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Jérôme Latta

 

Chef d'espadrilles.


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La dissolution du supporter

Les impostures du révélateur

Le révélateur de hors-jeu fait une nouvelle fois la démonstration de son absurdité. Il est vraiment temps de se convaincre que s'en passer, c'est possible.

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On sera obligé de parler des turpitudes du "révélateur de hors-jeu" aussi longtemps que cette technologie charlatanesque sera utilisée par les chaînes sans aucun discernement. Il ne s'agit pas de réagir à chaque nouvelle démonstration de son absurdité (on n'y parviendra pas), mais certaines sont suffisamment parlantes pour qu'on s'y arrête.

 

Prenons donc le match Lyon-Valenciennes diffusé sur Canal+ ce samedi. Sur une action à la 73e minute, une remise de la tête de Gil parvient à Rémi Gomis (numéro 12) qui croit marquer, le but étant refusé pour un hors-jeu. Autant le dire tout de suite: il n'y avait pas hors-jeu, et les commentateurs ont eu raison de le dire. Mais ironiquement, ils l'ont fait sur la foi d'une image du révélateur dont l'accumulation d'erreurs et d'approximations est tout à fait remarquable.

 

 

 

L'erreur principale, et elle est de taille, c'est que la ligne du révélateur n'est pas placée sur le bon joueur: en effet, un Lyonnais est masqué sur ce plan (probablement Dabo). Il réapparaît dans la suite de la séquence, et figure sur les autres séquences de l'action (direct et autres ralentis). Mais le nez sur leur image magique, le réalisateur aussi bien que le commentateur n'y ont vu que du feu – ce qui donne une idée de leur capacité à "lire" une phase de jeu. Avec l'utilisation industrielle du procédé, les erreurs de placement grossières sont monnaie courante: d'ordinaire, elles se produisent même lorsque l'image ne recèle aucun piège, notamment avec des lignes placées n'importe comment (voir ici, ici, ici, ici, ici ou encore ).

 

Faisons maintenant comme si le Lyonnais caché n'existait pas. Le placement de la ligne interpelle encore, et rappelle que le révélateur ne peut être tracé qu'au sol en passant par les pieds. Or, le hors-jeu ne se juge pas sur les pieds, mais sur toutes les parties du corps hormis les bras. En d'autres termes: pas au sol, mais dans l'espace. Avec des joueurs en mouvement (défenseurs qui remontent, attaquants qui prennent la profondeur), cela signifie que le révélateur n'est d'aucune utilité dans un nombre considérable de cas de figure. Ce qui n'empêche en rien les commentateurs ne continuer à faire comme s'il disait encore la vérité.

 

En l'occurrence, si on lit littéralement l'image, le futur buteur apparaît en positon de hors-jeu puisque tout son corps est manifestement dans la zone claire. En réalité, c'est aussi le cas du dernier défenseur blanc (on continue à faire abstraction du Lyonnais caché), et si l'on parvenait à placer la ligne révélatrice à hauteur des épaules, on constaterait probablement que ce dernier couvre encore Gomis. Conclusion: on jugerait bien mieux la position de hors-jeu sans le révélateur, qui ne fait que parasiter l'image et entraver sa compréhension.

 

Étrangement, alors qu'ils ont tendance à le suivre aveuglément, les commentateurs ont contredit le révélateur en affirmant (à juste titre, donc) que le hors-jeu n'aurait pas dû être signalé... sans relever que leurs propos étaient en contradiction avec le révélateur. Soit ils sont devenus capables d'interpréter correctement l'image, soit ils ne voient décidément que ce qu'ils ont envie de voir – surtout s'il s'agit d'invalider une décision arbitrale.

 

Pour finir, on peut faire remarquer que l'image semble arrêtée à un moment approximatif: sur celle-ci, le ballon a une forme ovoïde et semble bien loin de la tête du passeur. Voilà qui rappelle que le choix de l'image (au rythme de 25 par seconde), évidemment crucial pour juger un hors-jeu au décimètre près [1], est laissé à l'entière discrétion du réalisateur (lequel, se prenant déjà pour le démiurge du football télévisé, n'y voit pas d'inconvénient).

 


Révélateur, démission

Le plus regrettable dans cet exemple, puisqu'au moins le diagnostic final n'était pas erroné, c'est que Canal+ a diffusé la même image dans son résumé de Jour de Foot samedi soir, puis le lendemain dans le Canal Football Club. Et à chaque fois, le commentaire l'a encore invoqué pour tirer sa conclusion: la chaîne a eu tout le temps de constater l'erreur mais, ne doutant jamais de son outil, elle l'a finalement répétée à trois reprises, exhibant une image menteuse [2].

 

Un outil biaisé, approximatif et mal utilisé: voilà le grand chelem du révélateur, qui prétend pourtant "révéler" une vérité quasi-scientifique, et dont l'usage reste maladif sur Canal+ – comme s'il était besoin de prouver, semaine après semaine, l'illégitimité de ceux qui s'érigent en arbitres des arbitres. Le révélateur, indésirable dans de nombreux pays, a été interdit pendant l'Euro (lire "L'Euro 2012 entre Spidercams et écrans géants"). À qui a-t-il manqué, hormis aux commentateurs?

 

On attend des responsables des chaînes qu'ils cessent de recourir à cette solution de facilité pour remplir l'antenne, et en reviennent à l'arrêt sur image classique: "au jugé", on ne pourra constater que les hors-jeu les plus flagrants et renouer ainsi avec l'esprit de la règle: le hors-jeu s'applique lorsque l'attaquant tire un avantage flagrant de sa position, et pas lorsqu'il a cinq centimètres "d'avance" sur les défenseurs. En admettant le principe d'une zone de doute, pour laquelle il n'est nul besoin de déployer un arsenal technologique imbécile, il sera plus facile d'inciter les arbitres à faire profiter ce doute aux attaquants.

 


[1] Rappelons que ce jugement centimétrique relève en soi d'une conception particulièrement stupide de la règle (lire "Le révélateur au placard" et "Pour en finir avec le hors-jeu au centimètre").
[2] Dans son résumé vidéo, lequipe.fr reprend également l'image.

 

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