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Nicolas P.

 

@ledefootoir


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Tabloïd, numéro 4

FIFA : l'autre versant du scandale

Outre les problèmes de gouvernance internes à la FIFA, il est un aspect plutôt absent des débats mais tout aussi déplorable: la dérive des contraintes imposées aux pays organisateurs de ses compétitions.

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L'organisation des grandes compétitions internationales porte en elle deux types de scandales: celui des modalités de leur attribution au pays choisi et celui des conditions imposées par les instances dirigeantes à ce dernier. La FIFA n'est pas la seule à déposséder les États de leur souveraineté – avec le coupable assentiment de ceux-ci - dès lors qu'ils ont le privilège d'accueillir sa grand-messe: CIO et UEFA n'ont, sur ce point, rien à lui envier.

 

En effet, une fois la Coupe du monde attribuée, au terme d'un processus qui se déroule dans les conditions que l'on sait, le pire, peut-être, commence: exigence de législations d'exceptions, mise en place de zones économiques d'exclusion, piétinement des Parlements, mépris des peuples, de leurs droits et de leurs lois. Ces questions-là se situent bien au-delà des quelques corruptions individuelles, que l'on verra néanmoins tomber sans bouder notre plaisir. Passés les bien légitimes "hourra", il faut se demander comment réussir cette succession un peu mieux que la précédente.

 

 

Quand le débat de personnes éclipse le débat sur le système

Pourtant, tout indique que ce débat essentiel, celui du système comme on pourrait le qualifier vulgairement, n'aura pas lieu: "l'affaire Blatter", ainsi que l'a résumée le langage médiatique, s'est trop souvent réduite à une affaire de personnes, lorsque ce n'est pas à un duel entre le Valaisan et Michel Platini. De même, les arrestations récentes ont suscité des questionnements sur la gouvernance de l'institution reine du foot mondial et, partant, des propositions de réformes intéressantes, sans que l'on s'interroge sur la refondation du rôle et des missions de celle-ci.

 

 

 

 

C'est d'autant plus dommage que la présidence fantôme qu'exercera Blatter jusqu'au prochain congrès laisse quelques mois pour y réfléchir. À l'heure actuelle, aucun candidat connu n'a proposé de redéfinir les statuts au point de remettre en cause la course au profit dont la FIFA a en pratique fait une vocation, ni même d'interroger la place qu'elle doit occuper face aux États souverains qu'elle représente et chez qui elle s'invite. Reste que les deux aspects du problème sont liés au moins en ce qui concerne leur cause: c'est cette même voracité qui conduit au clientélisme dans l'attribution des compétitions et à l'insupportable mise en œuvre de leur organisation.

 

Pour le reste, il est à craindre que la seule question de la gouvernance soit abordée au cours de la prochaine campagne. Or, la limitation du nombre de mandats du président offrirait un fonctionnement sans doute plus démocratique, mais aucune garantie contre les dérives sécuritaires dont la FIFA se rend coupable dans les pays hôtes. La question de la juste redistribution des profits ne sera pas résolue en revisitant la pondération des votes, qui ne protègera pas non plus les écosystèmes contre les dégâts écologiques occasionnés par le gigantisme absurde des chantiers. L'appui des sponsors pour débarrasser les hautes sphères du foot mondial de ses moutons noirs ne prémunira pas les commerçants locaux des expulsions manu militari des zones d'exclusion qui ont fait la honte du football ces dernières années. Plus de démocratie, de transparence, n'annonce pas nécessairement la fin de scandales qui sont, eux, tout à fait légaux, et même réalisés avec la complicité des États.

 

 

Platini et l'UEFA, parasites du débat

De plus, l'omniprésence dans les termes du débat du grand rival européen, l'UEFA, risque bien de parasiter l'attention, soit parce que les querelles de clocher feront le bonheur des journaux, soit parce qu'elle donnerait à l'affaire une tournure partisane. Or, l'institution de Michel Platini, que nous n'assimilerons pas à la FIFA de Sepp Blatter, fait un bien mauvais candidat en même temps qu'un excellent écran de fumée: soupçonnée de vouloir asseoir un pouvoir déjà gigantesque au détriment des petites fédérations, elle inflige des cahiers des charges au moins aussi contraignants aux candidats à l'Euro, exige des retournes fiscales scandaleuses et pratique le chantage, à l'instar de ses comparses FIFA et CIO.

 

Sans préjuger de la qualité d'un mandat du triple Ballon d'Or, on ne peut décemment compter sur cette structure pour refonder la FIFA. Le soutien immédiat et sans recul, niaisement patriotique, de nombreux responsables français pour leur champion montre bien le piège que constitue la potentielle candidature Platini. Elle aurait de toute façon bien du mal à obtenir autour d'elle le rassemblement essentiel à toute tentative de changement en profondeur des missions de la FIFA.

 

La démission, tant attendue, de Sepp Blatter, le coup de filet jubilatoire qui a conduit à l'arrestation de certains de ses sbires, la fin, semble-t-il, d'une certaine impunité, constituent d'indéniables bonnes nouvelles. Mais faisons ici d'abord le vœu que la prochaine FIFA sera une institution qui ne considère pas qu'il est plus facile d'organiser une compétition dans une dictature, qui ne fait pas fabriquer ses ballons officiels par des ouvriers payés trois dollars par jour, qui ne fait pas du racisme un fait de jeu, qui respecte les peuples. Dans son livre "La Coupe est pleine", le CETIM analysait comment les grands événements sportifs servaient de thérapie de choc dans les pays émergents, sorte de prétexte au plongeon dans le grand bain du capitalisme mondial. Est-ce trop demander qu'au moins, la prochaine FIFA soit autre chose que cela?

 

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