a eu une matinée bien remplie. Lui qui passe beaucoup de temps au bord des terrains est également resté devant des écrans. Sur son ordinateur, il a cherché le prix des casques de réalité virtuelle – 650 euros l’unité, un investissement –, puis passé trente minutes à visionner un montage vidéo.

 

Laurent Cadu dirige le pôle Espoirs de Châteauroux, réservé aux treize-quinze ans, par lequel sont passées des dizaines de futurs pros, dont Florian Thauvin, Morgan Sanson, Abdou Diallo et Adam Ounas. Placées sous l’égide de la FFF, ces structures un peu méconnues (sauf l’INF Clairefontaine) sont pourtant essentielles : elles préparent au grand saut vers les centres de formation des clubs pros. Au total, plus de 40% des internationaux tricolores ont fréquenté ces pôles espoirs. Alors, forcément, ce qui s’y passe impacte fortement le football français dans son ensemble.

 

 

 


Évolution des méthodes

Premier constat: contrairement à ce qui se faisait il n’y a pas si longtemps, la relation entre formateurs et joueurs ne va plus seulement du haut vers le bas. Les seconds, formés à la vidéo par un analyste dédié, ont accès à tous les enregistrements des entraînements et matches pour être en mesure d’identifier et résoudre seuls les lacunes de leur jeu. Et les premiers, sensibilisés à l’aspect mental et assistés de psychologues du sport, adaptent leur pédagogie.

 

Les jambes, les pieds puis la tête: voilà qui résume globalement l’évolution de l’approche de la formation française au fil du temps. "Il y a malheureusement souvent eu un effet de mode", regrette Jean-Michel Vandamme, qui a notamment dirigé le centre de formation du LOSC. "Quand les Allemands l’emportaient en imposant leur physique, on vantait l’engagement et la puissance. Ensuite, l’Espagne s’est mise à gagner et il fallait des petits gabarits techniques. Puis on a regardé les Brésiliens et leur capacité à bien maîtriser la balle dès le plus jeune âge."

 

Les critères athlétiques, qui obligeaient à réussir des tests physiques pour entrer en centre, ont été assortis d'une exigence technique et complétés d’un travail mental une fois le jeune encadré. Ainsi, à treize ans, les joueurs sont sensibilisés au yoga et aux méthodes de relaxation. Même s’il serait abusif de dire que la Direction technique nationale (DTN, dont dépendent les pôles espoirs) est en pointe sur tous les sujets, ce travail de préformation est bien plus poussé que dans beaucoup de clubs pros – l’OL faisant figure de bon élève, ce qui se traduit au niveau de l’équipe première.

 

"Mais il faut cinq à huit ans pour avoir un retour sur l’investissement fait à la base", estime Laurent Cadu. Membre du staff de l’équipe de France U17 au Mondial 2019, il a été frappé par la différence entre les Bleuets et les joueurs de certaines équipes d’Amérique du Sud animées par une rage de vaincre bien supérieure.

 

 


L’essor de la périodisation

La volonté d’adopter une approche globale se matérialise dans la façon dont les jeunes s’entraînent, qui peut être résumée par un mot: périodisation. Une méthode selon laquelle tout ce qui est travaillé l'est par rapport à des situations de match, et dont la genèse dans l’Hexagone date de 2007. "On est allés voir au Portugal et en Espagne comment elle était appliquée, et on l’a développée sur toutes les formations", rembobine François Blaquart, l’ancien directeur technique national. "Cela a été difficile, car le changement culturel était profond, mais ça s’est fait. Les critères athlétiques n’ont jamais été la première des priorités en France, mais la technique n’a pas toujours été au service du jeu."

 

"Ils ont apporté ce qui se faisait de bien à l'étranger, ça a amené des choses nouvelles et efficaces", ajoute Pascal Plancque, qui a notamment dirigé les U19 d’Auxerre au début de sa carrière. Tous les témoins interrogés le confirment: la France a du pétrole sous les pieds, un immense réservoir de joueurs dont le potentiel ne demande qu’à être développé – notamment en Île-de-France, où quasiment tous les clubs pros ont désormais une antenne. Un atout incomparable pour rester performant, mieux exploité que jamais dès la préformation.

 

"Mais il faut que les clubs s’y mettent car les étrangers sont en train de prendre énormément d’avance", prévient Damien Comolli, directeur sportif en pointe sur les nouvelles technologies. "On marche un peu sur l’eau, mais il ne faut pas s’endormir. Il devrait y avoir trois analystes vidéo par centre de formation, des stats, des GPS pour tout le monde…"

 

Et de meilleurs salaires, pour attirer les meilleurs profils? C’est en tout cas le pari des Pays-Bas, nation aux écoles de jeu reconnues, où le travail sur la répétition du geste est inscrit dans une très longue tradition. "Là-bas, ce sont des cracks en formation. L’entraîneur des petits est payé autant que celui des grands, il a un vécu foot et des qualités psychopédagogiques", assure Jean-Michel Vandamme. "Je ne sais pas s’il existe une recette de la formation, mais il faut une matière première à développer digne de ce nom, un projet pédagogique et une porte vers le haut niveau."

 


Trop de candidats?

C’est justement sur le dernier point que se situe le principal risque, et pas seulement au sein d'un PSG où la concurrence est rude. L’impossibilité de faire monter les réserves au-dessus de la quatrième division, alors que l’Ajax joue les premiers rôles en D2 néerlandaise, a toujours rendu la bascule compliquée. Cette situation incite à créer des partenariats à l’étranger afin de prêter les éléments qui s’ennuieraient au quatrième échelon. Avec les contraintes économiques actuelles, notamment le développement de modèles de trading, les clubs français ont de moins en moins de temps à perdre avec ceux qui ne sont pas immédiatement prêts.

 

Les meilleurs sont lancés de plus en plus tôt et vendus s’ils sont bons, les autres risquent d’évoluer en marge – barrés par une concurrence qui s’internationalise. Même en Ligue 1, certaines titularisations ressemblent à des tests grandeur nature pour voir ce que les pépites annoncées ont dans le ventre. L’opportunité de jouer chez les pros, qui vient plus vite qu’ailleurs, peut être une bénédiction ou une malédiction. Car aux échecs sportifs s'ajoutent les réussites qui n’en sont pas vraiment… "Même un jeune très costaud, musclé, reste un gamin, donc fragile, rappelait Claude Puel dans L’Équipe en février. Neal Maupay, que j’avais lancé à seize ans et demi à Nice, était formé musculairement, mais c’était un ado. Deux ans plus tard, il s’est fait les croisés."

 

Or, dans ce football "aux exigences physiques impressionnantes, même comparé à il y a cinq ans", décrit par Vandamme, la gestion des corps est un enjeu crucial. "Un joueur arrive à maturation physique autour de vingt ou vingt et un ans, même s’il est doté d’un super bagage technique. À un moment, la machine risque de casser", regrette François Blaquart. "Les clubs sont de plus en plus aux mains d’affairistes et de fonds d’investissement qui veulent des résultats immédiats. On peut être inquiet car on n’a pas les reins assez solides pour y arriver sans une bonne formation. Si on ne sort pas de jeunes en France, qui jouera en Ligue 1?"

 

L’ancien DTN aimerait plus de protection, mais le combat est perdu d’avance. "Le problème est qu’on est dépendant des lois et d’un système extrêmement mal fait. Les transferts internationaux sont interdits avant dix-huit ans, sauf dans l’Union européenne, où la libre circulation des travailleurs établit la limite à seize ans. Les Anglais ont décimé le football français grâce à leur pouvoir économique en prenant des jeunes… qui n’ont en général pas réussi." La possibilité de vite rejoindre un grand club, à un âge où la capacité à franchir toutes les étapes du parcours de formation dans le sien n’est pas encore acquise, accélère pourtant ces transferts rapides. D’autant que l’entourage (famille, conseillers, agents) voit généralement d’un bon œil l’augmentation salariale qui va avec.

 

 

 


Le monde amateur en soutien

Ce travers court-termiste rejoint celui de la gestion des clubs dans leur ensemble: on le reconnaît aussi dans l’obligation de résultat imposée à certaines équipes de jeunes. Celles-ci sont rares à afficher une identité claire, comme c’est le cas au sein de la filière Red Bull – où le pressing très intense se retrouve à tous les échelons. Ajouté aux changements d’orientation des directions sportives, cela fragilise l’émergence de ceux qui ne sortent pas immédiatement du lot.

 

Un problème heureusement compensé par la base. Car si les réserves pros ne peuvent réglementairement pas monter, peu auraient de toute façon le niveau pour le faire: le monde amateur français est bien mieux structuré que les autres. "Je pense que la qualité des coaches à ce niveau et le maillage des clubs sont pratiquement uniques, je ne l’ai jamais vu ailleurs", souligne Damien Comolli. "Le système fait que, même en étant amateur, on peut jouer au plus haut niveau régional et se frotter à des joueurs en formation."

 

Nabil Fekir, non conservé par l’Olympique lyonnais avant d’y être repris, est un bon symbole: même en sortant des structures d’élite, les jeunes footballeurs français peuvent continuer à progresser. Les gamins bien formés dans les clubs pros donc très demandés par les clubs amateurs et n’ont plus forcément besoin d’attendre une chance dans leur club formateur.

 

Le système les fait cependant défiler à la chaîne et peut aussi s’avérer cruel. "Le niveau individuel des joueurs a augmenté. Quand je vois ce que certains sont capables de réaliser à dix-sept ans…", souffle Laurent Cadu. "Sauf qu’à notre niveau, on n’a pas de certitudes. Il peut toujours y avoir des interférences dans l’accompagnement, des gens qui se greffent et émettent un discours contraire." Une tendance qui ira en s’aggravant si, au lieu de protéger le trésor, tout le monde cherche uniquement à l’exploiter.

 

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