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Le gruyère avait des trous

Le guide du marché des transferts

Rien n'est simple en période de crise pour les dirigeants qui veulent recruter intelligent. Auriez-vous réussi cette intersaison 2003 si vous étiez à leur place? Neuf exercices interactifs vous mettent au défi.
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Les joueurs partiels On connaît déjà la propension des joueurs et des entraîneurs à surenchérir en exprimant devant les micros leur motivation, qui les porte à 110, 200, voire 2000% (voir le Feuilleton 12 de l'an passé). Durant l'intersaison, la tendance s'inverse. D'abord parce que la préparation physique est censée leur faire atteindre la plénitude de leurs moyens et qu'en attendant, ils se déclarent à 50, 70, 80% etc. Ensuite, en cette période d'incertitudes sur la destination des joueurs, ceux-ci ne s'estiment pas toujours à 100% dans leur club actuel ou dans leur futur club présumé. Il leur arrive donc de se déclarer "à 70% à Marseille" ou ailleurs… Note : il arrive même que certaines parties des joueurs ne soient pas entièrement disponibles : ainsi, Daniel Cousin déclarait-il récemment que son genou "n'était pas à 100%". Exercice N°1 : Benoît Pedretti se déclare à 75% de ses moyens physiques et à 95% sochalien. Calculer son taux de présence au FC Sochaux. La visite médicale au PSG Passage obligé de tout transfert, sorte de contrôle technique obligatoire pour l'obtention de la carte grise du joueur, la "traditionnelle visite médicale" n'a pas toujours été une formalité à Paris cette année. Après le gag de Nikolaïdis, dont le poids de méforme a été révélé après qu'un accord eut été trouvé entre les clubs et le joueur, le club a ainsi prudemment fait passer ses tests à Yakin avant la signature du transfert définitif. Manque de bol ou atavique prédisposition parisienne au "ça n'arrive qu'ici", le Suisse et son médecin traitant ont déclenché une invraisemblable controverse médicale, avec une hernie inguinale que les médecins et autres conseillers du PSG se refusent à qualifier autrement que de pubalgie classique… Expertises, contre-expertises et opération filmée vont probablement s'achever par une rupture prématurée de contrat, ce qui nous aura au moins valu cette déclaration d'Halilhodzic "Yakin n'a jamais joué et il y a déjà vingt articles sur lui"… Exercice N°2 : Si vous étiez Vahid Halilhodzic, que feriez-vous pour surmonter ces coups du sort? 1. Imposer Jérôme Leroy comme le meneur de jeu génial que toute l'Europe nous enviera. 2. Recruter David Ginola qui, malgré une mobilité réduite, sera capable de tirer les coups de pied arrêtés et d'adresser quelques centres pour Pauleta. 3. Faire jouer tous les joueurs comme Fernando D'Amico sauf Pauleta. L'électrocardiogramme Évidemment, pour Fadiga, c'est nettement moins drôle, et d'autant plus étonnant émanant d'une Italie où la surmédicalisation des sportifs ne date pas d'hier, dans un pays où les morts suspectes d'anciens footballeurs font même l'objet de l'affaire dite "des veuves du Calcio"… Pourtant, loin de confirmer un "syndrome Foé" ou un certain racisme italien (du genre "les Noirs sont nonchalants et en plus ils tombent raides morts sur le terrain"), l'affaire semble s'être réglée pour le mieux. Le mal étant d'origine virale, le joueur a été mis au repos et sera soigné avant de retrouver la compétition au sein de l'Inter. Guy Roux, avec son légendaire sens pratique et sa générosité caractéristique, déclara que le transfert était de toute façon signé "avec comme seule réserve, l'état des ligaments de son genou, mais pas son cœur", mais assura qu'au pire le Sénégalais était toujours couvert par l'assurance de l'AJA. Exercice N°3 : Vous recrutez un joueur qui présente une légère tachycardie lorsque l'infirmière titille les électrodes du bout de ses doigts effilés. 1. Votre cellule recrutement ayant entre-temps déniché un autre joueur qui plaît mieux à l'entraîneur, vous en profitez pour annuler le contrat. 2. Vous négociez une ristourne sur le montant du transfert en menaçant le club vendeur de l'attaquer pour vice caché. 3. Vous gardez sous le coude les résultats et en profitez pour gaver le joueur d'EPO avant d'affronter un calendrier infernal. En cas de mort subite avant la fin du temps réglementaire, vous êtes couvert. Le joueur gratuit Les exigences du dégraissage ont des effets pour le moins surprenants, avec l'inversion du schéma qui était classique jusque-là. Les clubs ont toujours considéré leur effectif comme un patrimoine difficile à évaluer, mais qui leur permettait occasionnellement de justifier des déficits alarmants avec un "capital joueur" qui serait un jour ou l'autre valorisé sur le marché. Aujourd'hui, c'est plutôt la ligne de la masse salariale qui prévaut dans les comptes, sous la forme d'un passif à apurer au plus vite. Aussi a-t-on assisté à un phénomène très nouveau, celui du "joueur gratos", ne concernant pas le tocard dont on voudrait se débarrasser, mais souvent des joueurs dont la grande valeur a pour contrepartie un salaire trop pesant. Pochettino et Christanval en sont les meilleurs exemples. Autre cas de figure assez proche: les joueurs en fin de contrat qui font partie du contingent des chômeurs, mais dont la qualité leur permet de retrouver des clubs qui font ainsi de bonnes affaires. Laslandes ou Vairelles entrent dans cette catégorie. Exercice N°4 : Vous désirez recruter un attaquant de valeur, mais la DNCG est sur votre dos. 1. Vous renseignez sur la disponibilité de Xavier Gravelaine. 2. Vous vous demandez où se trouve Cyrille Pouget. 3. Vous vous dites que c'est peut-être le moment de relancer Raynald Pedros. Les prêtés et les rendus Dans ce contexte, le "prêt", formule mal précisée sur le plan des règlements et tendance lourde des années précédentes, a changé de nature puisque c'est la prise en charge du salaire qui est désormais l'élément déterminant, sur lequel porte les négociations entre clubs. Cette solution est théoriquement intéressante pour revaloriser un joueur qui aurait peu de chances de s'exprimer dans l'équipe à laquelle il appartient, mais en ce moment, elle constitue plutôt une solution de rechange, faute de pouvoir procéder à une vente pure et simple. Cette évolution est assez favorable aux petits clubs, qui peuvent espérer recruter à moindres frais des éléments intéressants désireux de se relancer. Pour les "propriétaires", il s'agit parfois de renvoyer au pays des joueurs en situation d'échec, avec l'espoir de les vendre au moins sur leur marché d'origine. Mais d'une manière générale, les clubs ont surtout vu revenir des cohortes de prêtés qui sont (re)venus gonfler les effectifs. Exercice N°5: Vous êtes président du Stade rennais et votre effectif est sérieusement plombé. 1. Vous déclarez que votre objectif sportif sera d'être sacré en CFA. 2. Vous mettez les joueurs surnuméraires dans les tribunes pour remplacer les spectateurs en carton. 3. Vous leur faites porter les sacs de ciment sur le chantier du stade. Le boulet Autrefois enclins à quitter les clubs dès qu'une offre se présentait en provenance d'un obscur promu écossais, beaucoup de footballeurs sont aujourd'hui déterminés à faire valoir leurs contrats jusqu'à leur terme, quitte à ne pas jouer s'ils ne font pas partie des plans de l'entraîneur. La Ligue a autorisé la constitution de groupes spécifiques pour les joueurs écartés, à condition qu'ils bénéficient de conditions de préparation similaires. Exercice N°6 : Attaquant de pointe caractériel, vous disposez d'un contrat jusqu'en 2007 qui vous garantit une augmentation de 20% chaque année, mais le coach ne compte pas sur vous et vous le fait savoir. 1. Vous faites valoir qu'avec 8 buts par saison, vous êtes le meilleur buteur du club ex-aequo avec le libéro et que vous méritez un peu de respect. 2. Vous envoyez un fax à Bernard Tapie : "On les bien niqués!" 3. Vous vous découvrez subitement une vocation de syndicaliste et vous revendiquez les mêmes conditions que les joueurs retenus par l'entraîneur (forfait révision gratuit chez le concessionnaire Porsche, mutuelle remboursant à 100% les soins capillaires etc., crédit illimité au Casino etc.). Le joueur extradé Les clubs répugnent parfois à "renforcer leurs concurrents", encore que cette pratique soit restée assez rare en France, où les joueurs ont presque systématiquement opté pour l'exportation plutôt que pour la mobilité intra-nationale. Mais étant donnée la pénurie, notamment chez les attaquants, plusieurs de nos cadors nationaux se sont retrouvés sur les mêmes coups et ont tout fait pour se mettre des bâtons dans les roues (Pedretti, Drogba, Ibarra…). Surtout, on a vu Monaco préférer exiler Gallardo plutôt que d'envoyer le revanchard à Marseille. Du moins, c'est l'une des nombreuses versions qui circulent sur cette affaire. Exercice N°7 : Vous êtes Jean-Louis Triaud et vous transférez Pauleta au PSG après avoir affirmé qu'il ne partirait pas renforcer un concurrent. Comment vous justifiez-vous auprès des supporters bordelais? 1. "Ne me dites pas que nous renforçons un concurrent en l'envoyant à Paris!" 2. "Ne vous inquiétez pas, il y a pas un mec pour lui donner des ballons et je connais le dossier médical de Yakin". 3. "En fait, on l'a vendu encore plus cher que ce que dit Jean-Michel Aulas, et on va pouvoir mettre du marbre dans les vestiaires du Haillan". 4. "Tout est bon pour emmerder Bouchet et Aulas". L'Arlésienne de Lyon De tous les "feuilletons de l'été" que consacre la période d'ouverture du marché, nul doute que celui de l'attaquant censé remplacer Anderson à Lyon a été, et est encore, le plus médiatisé. La liste des buteurs envisagés ressemble à un inventaire à la Prévert (Nonda, Drogba, Carew, Morientes, Eto'o, Makaay, Pizzaro, Pauleta, Viduka etc.). Embarrassé par un dossier dans lequel il a eu l'imprudence d'engager sa responsabilité, Jean-Michel Aulas a multiplié les excuses, n'hésitant pas à se contredire plusieurs fois. Il a ainsi dénigré les joueurs qu'il souhaitait faire venir, assura qu'il valait mieux attendre les soldes et finit par suggérer que l'OL n'avait peut-être pas besoin d'un attaquant — avant de revenir encore une fois sur ses déclarations. Exercice N°8 : Aidez Jean-Michel Aulas en lui suggérant des attaquants auxquels il n'a pas encore pensé. Le "bras de fer" Autre figure imposée depuis plusieurs années, l'affrontement entre le joueur qui veut partir et son club qui veut le garder est devenu plus rare, ou plus discret, en raison de l'inversion des rôles due au contexte économique. Aussi Claude Makelele ou Eric Abidal sont-ils des cas relativement isolés, et même le conflit entre Philippe Mexès et l'AJ Auxerre s'est finalement réglé entre gens de bonne compagnie. En revanche, le bras de fer peut avoir des prolongements inattendus. C'est ainsi que Sylvain Wiltord et ses avocats réclament 7M€ aux Girondins de Bordeaux, en raison d'irrégularités dans la rupture de son contrat lors de son départ à Arsenal. La somme correspond aux salaires des quatre ans non honorés et à diverses indemnités. On se souvient pourtant qu'à l'été 2000, c'était l'international lui-même qui avait obtenu de force cette rupture afin de partir avant le terme de son engagement. Le 16 juillet, la Commission juridique de la Ligue a débouté le joueur, mais celui-ci a fait appel auprès de la Commission d'appel et de l'éthique… Sylvain Wiltord est irréprochable sur les terrains, et son recours est peut-être fondé en droit, mais il est moralement assez incroyable. Faut-il croire admettre qu'en plus des salaires, des primes à la signature, des contrats publicitaires et des primes de match, les joueurs sont aussi prêts à toucher le jackpot en engageant des pools d'avocats tout-terrain? Exercice N°9 : Joueur dans un grand club, la prolongation de votre contrat traîne en longueur et vos revenus ne connaîtront pas de croissance à deux chiffres cette saison. 1. Vous attaquez en justice vos coéquipiers qui manquent les passes décisives. 2. Vous poursuivez les Cahiers du football pour diffamation dans leurs brèves. 3. Vous vous renseignez pour savoir s'il n'y aurait moyen de faire une pige au Qatar pendant la trêve hivernale.
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