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Sean Cole

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Revue de stress #27

Mon quart d'heure de gloire à la mi-temps

When Saturday Comes – Le challenge de la mi-temps est souvent raillé, mais quand on y participe sur la pelouse de son club fétiche devant des milliers d'autres supporters, les rêves peuvent se réaliser... à condition de ne pas chuter.

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Extrait du numéro 338 de
When Saturday Comes. Titre original : "Audience interaction", traduction Toto le zéro.

 

* * *

J'avais toujours rêvé de marquer à St Andrew's. J'imaginais un but décisif à la toute dernière minute, sous les projecteurs d'un match tendu contre Aston Villa. Comme il est devenu de plus en plus improbable que cela se produise, ne serait-ce que par mon incapacité à aller au-delà du niveau D3 en Bromsgrove League, il a fallu me contenter de viser une compétition à la mi-temps.

 

J'avais déjà foulé la pelouse, il y a de cela quelques années, lorsqu'un guide nous avait laissés traîner au-delà des poteaux de corner, lors d'une visite du stade, mais cette fois ce fut d'une autre intensité. Durant un nul sans but et au demeurant insipide entre Birmingham City et Cardiff City le 8 novembre dernier, j'avais été choisi dans le kop pour participer au jeu "Chip and Win" ("Tu tapes et tu gagnes"). Même si bon nombre des 15.950 personnes venues ce jour-là s'étaient éclipsées dans les couloirs du stade pour se revigorer à coups d'alcool contre le froid, il restait assez de spectateurs pour admirer mon aisance balle au pied.

 

 

 

 

Un ticket pour l'abonnement

Le principe du jeu était que des volontaires, sélectionnés dans le public par le speaker et l'invité d'honneur (l'idéal étant de démontrer le degré d'enthousiasme nécessaire en agitant frénétiquement les bras), tiraient vers le but vide depuis différentes distances en envoyant le ballon dans les cages sans qu'il touche le sol.

 

Après chaque tentative, il fallait choisir entre remettre ou non son gain en jeu sur l'essai suivant. Le premier tir, de la ligne des six mètres, donne droit à deux tickets pour le match suivant; le deuxième tir, du coin de la surface de réparation, à un ballon signé; et le dernier, à mi-distance de la ligne médiane, un abonnement annuel.

 

Il s'agissait alors de la deuxième saison de ce jeu qui s'était avéré être une alternative largement plus populaire que les autres divertissements à la mi-temps, danses, parades militaires ou séances de pénalties. Il y avait également eu des abominations telles que "On Me Shed Son" ("Sur ma cabane, fiston") sponsorisée par Wickes [NDA: enseigne de bricolage], au concept plutôt lourd doublé d'un vague jeu de mot et pour lequel les participants devaient, en tirant du rond central, expédier le ballon dans une cabane de jardin sans toit. À St. Andrews comme dans la plupart des stades, l'entrée de la cabane était accueillie sous de franches huées et la rapide disparition du jeu ne fut que justice.

 

 

Surtout, ne pas s'étaler

Depuis la création de "Chip And Win", j'avais toujours voulu y jouer et si je devais être choisi, j'étais résolu à repartir avec l'abonnement annuel – ce à quoi seules deux autres personnes était parvenues jusque-là. Les probabilités n'étaient donc pas de mon côté, le terrain non plus d'ailleurs: la pelouse, à la suite d'une averse un peu plus tôt, était encore glissante. Louper son coup juste devant la tribune Tilton est une chose, mais s'étaler sur le dos en est une autre.

 

L'autre gars fut le premier à passer et finit avec deux tickets et un ballon signé, choisissant d'arrêter après deux bons tirs. Lorsque ce fut mon tour, je fus gagné par la nervosité, car même si le stade était clairsemé, il restait impressionnant vu de la pelouse. Dire que c'était là le but ultime de mon existence serait exagéré, mais juste un peu.

 

Le premier tir est une formalité, même pour les pires des joueurs, à part ceux qui dosent trop leur effort et échouent d'un rien sous les quolibets. Décidant de frapper le ballon le plus fort possible, je manquai de glisser en allant le récupérer mais cela sembla heureusement passer inaperçu. Le deuxième, des 16,50 m, flotta jusqu'au centre des buts. Ma concentration ne fléchit pas, même lorsqu'il me fut demandé, comme dans les jeux télévisés, si je souhaitais m'arrêter là.

 

 

Authentique triplé

En allant me placer pour le troisième, l'attention grandit dans le stade et, avec mes baskets sur ce terrain mouillé, la distance me sembla brusquement trop grande. J'optai pour une frappe lobée qui, de là où j'étais, parut devoir finir au-dessus des cages… mais retomba gentiment à l'intérieur des buts. Je me mis alors à tournoyer de joie tandis que la tribune Tilton applaudissait. Je songeai à faire une glissade sur les genoux, mais je portais ce jour-là des jeans neufs.

 

Je refusai l'offre franchement ridicule du speaker de tirer de la ligne médiane pour une place en loge VIP. Outre le fait que je n'avais nullement envie le voir un match au travers d'une vitre en plexiglas, je m'étais déjà bien amusé. Je profitai au maximum de l'instant, parvenant à serrer la main des remplaçants Callum Reilly et Demarai Gray. En revenant vers ma place, je fus félicité par divers supporters. Je suivis la seconde mi-temps dans un état de franche distraction, baignant toujours dans l'extase de ma réussite, qui sembla d'autant plus significative que les deux équipes peinèrent devant les buts.

 

Les statisticiens de la Ligue anglaise ne seront sans doute pas d'accord, mais j'affirme avoir marqué un authentique triplé dans le stade de mon club fétiche. Mon seul regret est que, contrairement aux autres vainqueurs dont l'exploit est préservé pour l'éternité sur YouTube, il n'existe pas le moindre trace de mon fait de gloire: le photographe du club était absent, et mon père avait oublié de filmer.

 

Soignez votre anglais et votre culture foot: abonnez-vous à When Saturday Comes.

 

 

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