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Pierre Martini

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Revue de stress #171

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M6 reprend du Bleu

Il est des notes

"Je le note, et je m'en félicite", disait jadis le guignol de François Léotard: une maxime reprise par le chœur des journalistes qui jugent les footballeurs de 0 à 10.
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Les séquences humoristiques ne sont pas toujours là où on les attend dans le Canal Football Club. Par exemple, si vous vous surprenez à rire durant la séquence Fan Girl, inquiétez-vous de ce qui pourrait bien être un symptôme de dépression. En revanche, à condition de s'armer d'une bonne dose de stoïcisme, il est tout à fait possible de glaner de quoi se divertir dans le reste de l'émission – et l'on ne parle pas là des placements défensifs du GF38. Prenez ce grand moment d'introspection journalistique qu'a suscité "l'enquête" de l'émission de dimanche, consacrée aux notes données aux joueurs par les journalistes.


notes_cfc_3.jpgDistribution de points

Le sujet est lancé de façon suffisamment caricaturale pour ne pas aller très loin: "Les notes sont-elles bidons?" D'ailleurs, on n'évoquera que de la valeur des notes, pas de leur légitimité. Nos témoins (Arnaud Hermant du Parisien, Jérôme Touboul de L'Équipe, Patrick Desprez de la Dépêche et Vincent Villa de France Football) confessent bien certains biais de l'exercice: bonus pour les faits les plus visibles, méconnaissance des consignes de l'entraîneur, identification aléatoire des joueurs. Mais ces concessions restent très loin du démontage complet effectué par un article qui figure dans le Top 3 des plus lus sur notre site, "Comment L'Équipe note les joueurs".

Cette mission désormais rituelle serait justement mieux défendue si elle était présentée comme un exercice de style subjectif et ludique, à ne pas prendre trop au sérieux. Mais les journalistes sportifs doivent défendre l'idée que leur jugement relève d'une compétence infuse. Peu importe, alors, que l'exercice les transforme en juges de patinage artistique et leur confère un pouvoir ambigu sur les joueurs (1), peu importe aussi que cet exercice dégénère de plus en plus en démagogiques séances d'allumage collectif (lire "L'Équipe veut avoir «tout faux»"). Pas question, donc, de considérer que les notes constituent le degré zéro de l'analyse, une régression du journalisme à la distribution de bons points et une manifestation privilégiée du tourbillon de l'avis. Leur principe ne se discute même pas, et elles sont délivrées très sérieusement (en dépit d'une méthodologie pour le moins brumeuse).

notes_cfc_touboul.jpg


Blue note

Intrépide, l'auteur du sujet porte judicieusement le débat sur un aspect traditionnellement occulté: les relations des journalistes avec les joueurs affectent-elles leurs évaluations? La réponse de Jérôme Touboul n'en est pas une, quoique: "On n'est pas censés noter mieux les joueurs avec lesquels on a de bonnes relations, comme on n'est pas censés noter moins bien ceux avec qui on a de mauvaises relations". Las, Mamadou Sakho, qui a récemment giflé un journaliste du Parisien, écope dans le quotidien francilien d'un 5/10 qui contraste avec les 7/10 attribués par L'Équipe et France Football. Cas extrême?

Sur ce débat du copinage, on attendait évidemment la réaction en plateau de Pierre Ménès, lui qui statua sur les prestations des Bleus lorsqu'il officiait à L'Équipe. "Quand tu notes l'équipe de France, tu ne peux pas te permettre de faire le mariole et de surnoter un mec. (...) Tout le monde le voit, si tu fais des trucs invraisemblables uniquement au gré de tes copains ou de tes ennemis". En fait ça s'est un peu vu: sans remonter à Djorkaeff ni parler d'Henry (2), le cas Pires a été assez édifiant, le journaliste a accordé à son pote des notes en totale contradiction avec des prestations en chute libre jusqu'au fameux Chypre-France de 2004 (lire "Les gros mots du petit Robert"). Saura-t-on jamais quelle influence aura eu cette bienveillance sur l'incapacité du joueur à se remettre en cause? (lire aussi "Pires, la boîte à meuh")


Pratique au mieux scolaire, au pire infantile, consistant à se prétendre capable de jauger au point près vingt-deux joueurs, et qui a pris une importance disproportionnée, les notes des joueurs sont à la vérité un excellent produit journalistique: elles donnent aux avis de l'expert force de vérité et surtout, elles attirent le chaland. Que celui qui n'a jamais sauté sur elles à l'ouverture du journal lance le premier 3. Le reportage livre en guise de conclusion un moyen de réconcilier tout le monde et de nous ramener aux vrais débats: un supporter interrogé au sortir du stade se voit demander à qui il donnerait la plus mauvaise note. "Franchement? À l'arbitre".


(1) On peut moquer la sensibilité des joueurs, mais les notes contribuent à faire et défaire, sinon leurs cotes, du moins leur image.
(2) S'agissant de Thierry Henry, la mansuétude est générale et n'a rien de spécifique à Pierre Ménès.
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