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Richard N

 

Pionnier du foot sur le Web avec Kick'n'Rush, historien pour les Cahiers et Footichiste pour son compte.


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Gazza 1996, pourvu qu'on ait l'ivresse

Un jour, un but – Le 15 juin 1996, Paul Gascoigne marque un but de légende lors d’un Angleterre-Écosse disputé sous le soleil, à Wembley.

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À cet instant le héros de l’Angleterre s’appelle encore David Seaman. Le gardien d’Arsenal vient de repousser un penalty de Gary McAllister, en même temps qu’une nouvelle désillusion pour le public anglais. Dans le vieux Wembley ensoleillé, l’équipe d’Angleterre est à la peine. Elle mène bien 1-0 face à son vieil ennemi écossais, but d’Alan Shearer en début de seconde période, mais tout le monde redoute le scénario du match d’ouverture de cet Euro 1996: après l’ouverture du score du même Shearer, les Anglais avaient baissé le pied et concédé face à la Suisse un but égalisateur en fin de rencontre.

 


À bout de souffle

Dès la fin du match, la presse anglaise s’était déchaînée contre le sélectionneur, Terry Venables, coupable d’avoir sélectionné et titularisé un homme qui – à ses yeux – ne le méritait pas, Paul Gascoigne. Le coach anglais avait, en dépit de l’opinion, décidé de faire confiance au milieu de terrain des Rangers, malgré une condition physique précaire et une hygiène de vie discutable. Gazza, pensait-il, faisait partie de ces joueurs pour qui l’on fermait les yeux, tant son talent balle au pied, même par éclairs, pouvait faire basculer une rencontre et dynamiser le jeu d’une équipe.

 

Or, lors de la première rencontre face aux Suisses, Paul Gascoigne s'était bien fait remarquer par la blondeur décolorée de sa nouvelle coiffure, mais côté football, son talent était apparu très dégradé. Gazza passa une grande partie de la rencontre à rechercher un souffle qu’il ne retrouva jamais, entraînant dans sa médiocrité toute l’équipe d’Angleterre. Face à l’Écosse, le scénario semble se répéter. Le visage rougi tant par le soleil que par le manque de rythme, Gazza parvient bien à délivrer quelques touches de génie, mais son manque de rythme et son excès de poids l’empêchent d’aller au bout de ses actions. Terry Venables aurait pu choisir de le sortir, mais il a eu une meilleure idée: celle de faire entrer Jamie Redknapp, un joueur technique susceptible de libérer le génie en sommeil de Gazza.

 


Le mépris

L’enfant terrible du foot anglais déchaîne toutes les passions. Lors de la tournée de préparation à Hong Kong juste avant le tournoi, Gazza avait semé la terreur, non pas dans les surfaces adverses mais dans les hôtels et les avions, où son anniversaire avait été fêté par des litres de bières et les téléviseurs achevés à coups de pied. Les tabloïds ont même rapporté avec détails l’épisode dit de la "dentist chair", à l'occasion duquel notre héros s’était adonné à une énorme scène de beuverie. L’opinion anglaise, du moins la bien-pensante, manifestait son mépris à l’égard de ce sale gosse fort éloigné de l’idée qu’on se fait d’un sportif professionnel.

 

David Seaman, donc, est encore le héros du match à la 75e minute lorsqu’il dégage le ballon du pied. C’est Teddy Sheringham qui recueille la balle près du rond central. Il transmet à Darren Anderton, son coéquipier de Tottenham, positionné sur l’aile gauche. Sans contrôle, ce dernier envoie le ballon dans l’axe vers un Gascoigne lancé en pleine course vers la surface écossaise. Le blond Colin Hendry tente de s'interposer, mais Gascoigne est pris d’une inspiration magnifique: du pied gauche, il lobe son adversaire. Celui-ci en tombe à la renverse et c’est le short dans le gazon qu’il voit l’Anglais reprendre instantanément d'une frappe du pied droit. Andy Goram, le gardien écossais (et accessoirement coéquipier de Gazza aux Rangers) a beau se déployer, il est battu.

 


Pierrot le fou

Paul Gascoigne hurle sa joie et se retrouve allongé, les bras en V, près des filets de la cage écossaise. Ses coéquipiers viennent le congratuler. Teddy Sheringham s'empare d'une gourde d'eau et asperge le visage du buteur. Une scène de joie loin d’être innocente, qui reproduit avec provocation celle de la "chaise de dentiste".

 

Ce but, à lui seul, change à peu près tout. Il réhabilite Terry Venables et Paul Gascoigne aux yeux de l’opinion. L’équipe d’Angleterre, besogneuse et inquiétante durant un match trois quarts, devient séduisante et conquérante. Lors du match suivant, elle atomisera les Pays-Bas 4-1. Puis s’en ira jusqu’à une demi-finale d’anthologie face à l’Allemagne où elle s’inclinera aux tirs aux buts. Paul Gascoigne est un héros de l’Euro 1996. La suite de sa carrière ne sera que frasques et désolation.
 

 

 

Un jour, un but - série spéciale Euro

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En bonus, voici deux vignettes offertes pour l'album OSP-Euro 1972-1992,

 

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