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Patrick Slet

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Les Cahiers, numéro 16

Le flop-modèle nantais

Le FC Nantes a connu une des saisons les plus troublées de son histoire, avec pour symbole l'échec de son recrutement depuis plus d'un an.
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Prévisible en début de saison, le grand chassé-croisé des capitales illégitimes de la Bretagne a bien eu lieu en 2004-2005. Et comme annoncé dans la Tribune Armor Luxe), le stade rennais est devenu un club de football ! Bombant le torse, les rouges et noirs du centre administratif pourraient écrire l’avenir du football en Bretagne. À l'inverse, Nantes serait-elle atteinte d’une Rennite aiguë? Revue défective Spécialiste dans la course à l’arnaque offensive, Nantes a vécu, en l’espace d’un an, une campagne de recrutement historique pour un club habitué à carburer sur son centre de formation. De janvier 2004 à janvier 2005, huit nouveaux joueurs sont venus grossir les rangs avec deux latéraux, un défenseur central, deux milieux et trois attaquants. Cette ossature potentielle pour l'équipe n’a convaincu ni les deux coaches, ni les inconditionnels du club. Guillaume Norbert : latéral droit. Jeune spécialiste de la Ligue 2, qui n’a jamais réussi de saisons complètes, a été recruté cet hiver pour apporter d’autre solution que Savinaud / Da Rocha côté droit. Recruter malin à la nantaise, c’est désormais choisir un blessé qui, après deux matchs corrects, repart pour l’infirmerie en touchant les 20.000. Alexander Viveros : latéral gauche, international colombien, a confirmé une carrière en dent de scie. Sa vivacité de limace insomniaque a fait le bonheur de tous les milieux droits du championnat de France. Desservi par une visible surcharge pondérale, il n’aura joué que les deux-tiers du championnat. Julio César Cacérès : défenseur central, international paraguayen, a séché la préparation d’avant saison à cause d’un conflit juridique. Annoncé comme l'un de ces défenseurs centraux de grande classe mitonnés en Amérique du Sud, il n’a rien prouvé sur les douze matches joués et devrait repartir dès cet été. La charnière centrale des bleuets vient de signer professionnelle et sans doute pas pour jouer en CFA bien longtemps. Donald Gilles Yapi Yapo : meneur de jeu, international ivoirien, il est arrivé "pour franchir un palier [...] avant d’accomplir [son] rêve de jouer à Arsenal". Peut-être arrivera-t-il un jour, comme le jeune Norbert, à y passer une saison sans jouer? En dehors des quelques rares matches sur-volés par l’équipe, le présumé génie offensif a souffert et s'est rarement montré capable d’un haut niveau de performance plus de deux matches d’affilée. Aurélien Capoue : milieu gauche ou attaquant, on n’a jamais trop su s’il jouait. Même en mettant les pieds sur le terrain un match sur deux, il s’inscrit dans la tradition des joueurs venus d’en bas qui ne s’imposent pas. On pourrait alors lui prêter un destin "à la Peyrelade" qui, à la suite de sa difficile adaptation nantaise, a fait une carrière honnête. Cependant, déjà exclu du CFA pour retard, il ne semble pas animé des qualités morales qui faisait de ce dernier un "joueur de vestiaire" reconnu. Florin Bratu : attaquant ou milieu droit, on ne sait pas trop non plus. Avec douze petites apparitions et malgré quelques qualités entraperçues, c’est surtout la présentation d’Amisse qui fait encore parler de lui. En évoquant le "mélange de Trezeguet et de Cissé", on sait maintenant qu’il parlait d’un joueur aussi blessé que Trezeguet et aussi buteur qu'Edouard Cissé. Mamadou Diallo : attaquant ou milieu offensif, arrivé au mercato d’hiver, il s’est presque installé comme titulaire. Bénéficiant du médiocre niveau général, il pourrait passer pour une star. Mamadou Bagayoko : attaquant à l’homonymie bien placée, il s’est imposé comme titulaire, ce qu’aucun attaquant nantais n’avait réussi à faire depuis Vahirua. Si ses statistiques de buteurs sont pour l’heure du même niveau, la qualité supérieure de ses prestations, fortement empruntes d’abnégation, démontre surtout le niveau d’ambition nantais cette année : le maintien. La jaunisse, maladie mortelle ? Après ce tableau jaune et vert-de-gris, on entend déjà le chœur des évangélistes canariens brandir le collectif comme future providence des aventuriers du jeu perdu. Bien sûr, on pourra évoquer une série de facteurs endogènes et exogènes pour expliquer cette normalisation du club. Car, c’est bien de cela qu’il s’agit, le FC Nantes est devenu un club normal, banal jusque dans sa lutte pour le maintien, avec ses dissensions privées et ses disputes publiques. Ce recrutement en est aussi le triste symbole. Fâché avec le Président Gripond, Budzynski n’a pas participé à l’opération "escargot lunaire" menée cet été, prétextant notamment un manque de moyens pour tenir les objectifs affichés. Loïc Amisse, brutalement sorti avec tous les déshonneurs, en a fait les frais, endossant le costume gris métal du fusible idéal. Le club a logiquement traversé une saison classique du bas de tableau. Da Rocha et Landreau, les derniers cadres, ont été trop irréguliers ou blessés pour tenir leur rang. Inversement, comme souvent, ce sont les vertus morales des seconds couteaux de ces dernières saisons qui ont brillé dans le marasme ambiant: Quint en phase de rédemption et Savinaud en intermittent du spectacle. Surtout, le club a encore creusé le déficit de la sécu avec une infirmerie jamais vide qui a une nouvelle fois remis en cause la préparation physique. Ainsi, vingt-neuf joueurs auront testé les pelouses de Ligue 1, bien souvent sans convaincre. Bien sûr, il y a toujours un Toulalan exemplaire ou un Keserü de l’espoir. Les ressources d’un club formateur ne sont jamais vraiment taries. Pourtant, cinq vrais espoirs, internationaux en catégorie jeunes, achèveront sans doute leur flirt avec le haut niveau pour rejoindre un relatif anonymat la saison prochaine: Rubil, Hadjadj, Glombard, Ahamada et N‘Zigou. Croisée des chemins Dans ce contexte, l’actuel entraîneur Serge Le Dizet veut effectuer un retour au contrat social nantais. Il souhaite ainsi réduire l’effectif de trente professionnels à une vingtaine seulement. Il claironne la rupture avec la consommation de masse de joueurs informes : recours au centre de formation, et apport extérieur pour l’expérience uniquement. Dans l’attente de pouvoir offrir un grand bol d’air au bateau ivre des bas fonds, le centre de formation a entrepris une mue de printanière forcenée. Récemment interrogé dans Ouest-France, Jacky Soulard, directeur administratif du centre de formation, expliquait que la promotion interne devait redémarrer et que cela passait par le "sacrifice" des plus âgés et moins talentueux... Même si cette stratégie a, par le passé, envoyé Gravelaine en équipe première du SM Caen. Dès lors, deux thèses s’affrontent. L’optimiste verra dans tout cela le signe du renouveau, comme ce fut le cas en 1993 lorsque le club, au bord de la faillite, assista à l'éclosion de sa dernière grande génération en date. La pessimiste se focalisera quant à lui sur la gestion financière et sportive qui, au nom d’une politique de rigueur, bloque le remplacement de Georges Eo (de nouveau promu entraîneur adjoint) par Christophe Pignol au poste de chargé de recrutement. À moins d’une relégation, il faudrait être devin pour décrypter l’avenir de la coopérative nantaise. D'autant que les incertitudes planent sur l'identité du futur actionnaire du club. De lui dépendront les futurs choix stratégiques qui le feront basculer dans le meilleur ou le pire des scénarii...
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