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Jérôme Latta et Michaël Bastien

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Fautes ! (de langage)

Tranches de cake et parts de roi

Comment les cinq principaux championnats partagent le gâteau des droits TV entre les clubs: une (magnifique) infographie de Moustache FC et des Cahiers du football.

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Cet article et cette infographie sont une coproduction Moustache FC / Cahiers du football: ils ont été écrits et réalisés à quatre mains.

Il n'y a pas que la grève des joueurs qui a secoué le début de saison de la Liga espagnole: une fronde de douze clubs ligués contre le Barça et le Real a effet mis la lumière sur le système de répartition des droits de diffusion le plus inégalitaire d'Europe. L'inflation des droits télé est à l'origine de la croissance exponentielle de l'économie du football depuis une vingtaine d'années, au point qu'ils constituent une ressource vitale pour les clubs. Tous les championnats ne sont pas égaux, certains réussissant mieux que d'autres à valoriser leur produit auprès des chaînes. Et en leur sein, tous les clubs ne sont pas égaux devant le gâteau: les ligues nationales ont adopté des systèmes de répartition différents, plus ou moins équitables selon les critères dont ils tiennent compte.

En Espagne, les droits étant issus de négociations individuelles entre les clubs et les diffuseurs, les "gros" sont favorisés dans des proportions qui rendent le système insoutenable, selon cette logique libérale qui fait aller l'argent là où il y en a déjà le plus (à l'œuvre de façon particulièrement efficace en Ligue des champions – lire "La Ligue des champions, riche à crever"). En Italie, devant le désastre, la Seria A a fini par mettre un terme à un tel système. "Notre championnat est non seulement la plus grande infamie d'Europe, mais du monde. C'est un championnat du Tiers-Monde dans lequel deux clubs soustraient l'argent des droits télévisuels aux autres qui sont également en course", a déclaré José Maria Del Nido, président du FC Séville.

Si la Liga constitue un cas extrême, avec son duopole trustant les titres et les richesses (mais aussi le pouvoir, si l'on en croit le prompt étouffement du mouvement des clubs "indignés"), la logique inégalitaire est à l'œuvre dans des proportions diverses au sein des autres championnats européens. L'occasion de comparer les cinq principales ligues du continent en évaluant à la fois leur puissance financière et la façon dont elles arbitrent entre la logique sportive et la tentation "élitiste". 

[cliquez sur l'image pour l'agrandir]
infographie_europe_droits_tv2.jpg



Liga : Barca et Real seuls au monde

46 %. C'est la part des 600 millions d'euros de droits TV que se sont partagé le Real Madrid et Barcelone au terme de la saison 2010/2011. Valence et l'Atletico Madrid, respectivement troisième et septième du dernier championnat ont perçu chacun 42 millions d'euros, soit 3,3 fois moins que les deux principaux clubs d'Espagne.

Lorsque l'on compare les deux extrémités de ce classement en relief, les chiffres donnent le tournis : Barcelonais et Madrilènes perçoivent 11,6 fois plus que Gijon, Malaga, Santander, Levante, Sociedad, Hercules ou Almeria. 14 équipes sur 20 d'un des meilleurs championnats au monde profitent de moins de 20 millions d'euros de droits TV, soit autant que ce qu'a perçu l'AS Nancy-Lorraine! Une représentation qui permet de mieux comprendre le ras-le-bol du reste de la Liga.


Premier League : la répartition la plus équitable

Les clubs se partagent plus de 1,1 milliard d'euros à chaque saison, la renommée internationale de la compétition permettant la vente de ses droits dans plus de 200 pays. Souvent représentée comme la contrée du football moderne et de ses dérives libérales, l'Angleterre semble offrir le système de répartition des droits TV le plus juste qui soit. Il est pourtant assez proche de celui de la Ligue 1 (voir le graphique ci-dessous), mais des diffusions plus nombreuses impliquent que la part liée à la médiatisation ne constitue pas le même levier de disparités...

Le premier, Manchester United, n'a perçu qu'une part 1,5 fois plus importante que Blackpool. Deuxième constat, la logique sportive est respectée: l'équipe championne est celle qui bénéficie de la meilleure redistribution, les relégués ferment la marche. Les cinq premiers du classement se partagent 29%, le second quartile 26%, le troisième 23% et les cinq derniers 22%. Une dégressivité homogène qui permet ainsi à chaque club de se prémunir en cas de mauvaise saison et de non-qualification européenne (cf. Liverpool).

graph_cle_repartition_cdf.jpg


Ligue 1: priorité à l'axe Paris-Lyon-Marseille ?

Lors de la dernière saison, la Ligue 1 a touché près de 520 millions d'euros de droits télé, soit un peu moins de la moitié que ce qu'ont perçu les équipes de Premier League. La comparaison s'arrête là puisque Marseille a perçu 50 millions d'euros lorsqu'Arles-Avignon n'en touchait que 14, soit 3,6 fois moins. Certes nous sommes loin du gouffre ibérique qui sépare haut et bas de ce classement, mais cette répartition financière ne respecte pas la logique sportive. Ainsi, Marseille qui n'a fini que second du classement a perçu 8 millions d'euros de plus que le LOSC, champion en titre.

Le FC Lorient, 11e, a perçu un peu moins que le Racing Club de Lens, équipe pourtant reléguée. La faute à un système de répartition qui fait la part belle a un indice de notoriété qui compte pour 22% de la somme totale des droits TV et qui est calculé selon le nombre d'apparitions télévisuelles. (Lire "Le drôle de calcul de la LFP").


Serie A : la loi des "sympathisants"

En matière de télé-dépendance, la Série A se pose là: 60 % des recettes annuelles des clubs italiens sont issues des contrats négociés avec les diffuseurs, cela pour un montant total de 790 millions d'euros. Cette manne financière primordiale nécessite-elle donc une réussite sportive constante? Eh bien non, puisque la Vieille dame de Turin, qui est passée à travers l'édition 2010/2011 en terminant septième, est celle qui a perçu la part la plus élevée: 79 millions d'euros, soit 6 millions de plus que le champion, le Milan AC. L'explication? La loi Mélandri qui réserve 25 % du montant total selon le nombre de "sympathisants" de chaque club. Afin de définir ce qu'est un sympathisant, la Ligue a fait appel à trois instituts de sondage. Au final, la Juventus qui compte plus de supporters (ainsi définis) que le Milan AC limite les dégâts.

Cette situation ubuesque conduit à des répartitions de droits TV qui font fi de toute logique sportive: l'Udinese, quatrième et qualifié pour phase éliminatoire de la Ligue des Champions a perçu moins que... la Sampdoria qui évoluera en Série B cette saison. En terme d'amplitude, le ratio entre la Juventus et Cesena est de 4, comparable à celui de Ligue 1. En nécessitant une part aussi importante des droits TV dans ses recettes de fonctionnement et en s'appuyant sur un indice aussi fantaisiste que le nombre de sympathisants, la Série A n'est-elle pas plus devenue un spectacle qu'une compétition sportive?


Bundesliga : l'eternel exemple

En politique comme en construction de stades, il semble de bon ton de prendre exemple sur le voisin allemand. La question des droits télévisés ne déroge pas à la règle puisque la Bundesliga est le championnat le moins dépendant des recettes émanant des contrats signés avec les diffuseurs. Un euro sur trois que touchent les clubs allemands vient de cette ressource, contre un sur deux en Ligue 1.

Estimé à 312 millions d'euros, le total des droits TV semble également justement réparti, en 2011 le Bayern Munich percevait 24 millions d'euros alors que Sankt Pauli ne percevait que 12 millions d'euros environ, soit 2 fois moins.

* * *


Certains championnats européens seraient bien inspirés de repenser leur modèle économique, à commencer par l'Espagne où l'écrasante supériorité du Real Madrid et du FC Barcelone nuisent à l'intérêt sportif: quel intérêt de s'attarder sur un match du Barca si l'on sait que les Blaugranas atteindront la pause avec trois buts d'avance, sauf à n'y voir plus qu'un spectacle de cirque avec ses vedettes en démonstration?
La DNCG et les autres experts prônent pour la Ligue 1 une diversification de ses recettes, dont le principal vecteur devrait être la modernisation de son parc de stades, censée attirer une nouvelle population de spectateurs et réduire une télé-dépendance qui implique, à chaque appel d'offres, de courir derrière les diffuseurs, voire d'en inventer de nouveaux quand la concurrence se dilue (lire "Al-Jazira, ça ira, ça ira" et "CFoot, écran de fumée").

Le fond du problème reste "politique" et réside bien dans la capacité de la communauté des clubs à répartir les ressources en son sein: on connaît l'antagonisme entre les partisans de l'élitisme (toujours plus pour une élite censée tirer les autres vers le haut) et ceux qui revendiquent le retour à des clés de répartition qui fassent la part plus belle aux critères sportifs (le classement) et aux parts fixes afin d'éviter la formation d'une oligarchie de clubs de plus en plus exclusive. Toute ressemblance avec le débat global sur la fiscalité n'est pas complètement fortuite...


Les observations en vrac
• Lille, actuel champion de France et Valence, qualifié pour la Ligue des champions, ont perçu moins que West Ham, Birmingham et Blackpool, relégués en Npower Championship.
• En cumulé, le Real Madrid et Barcelone ont perçu autant de droits TV que Manchester United, Chelsea, Arsenal et Manchester City réunis ou autant que les 7 premiers de Ligue 1.
• Les onze équipes espagnoles qui ont perçu les parts les plus faibles ont touché un montant équivalent à celui du Real Madrid ou du FC Barcelone.

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