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Toni Turek

 

Überfan des footballs d’Allemagne et d’Autriche, passés et présents. Taulier de la Ventre Mou's League.


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Fanni à la barre

Ernst Happel (2/4) – 1954, la blessure par Bâle

En 1954, vingt ans après Sindelar et ce qui restait de la Wunderteam, Happel va jouer la première Coupe du monde de l’après-guerre. Un tournoi mémorable qui le conduira... à Paris.

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Happel démarre bien la Coupe du monde suisse. Deux fois, l’Autriche garde ses buts inviolés à Zurich, contre l’Écosse (1-0) puis face à la Tchécoslovaquie (5-0). Le match à Lausanne contre l’hôte suisse est plus compliqué. Menée 0-3 et affaiblie avec son gardien Kurt Schmied rendu KO par une insolation, l’Autriche parvient néanmoins à renverser le score pour mener 5-3, et l’emporte finalement à l’arraché 7-5, pour ce "miracle de Lausanne" qui reste le match le plus riche en buts d’un Mondial.

 


Trop joueur

Mais le 30 juin 1954, plus de miracle. À Bâle, l’Autriche est à la rue: fatiguée par le match face aux Helvètes, diminuée par la blessure d’Alfred Körner très tôt en cours de match, et avec Walter Zeman, son gardien n°3, aux genoux fragilisés dans les cages [1], l’équipe d’Autriche s’effondre en seconde période (1-6) contre la RFA, future championne.

 


Suisse-Autriche 1954

 

Cette défaite marque la rupture de Happel avec les fans et médias autrichiens. Car Happel est rendu responsable de cette raclée allemande, et se voit reprocher son tempérament trop joueur. Lors d’un match de préparation au Mondial contre une sélection du Vorarlberg, n’a-t-il pas inscrit exprès un but contre son camp à 14-1? En bloquant un ballon avec le bas du dos en quarts, n’a-t-il pas failli donner l’égalisation à 6-6 aux Suisses? Pourquoi a-t-il joué s’il était affaibli contre les Allemands? N’aurait-il pas été soudoyé? Bref, Happel – comme Zeman, son ami et coéquipier au Rapid – sert de bouc émissaire. Le succès 3-1 pour le bronze contre l’Uruguay, duquel Happel et Zeman ne sont pas, n’altère en rien les critiques. Touché par Bâle, comme Zeman, Happel ne participe pas aux festivités du retour à Vienne. Il quitte alors l’équipe nationale, avec un bilan de 43 matches et 3 buts.

 

 


Un exil français

Ayant obtenu l’autorisation de partir à l’étranger avant le Mondial, Happel ne joue que deux matches de la saison 1954/55 avec le Rapid, avant d’être transféré au Racing Club de Paris. Happel n’est pas le premier Autrichien à faire un tour en France. La même année, Aurednik, Habitzl (Lens), Decker (Sochaux) et l’international Stojaspal (Strasbourg) font le même voyage, rejoignant les Melchior (Rouen), Strittich (Besançon) et Brinek (Monaco) qui sont arrivés la saison d’avant. Ce phénomène n’est pas nouveau: dans les années 1930 déjà, pour des raisons sportives et/ou politiques, des Autrichiens avaient fait le choix d’émigrer en France. Au RC Paris, Happel rejoint un de ces exilés de la première génération: l’ex-international (français) August Jordan.

 

Happel reste deux ans au RC Paris. Il y dispute une quarantaine de matches. Mais la réussite n’est pas au rendez-vous, le club parisien ne parvenant pas à monter sur le podium. Et si la Ville lumière plaît bien à Happel, le public qu’il trouve trop neutre le déçoit. Comme ses coéquipiers, qu’il trouve certes très bons, mais auxquels il manque selon lui un vrai esprit d'équipe. Alors, quand le Rapid de Vienne revient vers lui en 1956, avec Max Merkel – son ancien équipier en défense – en entraîneur, Happel accepte de retourner au Hütteldorf prendre un nouveau départ. Il a alors trente ans.

 

 


Vienne, pour un dernier titre

De retour au Rapid, Happel joue la Coupe des Clubs champions contre l’ogre de l’époque: le Real Madrid. Battu 2-4 en Espagne à l’aller, le Rapid renverse le score au retour grâce à Happel, qui inscrit deux coups francs et un penalty, éliminant virtuellement le Real en première mi-temps. Hélas, un but signé Di Stefano et un revers 0-2 en match d’appui le mois suivant à Madrid, au cours duquel il est expulsé, empêchent le libéro viennois de passer en quarts.

 

En championnat, Happel retrouve son rang de titulaire. Il gagne avec le Rapid son sixième championnat en 1957, ce qui lui permet de reprendre ensuite son maillot au numéro 3 en équipe nationale en septembre, trois ans après sa première retraite internationale. Il participe ainsi aux deux derniers matches de qualification contre les Pays-Bas et le Luxembourg et figure dans le groupe des vingt-deux Autrichiens en 1958. Mais le Mondial suédois est un échec, l’Autriche ne prenant en tout qu’un point contre le Brésil, l’URSS et l’Angleterre. Consolation pour Happel: il atteint le seuil symbolique des cinquante sélections.

 

 


Libéro farceur

La fin de carrière de Happel est vierge de gloire. Côté international, il dispute un ultime match le 14 septembre 1958, onze ans jour pour jour après sa première sélection. L’année d’avant, il avait ouvert le score à Belgrade pour son retour. Pour les adieux au Prater-Stadion, il marque encore le but du 1-0 contre les Yougoslaves – son cinquième but en sélection – insuffisant pour éviter la défaite (3-4). En club aussi, le succès est absent: le Rapid finit deux fois deuxième en 1958 et 1959. En Coupe d’Europe, Happel connaît en 1957 deux sévères désillusions: un forfait contre Novi Sad en juillet [2], puis en octobre un revers 2-4 contre le Milan AC en match d’appui à Zurich, malgré son égalisation à 1-1 sur coup franc.

 

Après deux décennies et plus de 260 matches joués avec le Rapid de Vienne, Happel prend sa retraite sportive au printemps 1959. Longtemps favori du public du Hütteldorf et des médias, Happel laisse le souvenir d’un libéro hors pair, combatif, très fort dans les duels. Son côté farceur – y compris sur le terrain – et ses frappes sur coups de pied arrêtés sont restés dans les mémoires. Fort logiquement, en 1999, le fantas(ti)que défenseur des Vert et Blanc a été élu membre de l’équipe du centenaire du Rapid par les lecteurs de Rapid-Magazin, tandis que ceux de la Kronen-Zeitung l’élisaient dans le onze autrichien du vingtième siècle. Pas mal, pour un défenseur qui a surtout marqué les esprits par son parcours d’entraîneur.

 


Ernst Happel (1/4) – L’Happel de Vienne

 


[1] Incontestable gardien n°1, Kurt Schmied n’a pas eu le feu vert des médecins pour rejouer, et le n°2 Franz Pelikan n’a pas eu la confiance du co-sélectionneur Eduard Frühwirth – qui était aussi son entraîneur au Wacker.
[2] Battu à Novi Sad 1-4 après avoir gagné 3-0 à Vienne, le Rapid a refusé de jouer un match d’appui, estimant que sa sécurité n’était pas assurée.


 

Le palmarès du joueur Ernst Happel (1942-1959)
Avec le Rapid de Vienne :
6 fois champion d’Autriche (1946, 1948, 1951, 1952, 1954, 1957) – 5 fois vice-champion (1947, 1949, 1950, 1958, 1959)
1 victoire en Coupe d’Autriche (1946) – 1 finale perdue (1959)
1 victoire en Coupe "Zentropa" (1951) – 1 finale perdue en Coupe "Mitropa" (1956).

Avec l’Autriche :
Troisième à la Coupe du monde 1954
Eliminé au premier tour de la Coupe du monde 1958
51 sélections (n°26) – 5 buts (n°61).
 

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