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Francis Grille

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Sept mois

Dis papa, c'est quoi le Racing ?

D'hier à aujourd'hui, d'un Parc des Princes à l'autre pour finir à Colombes : c'est le Racing Club de Paris (ou de France) expliqué à mon fils...
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En voyant mon neveu prononcer les quelques mots magiques d’un bambin, ceux qui attendrissent même le plus insensible d’entre nous, lorsque le gamin arrive enfin à articuler votre prénom ou à dire "pourquoi", j’ai eu la faiblesse de me projeter. Moi aussi, ça m’attend. Et avec ce mot magique, les questions fatidiques. J’ai déjà réfléchi aux terribles "Dis Papa, pourquoi Maman elle est pas là ?", à "Dis Papa, comment on fait les bébés ?", mais j’ai eu un frisson d’horreur en imaginant le vice à l’état pur, sous la forme d’un "Dis Papa, c’est quoi le Racing?" En fait, je me suis senti complètement désarmé face au regard insistant du bout de chou qui ne vous lâchera pas sans avoir une réponse convaincante. J’ai déjà pensé à répondre un laconique "Tu comprendras quand tu seras grand" ou le toujours aussi consternant "C’est des histoires de grandes personnes". J’en ai été tellement peu convaincu que j’ai pensé à ce moment fatidique où je serai confronté aux yeux embués du gamin au bord des larmes parce qu’on lui a rappelé sa condition d’être incomplet. J’ai aussi pensé à vous, pères, oncles, futurs pères, et même à ceux qui espèrent briller en société en racontant leurs souvenirs du Racing en finale de Coupe de France contre Sannois-Saint-Gratien au Stade de France en 1957. Voici un petit voyage dans le présent souvent morne d’un club au passé pourtant prestigieux. Une querelle d’appellations d’origine incontrôlée Fondé en 1882, le Racing Club de France (RCF) est une association, à l’instar de votre club de pétanque village ou de l’association des riverains de la rue Salneuve. Sauf que le RCF, c’est "la passion depuis 1882" et ça, évidemment, ça impressionne rapidement le chaland qui s’aventure imprudemment sur un site où il croyait trouver la nouvelle boucherie chevaline de la rue d’à-côté, qui curieusement s’appelle aussi "Racing". Donc, le RCF est une association, qui cumule les titres dans une vingtaine de disciplines sportives (on pense facilement au football ou au rugby, mais on pense moins à l’escrime, à la natation, à l’athlétisme ou au ski, et oui, on aime tous les sports au Racing), un palmarès omnisports parmi les plus complets (93 médailles olympiques, 53 titres de champion du monde, pour faire court) que le "PSG de Charles Biétry" n’atteindra pas de sitôt. Pour ce qui est du ballon rond (les passionnés de pentathlon moderne me pardonneront de traiter avec légèreté leur discipline de prédilection), le Racing Club de France, c’est avant tout ce fameux maillot à rayures horizontales bicolores, bleu ciel et blanc, qui a, paraît-il, inspiré d’autres clubs comme le Sporting Club du Portugal. C’est aussi quelques titres, le dernier, une Coupe de France, remontant quand même à 1949. En fait, c’est en 1932, deux ans après sa première finale de Coupe de France (perdue après prolongation contre Sète, 1-3) qu’apparaît le Racing Club de Paris, club professionnel qui reprendra la section football du RCF, du moins pour celle qui tient le haut de l’affiche pendant trois décennies, s’adjugeant le titre de Champion de France en 1936 et cinq Coupes de France (1936, 1939, 1940, 1945 et 1949), échouant plusieurs fois de peu à la conquête d’autres championnats dans les années 50 et 60 (quatre podiums entre 1959 et 1962). Si 1936 conjuguait les victoires du Racing et du Front Populaire, c’est en 1962, lorsque l’élection du président de la République devint l’enjeu du scrutin universel, que le Racing commença à décliner pour longtemps. Pendant vingt ans, le Racing connaîtra des descentes (les années 70 virent le Racing faire le yoyo entre la D3 et la DH, pendant qu’émergeait le Paris Saint-Germain), l’abandon de l’ancien Parc des Princes et du professionnalisme, ce dernier avatar survenant un an après une improbable fusion avec le CS Sedan… La première époque du Racing Club de Paris prend fin en 1967, laissant le seul Racing Club de France, qui avait conservé la section amateur du football, représenter seul le club. En 1982 arrive un homme déjà puissant, patron d’une célèbre entreprise d’armement, qui reprendra le Paris FC. Cet homme est Jean-Luc Lagardère, l’entreprise, Matra. Après avoir fait naître malgré lui le Paris Saint-Germain FC, le Paris FC verra une autre de ses côtes devenir club, le Racing Paris 1, affilié au RCF. Le RP1 joue les premiers rôles en D2, sans pour autant monter. Comme je vous sens légèrement perdus, je récapitule : jusqu’en 1932 n’existe que le RCF, de 1932 à 1967, il cohabite avec les pros du RCP, puis un nouveau "RCP" est fondé en 1982 sur les cendres fertiles du Paris FC. L'aventure de la D1 1983 marque un tournant, le RP1 devient le RCP "deuxième époque", fusionnant (et absorbant) le RCF football. Il remonte en D1, après un barrage contre Saint-Étienne, autre prestigieux bateau ivre du ballon rond hexagonal. Revenant au Parc des Princes, le RCP veut jouer "mieux que le maintien" et en sera pour ses frais, terminant bon dernier. En D2 alors que le rival en rouge et bleu est sacré champion pour la première fois depuis cinquante ans pour un club parisien, le RCP remonte. Blessé dans son orgueil, Lagardère construit une équipe de stars, avec Francescoli, Littbarski, mais surtout en faisant signer le capitaine champion de France, Luis Fernandez. Les supporters du virage Boulogne doivent l’avoir oublié… C’est surtout l’année suivante que le RCP, devenu Matra Racing de Paris, fera des miracles, évoluant en haut de tableau toute l’année, et échouant de très peu à sa première qualification européenne (le Racing avait été seulement invité lors d’une des premières éditions de la Coupe de l’UEFA). Un grand club est-il en train de naître à Paris ? Oui et non, puisque le Racing ne soutient plus la comparaison avec le PSG que lors de derbies toujours accrochés. 1988-89 se conclut dans l’anonymat (parmi les titulaires, Francescoli, Casoni, Silooy, Ginola ou Guérin) et l’inquiétude puisque Matra se désengage du club, tant et si bien que la saison suivante condamne le Racing à la descente, d’un degré puis de deux, le président Piette affirmant ne pas pouvoir boucler le budget nécessaire à la D2. Mais 1989-90 était une année de paradoxes : dans la semaine suivant le bouclier de Brennus remporté par les rugbymen du Racing, emmenés par Franck Mesnel, les "manchots", déjà relégués, renversent le grand OM à Marseille en demi-finale de Coupe, s’imposant 2-3 alors qu’ils étaient menés 2-1 à quelques minutes du terme de la rencontre (et après avoir sorti Bordeaux, vice-champion, en quart de finale). Mais Montpellier, avec Paille, Cantona ou Blanc, battra les Parisiens en finale, 1-2 après prolongation. C’est contre un club héraultais que le Racing avait joué (et perdu) sa première finale, c’est contre un club héraultais qu’il joue sa dernière finale. Quinze ans d’agitation dans les coulisses d’un club amateur Depuis, que devient le Racing? Une première saison de D3 sous le nom de RP1, toujours professionnel, puis une seconde, après l’entrée en force du riche département des Hauts-de-Seine, sous le nom de Racing 92, font perdre au club le statut professionnel. Il ne le retrouvera jamais, passant des saisons aux troisième et quatrième niveaux nationaux, alternant joies et déceptions avec une régularité que ne renierait pas l’actuel porte-drapeau du football parisien… Entre-temps, le RCF retire son soutien financier au club, pressenti un temps pour être le résident du Stade de France. L’Icare Red Star est presque mort de cette ambition… Entre 1998 et 2000, les deux clubs joueront chacun un match de prestige (et télévisé) dans la trop rapidement qualifiée de "légendaire" enceinte de Saint-Denis : contre Monaco, en Coupe de France pour les Racingmen (défaite 0-1) et contre Saint-Étienne pour les petits hommes verts, en championnat (défaite 1-2). Aucun n’en est devenu résident, le Red Star écume les vertes prairies de banlieue en division d’honneur, le Racing évolue cette saison en National. Après quelques turpitudes budgétaires, le désormais Racing Club de France 92 se voit refuser la montée en National à l’été 2003. Qu’à cela ne tienne, l’année suivant est la bonne et malgré d’incessantes rumeurs de faillite, le club joue en National. Et plutôt bien. Avec une nouvelle équipe dirigeante (aux commandes du club depuis le début du mois), le club espère dans un premier temps retrouver un minimum de sérénité et d’ambition. Le Racing, vu de Colombes Le club, qui ne compte plus d’ancienne gloire du championnat (Antoine Kombouaré ou Daniel Dutuel ont usé leurs derniers crampons sur la pelouse du Stade Yves-du-Manoir), s’appuie sur des jeunes, issus pour la plupart des clubs avoisinants. Le fameux "vivier francilien"… Ce samedi 18 décembre, alors que le Magazine Ciel et Blanc, écrit par un des groupes de fidèles, annonce un ciel dégagé en "souhaitant la bienvenue aux dirigeants, joueurs et supporters bayonnais", le stade Yves-du-Manoir — défiguré depuis vingt ans et la démolition des virages et d’une tribune latérale (consécutive aux terribles incidents du Heysel) — accueille un public clairsemé, composé de fidèles dont l’enfance fut bercée par les Racing-Arsenal des années 50, et de riverains. Deux cents spectateurs venus voir le Racing affronter Bayonne pour une affiche qui sent bon l’Ovalie; ils étaient trente mille au Parc des Princes lorsque le même Aviron était venu défier le Paris-SG. Un vieil habitué confie "Ça fait quarante ans qu’on attend de redevenir un club prestigieux, on peut bien en attendre encore quarante" (en entendant cela, je m’imaginais à son âge dire à un passant du Camp des Loges venu voir un PSG-Vesoul de troisième division que ça fait quarante ans qu’on attend un grand PSG, un frisson dans le dos). Vu sous cet angle, on peut se dire que pouvoir assister à un match de football à l’abri d’une pluie incessante et pour seulement quatre euros est presque un luxe. Côté tribunes, les ciel et blanc de Bayonne font autant de bruit que leurs homologues du Racing, dans une ambiance bon enfant. Côté pelouse, le Racing, diminué et malheureux (deux tirs sur les montants, un jeu presque aussi plaisant que celui de pas mal d’équipes de la supposée élite) doit s’incliner contre les Basques (1-3)… Pas de panneaux publicitaires, pas de sponsor sur le maillot du Racing, on en vient à se prendre d’affection pour le club local, même quand la défense centrale commet des bourdes qu’on retrouve sur les terrains du Bois de Vincennes le dimanche matin… À la pause, la lecture du double feuillet précité s’accompagne de celle de L’Echo des Racing Tigers, publié par l’autre groupe de supporters du club, et d’une barquette de frites à la buvette où se bouscule presque une dizaine de spectateurs. Mené, parfois bousculé, le Racing n’est pas sifflé pour autant (bon esprit, disait-on), même en rentrant tête basse dans les vestiaires. Septième à la mi-saison, après un parcours de champion à l’extérieur, de reléguable à domicile le Racing peut encore rêver d’une montée, même si des équipes comme Valenciennes, Valence, Sète ou Nîmes lui semblent supérieures… Alors, peut-être, la prophétie de notre vieux fidèle se réalisera: "Bientôt, on rejouera le derby contre le PSG, au Stade de France et devant quatre-vingt mille spectateurs cette fois."
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