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Pierre Didier

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Platini, tes petits ont-ils grandi ?

Mise en œuvre il y a quatre ans, la réforme de la Ligue des champions devait faire de la place aux "petits" clubs. Le bilan est décevant...

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L'ouverture de la Ligue des champions était au programme du candidat Platini pour la présidence de l'UEFA. Attendue avec anxiété par les clubs les plus riches, issus pour la plupart des "grands" championnats, elle devait assurer une meilleure représentation des "petits". Étudions leur parcours avant et après la réforme.

 


Méthodologie

Sont considérés comme "petits" les pays classés au-delà de la 9e place au classement UEFA (seules les neuf premières nations étaient en effet, avant 2009/10, assurées d’avoir au moins un représentant en Ligue des champions) [1]. Ce statut peut varier d’une année à l’autre selon l’évolution dudit classement: ainsi l’Ukraine est un "petit" pays jusqu’en 2010, année où elle intègre le Top 9; inversement, la Grèce, dans le Top 9 jusqu’en 2008, devient ensuite un "petit" pays.

 

L’articlera s’attachera à comparer la performance depuis quatre saisons (2009/10 à 2012/13) des clubs de ces "petits" pays avec celle qui fut la leur lors des quatre années précédant la réforme (saisons 2005/06 à 2008/09). Les nations classées de la 1ère à la 9e place ont quant à elles été séparées en deux catégories:

 

1. Le Top 5, immuable sur la période considérée (Espagne, Angleterre, Italie, Allemagne, France) [2].
2. Les pays "moyens" (classés de la 6e à la 9e place), panel dont la composition a varié chaque année (sauf une) au cours des huit saisons considérées. Y prédominent nettement le Portugal, les Pays-Bas, la Russie et la Roumanie, qui totalisent à eux quatre 75% des places dudit panel [3].

 

 

 


1. Davantage de "petits" pays participent à chaque édition de la Ligue des champions. VRAI.

 

 

C’était automatique dès la réforme mise en œuvre : le nombre minimum de pays assurés d’être représentés à chaque édition est passé de 16 à 18 (sauf cas particulier, comme cette année [4]). Les deux pays supplémentaires étant forcément "petits", la réforme Platini a de ce point de vue eut l’effet escompté, sans toutefois que ce minimum ne soit jamais dépassé.

 

 

 

 

2. Les "petits" pays bénéficient de davantage de représentants. FAUX.

La répartition des qualifiés entre "Top 5", nations "moyennes" et "petites" nations est pratiquement inchangée. Le Top 5 avait en moyenne 16,75 clubs présents en phase de poules avant la réforme, il a continué à en avoir autant après. Les nations "moyennes" en avaient 6,5, elles ont marginalement diminué à 6,25, tandis que les "petits" pays ont légèrement accru leur présence de 8,75 à 9,0 clubs (c'est--à-dire seulement un club de plus qualifié en quatre ans). De ce point de vue, la réforme Platini n’a (quasi) rien changé.

 


 

 

 

3. Le nombre de "petits" pays qualifiés a augmenté… mais leur nombre de représentants est resté (quasi) le même? Comment est-ce possible?

La question est en fait: "Mais alors, qui a payé pour que plus de "petits" pays participent à la Ligue des champions?" Réponse: les "petits" pays eux-mêmes.

 

 

 

Les principales victimes de la réforme sont en fait les "petits" vice-champions. Si ceux-ci pouvaient dans le passé rêver à un tirage préliminaire pas trop défavorable pour parvenir à se qualifier, cet espoir est aujourd’hui disparu. La réforme leur assure en effet de tomber à un moment ou un autre sur un représentant du Top 5 ou sur un vice-champion des nations "moyennes". Conséquence: de 2,5 qualifiés en moyenne avant la réforme, les "petits" vice-champions sont passés à… 0,25: un seul d’entre eux a réussi à se qualifier en quatre ans, et encore s’agissait-il de Braga, une année où le Portugal était tombé au dixième rang européen.

 

 

 

 

4. Oui, mais il y a désormais plus de pays bas classés qui participent à la LdC. VRAI (mais…)

C’est vrai, et d’une manière singulière d’ailleurs, puisque la catégorie "Pays classés au-delà de la 21e place UEFA" est celle dont le nombre de qualifiés a le plus augmenté (un représentant de plus en moyenne par saison).

 

 

À l’inverse, les pays 16 à 20 qualifient toujours aussi peu de clubs (moins d’un en moyenne), et les pays 13 à 15 ont vu nettement baisser leur contingent (un qualifié de moins en moyenne par saison).

 

En résumé, l’UEFA n’a aucunement augmenté le nombre des représentants des "petites" nations, elle les a juste répartis différemment. Et s’il serait exagéré de résumer son action à "prendre aux pauvres pour donner aux indigents", il n’empêche qu’elle n’a nullement mis les "riches" à contribution.

 

 

 

 

5. La diversité des pays participant a augmenté. Pas vraiment.

Lors des quatre saisons pré-réforme, 23 pays ont participé à au moins une Ligue des champions. Pour les quatre saisons post-réforme, ce nombre s’élève à 24. Pas de changement spectaculaire jusqu’à présent donc, avec en outre quatre pays qui, depuis 2009-10, n’ont eu qu’une unique participation (République tchèque, Slovaquie, Hongrie, Serbie), tandis que sept autres relativement notables n’en ont décroché aucune (la Norvège n’a plus qualifié d’équipes depuis l’édition 2008, la Bulgarie 2007, l’Autriche 2006, la Suède 2001, la Slovénie 2000, la Finlande 1999, la Pologne 1997) [5].

 

 

 

 

6. Les représentants des "petits" performent mieux depuis la réforme. FAUX (mais …)

Stricto sensu, le nombre de "petits" clubs passant l’hiver européen au chaud (c'est-à-dire. qualifiés pour les huitièmes ou repêchés en Ligue Europa) a en moyenne légèrement diminué (de 4,75 à 4,5).

 

 

 

Cette baisse s’explique toutefois principalement par les résultats médiocres de la première édition post-réforme (deux "petits" seulement avaient alors survécu à la phase de poules), les trois saisons suivantes étant d’un meilleur tonneau (respectivement cinq, six et encore cinq rescapés).

 

En outre, les "petits" ont (marginalement) accru leur nombre de qualifiés en huitièmes (1,5 en moyenne vs. 1,25), qui plus est en y envoyant des pays comme la Suisse (Bâle) ou, pour la première fois, le Danemark (Copenhague) et Chypre (APOEL, qui ira jusqu’en quarts). A contrario, d’autre "petits" ont vu leur nombre de présences au deuxième tour baisser: la Grèce (une qualification en huitièmes post-réforme contre deux les quatre années précédentes) et, plus encore, l’Écosse (de trois à une seule) [6].

 

Autre indicateur: le nombre de "petits" ne faisant que de la figuration (un ou aucun point récolté). Là encore, les chiffres bruts sont négatifs, la moyenne allant en empirant de 1,25 clubs à 2,0.

 

 

 

Cette statistique est cependant elle aussi à nuancer, d’une part parce que les mauvais résultats sont surtout concentrés sur les deux premières années post-réforme, et d’autre part parce que Zagreb a été le seul vrai maillon faible lors des deux dernières éditions.

 

C’est donc un tableau contrasté qui se dégage, d’où ressort d’une part le sentiment d’une amélioration réelle, mais fragile et modeste, et d’autre part un bilan chiffré globalement dégradé.

 

 

 

 

7. Plusieurs "petits" clubs sont devenus des participants réguliers à la LdC. Oui, mais…

Bâle, BATE et l’APOEL sont les exemples les plus visibles de "petits" régulièrement présents en LdC ces dernières années (deux présences chacun depuis la réforme + une troisième la saison la précédente pour les deux premiers cités). Complètent la liste l’Olympiakos et les Rangers avec trois présences en quatre ans, et Zagreb avec deux présences.

 

Si la réforme Platini a assurément facilité la régularité de ces clubs, leur atout primordial est avant tout leur mainmise sur leur compétition domestique: BATE et Zagreb viennent de remporter sept titres consécutifs, l’Olympiakos sept en huit ans, Bâle quatre en cinq et les Rangers trois en quatre. A contrario, le championnat turc a accouché de quatre vainqueurs différents ces quatre dernières années, et les compétitions belge, tchèque, israélienne et chypriote de trois différents sur le même laps de temps (APOEL faisant donc figure d’exception).

 

Si la suprématie nationale n’est pas une condition suffisante pour être régulier en LdC [7] , elle est en revanche un "must" depuis que la réforme a quasi verrouillé l’accès à l’épreuve pour les "petits" vice-champions. Dans ces conditions, les championnats les plus disputés auront bien des difficultés à faire d’un de leurs représentants en particulier un participant assidu au tournoi, sauf émergence d’un ogre écrasant toute rivalité. Est-ce souhaitable? C’est un autre débat. Ou peut-être pas.

 

 

 


Une réforme inoffensive

Dès avant son lancement, les doutes sur l’ambition de la réforme Platini et son efficacité n’avaient pas manqué [8]. Quatre ans plus tard, les faits donnent raison aux sceptiques. Si affirmer que rien n’a changé serait excessif au vu des parcours de Copenhague en 2010-11, et de APOEL et Bâle en 2011-12 (et à la rigueur des progrès affichés par BATE), force est de constater que ces performances ont été numériquement compensées par le déclin d’autre pays à peine moins"petits" (Grèce, Ecosse), et que l’équilibre général du plateau n’a aucunement été modifié. La réforme se confirme donc au final comme un vernis inoffensif plus ou moins subtilement apposé.

 

Cynique, Platini? Ou impuissant? Les "riches" n’avaient rien lâché lorsque la réforme fut négociée, et ils continuent d’être chaque jour plus exigeants, avec désormais, dans le viseur de certains, – en plus des habituels griefs contre les sélections nationales – la ligue Europa et leurs propres championnats [9]. Dans leur grande majorité obnubilés par une quête effrénée vers toujours plus de revenus (en partie dictée par la menace d’ensevelissement sous la montagne de dettes qu’ils ont eux-mêmes élevée), les "riches" semblent plus que jamais résolus à ne rien concéder. À moins d’y être contraints par le fair-play financier? Encore faudra-t-il que celui-ci soit sérieusement appliqué, et que les mesures le soutenant se révèlent à l’usage d’un autre calibre que celles sensées avoir aidé les "petits" de la LdC [10].

 


[1] Rappelons les principaux changements induits par la réforme. De seize clubs directement qualifiés pour la phase de poules (dix issus du Top 5, cinq des nations classées 6 à 9, et une place pour le vainqueur sortant ou pour le 10e pays si le vainqueur sortant est qualifié directement par le biais de son championnat), la LdC est passée à vingt-deux: treize pour le Top 5, toujours cinq pour les pays 6 à 9, et trois ou quatre places pour les pays 10 à 13, suivant la situation du vainqueur sortant. Par corollaire, le nombre de qualifiés issus de la phase préliminaire est passé de seize à dix; cette phase est désormais divisée en deux parties, l’une dite "voie des champions", réservée aux champions des "petits" pays, l’autre dite "voie de la ligue", regroupant les vice-champions et 3e et 4e nationaux concernés. Chacune de ces voies qualifie le même nombre de clubs, cinq.
[2] La situation changera à partir de la saison prochaine avec la prise par le Portugal de la 5e place à la France.
[3] Sur les huit années considérées, Pays-Bas et Portugal ont été classés sept fois entre la 6e et 9e place, la Russie six fois, la Roumanie quatre. Complètent la liste: l’Ukraine trois fois (2010-11 à 2012-13), la Grèce trois fois (2005-06 à 2007-08), la Tchéquie une fois (2005-06) et la Belgique (2006-07) une fois.
[4] Chelsea, vainqueur de l’édition 2011-12, n’ayant pas terminé à l’une des trois premières places de son championnat, sa qualification automatique en tant que tenant du titre a réduit d’une unité le nombre de places allouées cette année aux "petits" champions. Le cas de figure d’un vainqueur sortant n’ayant pas fini sa compétition nationale à une place directement qualificative s’est produit quatre fois au cours des onze dernières saisons (AC Milan en 2003-04 et 2007-08, Liverpool en 2005-06 et Chelsea en 2011-12).
[5] A contrario, la Serbie (dont la dernière participation remontait à 2004) et la Hongrie (1996) ont fait leur réapparition dans la phase de poules.
[6] L’Ecosse n’a jamais été classée parmi les nations "moyennes" au cours de la période considérée (tombant même une année à la 16e place), et la Grèce ne l’est plus depuis 2008, chutant à la 15ème place avant de peu à peu remonter.
[7] Cf. la Serbie (cinq titres consécutifs pour le Partizan, une participation), le Danemark ou la Hongrie (trois titre en quatre ans pour Copenhague et Debrecen, une seule participation).
[8] Lire "C1: une réforme pour presque rien" et "Les marris de l'an II".
[9] Voir entre autres les récents propos du président de Barcelone, Sandro Rosell [en anglais].
[10] Une première phase du fair-play financier est entrée en vigueur cette saison et vise les clubs avec arriérés de paiements (Lire "Malaga sous la menace d'une sanction de l'UEFA"). Le deuxième volet (plus conséquent) sera appliqué à partir de la saison prochaine (lire "Le fair-play financier pour les nuls" et "Fair-play financier contre dopage économique").

 

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