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Richard N

 

Pionnier du foot sur le Web avec Kick'n'Rush, historien pour les Cahiers et Footichiste pour son compte.


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Filles en tête

River Plate 1942 : les cinq doigts de la Máquina

Au début des années 1940, alors que l’Europe se préoccupe peu de football, l'Argentine célèbre les exploits de la Máquina, la fabuleuse ligne d'attaque de River Plate.

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L’histoire du Club Atletico River Plate est déjà riche lorsque débute l’ère de la Máquina. Le club a été fondé quarante ans plus tôt, en 1901, dans le quartier populaire de la Boca. Il a conquit son premier titre en 1920, le championnat amateur d’Argentine. Il a déménagé dans les quartiers cossus de Buenos Aires, ce qui a valu à ses joueurs le surnom ironique de "millionnaires". Il a construit son propre stade en 1923, le Monumental. Il s’est ensuite illustré à l’aube du championnat professionnel argentin créé en 1930 en remportant trois titres (1932, 1936 et 1937) grâce aux nombreux buts d’un joueur exceptionnel, Bernabé Ferreyra, dit le "Mortier de Rufino".


Danseur de tango

Mais c’est bien dans les années 1940 que River Plate s’inscrit dans l’imaginaire comme l’un des plus grands clubs du monde. Durant cette décennie, les Millionnaires accrochent quatre nouveaux championnats (1941, 1942, 1945, 1947) sous la houlette de Renato Cesarini, qui s’applique à faire pratiquer à son équipe un football spectaculaire. L’entraîneur italo-argentin bénéficie d’un quintette d’attaquants mythique: Adolfo Pedernera, Juan Carlos Muñoz, Angel Amadeo Labruna, Felix Loustau et José Manuel Moreno.

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De gauche à droite: Muñoz, Moreno, Pedernera, Labruna, Loustau.

Ces cinq hommes sont indissociables dans la légende de River Plate. Pedernera (1918-1995) est le stratège de cette ligne d’attaque fabuleuse. Il fait preuve de tant d’élégance sur le terrain qu’on dit qu’il joue avec des gants blancs. Il évolue à River depuis 1933, et il y restera treize ans, le temps de remporter cinq titres de champions. Son coéquipier José Manuel Moreno (1916-1978) a rejoint River en 1935. C’est sans doute le joueur le plus fameux du quintette. Footballeur le jour, danseur de tango la nuit, son histoire est un roman. Champion d’Argentine à cinq reprises, il fut considéré, jusqu’à l’éclosion de Diego Maradona, comme le plus grand joueur de l’histoire du foot argentin. L’ailier droit Juan Carlos Muñoz (1919-2009) est quant à lui arrivé en 1939. Il a assuré un bail de onze ans pour quatre titres de champion. L’avant-centre Angel Amadeo Labruna (1918-1983) est également arrivé en 1939. Il ne passera pas moins de vingt et un ans au club. Outre neufs titres, il a inscrit 292 buts, ce qui fait de lui le plus grand buteur de l’histoire du championnat argentin. Il est surnommé l’Eternel.


Une belle machine

C’est avec l’arrivée de l’ailier Felix Loustau (1922-2003) en 1942 que la Máquina se met en place.  Pour son aspect funambulique et sa rapidité d’exécution, Loustau est souvent comparé à… Charlie Chaplin. Renato Cesarini aligne pour la première fois les cinq hommes le 28 juin 1942 lors d’un River Plate-Platense disputé au Monumental. Quelques semaines plus tard, le 19 juillet 1942, un derby de feu face à Boca Junior, remporté 4-0, projette le quintette dans la légende. À l’issue du match, le défenseur de Boca Ernesto Lazzati avoue qu’il aurait préféré rester en tribunes, non pas parce qu’il a perdu, mais parce qu’il aurait profité du spectacle de ses adversaires.

Le terme de Máquina est évoqué pour la première fois le 12 juin 1942 par le célèbre journaliste de El Grafico, Borocotó (alias Eduardo Lorenzo), qui signe un papier enthousiaste après un 6-2 infligé à Chacarita Juniors [1]. Cinquante ans plus tard, l’écrivain Eduardo Galeano [2] considère que le terme de "machine" est un "éloge douteux". Le jeu pratiqué n’avait pas ce coté implacable d’une mécanique sans âme. Au contraire, c’était un jeu virevoltant où les hommes s’échangeaient le ballon, alternaient les courses, se faisaient des appels en sifflant et se délectaient de l’humiliation subie par les défenseurs d’en face. Selon Galeano toujours, ils prenaient un tel plaisir à se faire des passes qu’ils en oubliaient parfois de tirer au but. Ce qui avait le don d’agacer les supporters les plus patients.


Football total avant l'heure

Si les attaquants pouvaient se permettre toutes sorte de fantaisies, c’est parce que l’équipe présentait un parfait équilibre tactique. Devant le gardien Amadeo Carrizo, la défense était dirigée par Ricardo Vaghi, solidement entouré de Norberto Yacono et Luis Ferreira (ou 'Zurdo' Rodriguez). Dans l’entrejeu, Bruno Rodolfi et José Ramos assuraient le sale boulot au profit des créateurs Moreno et Pedernera. Devant, Labruna jouait avant-centre, Muñoz et Loustau sur les ailes. Ce WM (avec un M comme Maquina, forcément) n’était pas figé, bien au contraire. La grande force de River était la mobilité de ses joueurs et leur faculté à prendre instantanément la place du coéquipier. Certains parlent d’un football total avant l’heure, d’autres se disent que le rôle tactique de Labruna a certainement inspiré celui, si décisif, de Sandor Hidegkuti dans l’équipe de Hongrie de la décennie suivante.

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La Máquina permettra à River Plate de dominer le championnat argentin pendant quatre saisons. Entre 1942 et 1946, le club remporte deux titres, se place deux fois deuxième, mais pratique surtout un football d’une qualité exceptionnelle. En 1943, un jeune homme prometteur vient jouer le sixième homme, un certain Alfredo Di Stefano. En novembre 1946, Adolfo Pedernera quitte River Plate. C’est la fin de la Máquina. Les cinq joueurs n’auront finalement disputé que dix-huit rencontres ensemble.


[1] "Jugò como una Máquina el puntero", El Grafico, 12 juin 1942.
[2] Le Football, ombre et lumière (1998 – Climats). Comment çà, vous ne l’avez pas encore lu?

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