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Jamel Attal

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Un bordel mal organisé

Dans l'affaire des faux passeports comme dans celle de Strasbourg-Metz, la Commission fédérale d'appel était la troisième instance à rendre son verdict. Mais la situation avait déjà tourné à l'absurde et rien ne pouvait plus la sauver...
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Les dirigeants de l'AS Saint-Étienne et ceux du RC Strasbourg pourront méditer sur l'opportunité de multiplier les appels, en pensant que chaque instance amoindrira la peine précédente. Leur fuite en avant n'est semble-t-il pas terminée, puisque Proisy et Rubio entendent saisir le Comité national olympique sportif français puis les juridictions civiles, et pourraient être imités par les "déboutés du troisième tour" comme Toulouse et ceux qui se préparaient à une pêche au point.

Retour en arrière et fuite en avant
Dans le cas des passeports, il n'est ailleurs pas très surprenant que ce soit une instance fédérale, et non issue de la Ligue, qui en soit revenue à des peines plus cohérentes. Le principe de l'amende forfaitaire nous semblait bien plus logique (à défaut d'être idéal) que le calcul alambiqué de la Commission d'appel et de l'éthique qui ouvrait la porte à toutes réclamations, comme cela n'a pas manqué d'être le cas. Si l'ASSE a faussé le championnat en ne respectant pas certains règlements, il est parfaitement logique qu'elle soit lourdement sanctionnée, et à cet égard, une rétrogradation pure et simple n'aurait pas été inique. Mais la démarche consistant à réparer le préjudice général en laissant les clubs obtenir des points pas le biais de recours individuels était tout aussi aberrante. On voyait déjà les clubs s'entredéchirer dans un grand marché des points qui traînent pour pondre finalement un classement totalement fictif. Au contraire, la CFA a tenté de verrouiller son verdict en empêchant les recours: "Aucun des résultats ne doit être remis en cause car il n'y a jamais eu plus de trois joueurs extra-communautaires lors des rencontres", a déclaré Xavier Lebray, son président. Cette solution est aussi "diplomatique" que les précédentes, mais elle est un peu plus intelligente.
Le problème est que d'autres formations sont impliquées dans le même genre de pratiques, et que le club forézien apparaît inévitablement comme la victime expiatoire. L'impunité de Metz et surtout de Monaco, qui ont bénéficié de la clémence légendaire de la Commission d'appel et se sont sagement tenus à ses verdicts, reste très choquante. Cependant, dans l'affaire stéphanoise, toutes les commissions ont affiché une assurance totale quant à la culpabilité des dirigeants, ce qui laisse à penser qu'elles disposaient d'éléments qui n'ont pas été communiqués au public ("L'AS Saint-Etienne est coupable d'avoir organisé un système de détournement de la règle des quotas et ce, dès le début du championnat le 28 juillet 2000"). Cette implication des responsables du club —si elle est avérée, au contraire des cas messins et monégasques— justifie peut-être la différence de traitement. Mais le manque de transparence du traitement de l'affaire a compromis cette éventuelle justification.
D'autre part, s'il est risqué de sanctionner sans attendre le résultat des enquêtes judiciaires, qui peuvent durer des mois, il serait probablement encore plus grave de rendre les sanctions inopérantes parce qu'elles surviendraient beaucoup trop tard (situation qui menace le Calcio, dont les instances auront du mal à retirer à la Lazio son titre de la saison précédente).

Allons z'arbitres
La décision de la Commission fédérale d'appel concernant Strasbourg-Metz est tout aussi ambivalente mais attise cette fois le feu du scandale, châtiant Strasbourg mais donnant le match à rejouer.
On aimerait penser que les trois points de pénalité infligés à Strasbourg l'ont été pour l'attitude lamentable de Patrick Proisy, pour l'attitude minable de Patrick Proisy, pour l'attitude ignoble de Patrick Proisy, pour l'attitude pitoyable de Patrick Proisy, pour l'attitude inqualifiable de Patrick Proisy. Mais la CFA ne l'a pas précisé, alors on se contentera de l'imaginer. C'est immensément triste pour les supporters du RC Strasbourg, qui ne méritaient pas pareil président, mais ils se consoleront peut-être en se disant que leur équipe était de toute façon condamnée et surtout que l'an prochain, même en D2, ils seront débarrassés de l'actuel pire dirigeant du foot pro.
La requalification du match, à rejouer à huis clos, est par contre totalement incompréhensible de la part d'une commission de la Fédération qui comprend des représentants du football amateur. Le "lâchage" des arbitres est spectaculaire et semble donner raison à ceux qui les ont accusés (comme Bourgoin) d'avoir manipulé l'opinion, là où ils n'avaient fait que se révolter presque timidement contre le mépris incroyable dont ils sont l'objet.
La palme de l'imbécillité, eu égard à ses responsabilités, revient au président de la Ligue qui s'est d'abord scandalisé que les arbitres puissent contester les décisions d'aussi vénérables "tribunaux sportifs", avant d'accuser la "pression fiscale" sur les arbitres, comme s'il s'agissait de cela. Il est même descendu un cran plus bas : "Si Nelly Viennot a été victime d'un coup extrêmement malheureux, ce n'était pas pour autant une opération volontairement montée contre l'arbitrage" (Stade 2). Supporters décérébrés, réjouissez-vous, lancez sur les arbitres et les joueurs tout ce que vous arriverez à introduire dans un stade, vous pourrez toujours plaider le "coup extrêmement malheureux" et l'absence de préméditation, puisque vous n'aurez pas monté volontairement une opération contre l'arbitrage.
Ce mépris une nouvelle fois exprimé place cette fois le foot pro devant une crise aggravée, les arbitres ayant renouvelé leur boycott de ce match. Un scénario hilarant se profile alors: si Commission centrale d'arbitrage ne peut trouver d'arbitre pour ce match, ni en France ni à l'étranger (par solidarité), il faudra tirer au sort parmi les dirigeants des équipes pour attribuer le sifflet. On imagine déjà Molinari en short.
N. : Les arguments en faveur de mesures injustes mais dissuasives (comme la suspension des stades et l'annulation des matches), pour supprimer durablement les débordements en changeant les mentalités, ayant été récapitulés dans Stade dépassé, ils ne seront pas repris ici.

À ce point de leur développement, il est clair que ces deux affaires ne peuvent plus connaître de dénouement satisfaisant. Constatant une nouvelle fois la La faillite disciplinaire du foot français, on se reprend à rêver d'une réforme de ces commissions semeuses de chaos, qu'il faudrait d'abord rendre vraiment indépendantes de la Ligue et doter d'un arsenal de sanctions claires pour tous les cas de figure. Que les peines soient aussi claires que les règlements et que les instances soient fortes, les clubs s'auto disciplineront et l'on échappera peut-être aux imbroglios pathétiques et scandaleux que nous connaissons actuellement. Mais qui a intérêt à ce que la justice sportive soit irréprochable?

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