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Jamel Attal et Eugène Santa

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La Gazette, numéro 88

Sale temps pour L'Equipe

Quand L'Equipe passe à la couleur, cela fait plus de bruit que lorsque le quotidien change de patrons, même si c'est Jérôme Bureau qui part. Crise économique ou crise éditoriale? Une bonne nouvelle toutefois: le journal est au courant qu'il y a une guerre en Irak.
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Le lifting de la soixantaine Jeudi 27 février, Pierre-Louis Basse, dans Europe Sports, annonçait de façon alléchante un "énorme coup" réalisé par L'Equipe. Alléché, l'auditeur friand de scoops croustillants dressait l'oreille. L'annonce d'une interview de Jérôme Bureau, encore rédacteur en chef du quotidien, ne faisait qu'ajouter au suspense savamment entretenu par le journaliste d'Europe 1. Alors, quid de cette exclusivité? Une monstrueuse affaire de dopage en équipe de France? Une caisse noire au FC Nantes? Le suicide de Luis Fernandez? Non, tout modestement l'annonce du choix des dirigeants de L'Equipe de passer à la quadrichromie. En clair, la diffusion sur la majeure partie du territoire français d'un journal entièrement imprimé en couleurs, de la première à la dernière page. L'information n'est pas inintéressante : ce ravalement de façade est plutôt agréable pour le lecteur, avec l'apparition de quelques touches bleues, jaunes ou rouges dans les titres, et la disparition des photos en noir et blanc. Mais transformer un sympathique coup marketing en véritable "révolution" dans le monde de la presse prête à rire. Car au final, ce lifting de la soixantaine n'est qu'une anecdote dans la longue histoire de ce journal, et ne changera en rien son approche en matière d'information sportive. Une évolution qui, pour le coup, aurait constitué un authentique scoop.

Elvis has left the building.
Discrète révolution de palais Une autre information est passée comparativement inaperçue, bien qu'elle ne soit pas sans importance dans le microcosme médiatico-sportif. Cette discrétion tient essentiellement (en plus de l'actualité internationale) aux premiers concernés, qui ont choisi de ne quasiment pas en parler, et de ne pas commenter. Jérôme Bureau a en effet "quitté" — selon l'euphémisme employé — la direction des rédactions de L'Equipe, L'Equipe magazine et Vélo magazine, cédant la place à son adjoint Claude Droussent. Daté du 22 mars, un édito du quotidien rend à "l'irréprochable parcours" de ce "grand journaliste" un hommage proche de celui de L'Equipe mag en janvier dernier (voir Le 25e homme). Aucun motif évoqué, donc, par la rédaction, et pas un mot sur le contexte d'un départ qui alimentait les rumeurs depuis plusieurs mois, et qui avait été précédé par celui du directeur général de la SNC L'Equipe — Paul Roussel, remplacé par Christophe Chenut le mois dernier (1). Les explications ne manquent pourtant pas. Les chiffres ne sont pas bons en effet, comme on dit dans la grande distribution, et L'Equipe ne détonne plus dans une presse quotidienne en difficulté. La dépêche AFP qui a accompagné ce départ en catimini parle d'une diffusion en baisse de 8,5% sur 2001/2002 et indique que le journal devait déménager en octobre dernier dans un nouveau bâtiment, toujours à Issy-les-Moulineaux, mais y a finalement renoncé, cédant les parts acquises dans ce projet immobilier pour faire des économies.

Autre symptôme de la crise dans le groupe Amaury: pas de pub en 4e de couverture, et c'est le retour du poster pas géant de France Football.
Crise et conséquences Le communiqué de la direction adopte un ton technocratique pas plus explicite que le texte de la rédaction, conforme à une conception de la presse qui met ses lecteurs à l'écart des choses sérieuses, comme des enfants. Il est vrai qu'on n'explique généralement pas au consommateur la stratégie marketing qui lui est destinée... Une attitude symptomatique d'une ère de la presse qui ne fait plus des choix éditoriaux une priorité, et qui ne les traite même plus comme tels. Interrogé par Le Figaro (19/03), Jérôme Bureau souligne que cette "tendance est liée à une baisse générale du marché" et que "la rentabilité du titre est restée constante malgré les aléas conjoncturels". Côté football, la fin brutale de l'euphorie née des titres de l'équipe de France et le marasme des clubs français sur la scène européenne ne sont pas des facteurs négligeables, mais il est surtout frappant qu'aucune interrogation sur le contenu même du journal ne soit exprimée. Est-il inimaginable que le quotidien sportif ne finisse par souffrir d'un monopole qui ne facilite pas le renouvellement, et tel les Bleus en 2002, d'une certaine incapacité à se remettre en cause? Cette crise va donc impliquer un nouveau "positionnement", même si une certaine continuité semble préservée par la nomination de Droussent et le maintien du staff rédactionnel. On en observera les effets sur les contenus. Au-delà, on peut malheureusement craindre ici comme ailleurs des mesures de rigueur et des suppressions d'emploi. Bureau, notice biographique abrégée La discrétion de ce limogeage qui ne dit pas son nom est contradictoire avec l'influence que le milieu lui-même reconnaissait à ce patron de presse et avec sa position centrale dans le champ du sport professionnel français. Ayant quasiment disparu des colonnes ces dernières années, il s'était consacré au management d'une structure pour le moins influente. En attendant de connaître le lieu de son rebond professionnel, Jérôme Bureau restera donc un personnage opaque, lié au plus grand malentendu de l'histoire de la presse sportive puisqu'il menât au ridicule le quatuor de journalistes frappé d'une crise d'omniscience à la veille de la Coupe du monde 98 (voir Jacquet, L'Equipe et nous). D'excuses inaudibles en démission refusée par sa direction, Bureau avait d'autant moins mal survécu à l'épisode que ses rédactions avaient fait apparemment front avec lui — au risque d'un refoulement un peu malsain, qui nous vaut de temps en temps quelques aigreurs. Déjà un souvenir de Droussent On se gardera bien de commenter le choix de la solution interne, tout en regrettant que des noms parmi lesquels ceux de Charles Biétry ou de Patrick Chêne n'aient pas été retenus. Sur le plan du potentiel comique et polémique, c'est autant de perdu pour nous. En revanche, nous avons bien un souvenir de Claude Droussent, que nous avions chargé sabre au clair en février 1998, à l'occasion d'un édito moralisateur signé de lui dans L'Equipe magazine, portant sur un snowboarder canadien contrôlé positif au cannabis lors des JO de Nagano. Une initiative particulièrement drôle, quelques mois avant le grand déballage pharmacologique du Tour de France, et de la part d'un grand spécialiste du cyclisme (il a été responsable de cette rubrique au défunt quotidien Le sport en 1987, occupant le même poste à L'Equipe à partir de 1989 avant de devenir en 1993 le rédacteur en chef de Vélo magazine...). Pour ceux qui veulent vérifier que nous étions plus méchants avant, nous avons archivé cet article: Sport, cannabis et crétinisme journalistique.

Les yeux ouverts ou presque Faut-il l'interpréter comme une premier signe de changement? Rompant avec une habitude consistant à ignorer qu'un monde existe au-delà des enceintes sportives — comme au lendemain du 11 septembre 2001 ou du 21 avril 2002 (La presse sportive s'abstient) — notre quotidien sportif a en effet montré qu'il était au courant que ce même monde venait d'entrer en guerre. Un petit édito bien tourné et placé en Une du numéro, signé du nouveau patron, a ainsi marqué le coup "pour réaffirmer que les femmes et les hommes qui font chaque jour L'Equipe n'ignorent pas ce qui se passe, et ce qui risque de se passer en Irak. Qu'ils mesurent, en tant que professionnels de l'information et en tant que citoyens, toute la gravité de l'instant, toute l'étendue d'une guerre annoncée". Une initiative à saluer ici, même s'il est à craindre que cette parenthèse n'ait plus d'autre écho dans la production du quotidien (2). Quant à la capacité critique actuelle des titres phares du groupe Amaury, on a pu la mesurer récemment avec les nécrologies admiratives et univoques dédiées à Giovanni Agnelli et Jean-Luc Lagardère dans France Football et L'Equipe, significatives d'une totale révérence aux "géants", aux "seigneurs", aux "grands capitaines d'industrie" — fussent-ils marchands d'armes, enrichis par le capitalisme d'état comme par le capitalisme libéral, intrigants et opportunistes, grands pompeurs de fonds publics, empereurs monopolistiques des médias, initiateurs du foot-biz et significativement responsables de l'état du monde. Post(hume) scriptum Enfin, un mot qu'il faut totalement extraire du reste de cet article. France Football et L'Equipe ont rendu de beaux hommages à Jean-Philippe Réthaker, récemment disparu (quelque temps après Francis Huertas, cela fait beaucoup de deuils). Nous ne pouvons saluer ce journaliste avec autant d'émotion que ses anciens collègues, mais nous tenions à dire que sa signature était une de celles qui ont marqué notre lecture des pages football du journal, il y a quelques années. (1) Christophe Chenut a commencé son parcours professionnel dans le groupe Stratégies avant de créer une agence de marketing relationnel intégrée plus tard à Rapp Collins, dont il devint président, puis au groupe DDB Needham, dont il devint membre du directoire. Il est président du Stade de Reims depuis septembre 1996. (2) Signalons au passage un reportage intéressant de Stade 2, sur le sport et les sportifs face à la guerre, rappelant l'engagement dans l'histoire de quelques athlètes pacifistes, militants ou résistants.
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