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Sacha Dahan

 

 

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L'évolution de David De Gea

Egri Erbstein, le professeur divin

Survivant des deux guerres mondiales, Hongrois juif mort dans le drame du Superga, Erno Egri Erbstein est une de ces légende oubliées du football. Mais c’était surtout un immense entraîneur. Celui du Grande Torino.

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4 mai 1949, colline de Superga, aux alentours de Turin. Par terre, près de la basilique qui surplombe les environs, des dizaines de corps, recouverts d’un drapeau vert, blanc et rouge. Le drapeau italien. Le cadavre de l’entraîneur de l’équipe est également caché par le même drapeau, mais les couleurs sont alignées horizontalement, comme le drapeau hongrois. Ce jour-là, trente-et-une personnes sont mortes. Toutes revenaient du jubilé de Francisco Ferreira, disputé la veille face au Benfica, et faisaient partie du Grande Torino, une des plus grandes équipes de l’époque. À leur tête, un technicien hors-pair, survivant des deux guerres mondiales en dépit de sa religion: Egri Erbstein. 

 

 

 

 

Émigré, meneur d'hommes

Né le 13 mai 1898 à Nagyvárad (aujourd’hui Oradea en Roumanie), Egri grandit à Budapest. Dès dix-huit ans, il intègre le BAK (Budapesti Atlétikai Klub), considéré comme le deuxième club juif de la ville, derrière le grand MTK, vainqueur de dix championnats consécutifs entre 1914 et 1925. Mais le lycée terminé, le jeune et prometteur milieu central est envoyé au front comme caporal-chef. Il part au Nord-Est de l’Italie pour défendre l’empire des Habsbourg contre une invasion italienne en Autriche-Hongrie. Il sera un des membres de la Révolution des Asters, cette violente prise d’assaut du 31 octobre 1918 durant laquelle l’armée hongroise attaque plusieurs bâtiments publics et qui fera perdre sa place au ministre-président, Sándor Wekerle.

 

C’est pendant ces années qu’Egri devient un meneur d’hommes. Et, naturellement, il transmettra son charisme sur un terrain de football. Pour fuir l’antisémitisme qui sévit dans son pays, il joue pour l’Hakoah d’Arad, comme beaucoup de Juifs hongrois. Après des passages en Italie (US Fiumana et Vincenza) puis aux États-Unis (Brooklyn Wanderers), Erbstein se dirige vers une carrière d’entraîneur.

 

Celle-ci débute à trente ans seulement. Il prend en main l’US Bari et, dès le deuxième match de la saison, se fait remarquer en battant l’AS Roma, la formation favorite d’un certain Benito Mussolini. Son équipe étant relativement faible, il ne peut lui éviter d'être parmi les sept relégués du championnat, mais ce premier essai n'est pas un échec. En 1938, après des années à Nocerina, Cagliari et Lucchese, c’est la consécration: il est embauché pour coacher le Torino, équipe phare de la Serie A. 1938, c’est aussi l’année où l’Italie devient officiellement antisémite. Mussolini, qui considère les Juifs comme inférieurs, publie son manifeste de la race. Malgré un début de saison tonitruant qui lui permet de taper dans l’œil du président de l’époque, Ferruccio Novo, l’Italie devient trop dangereuse pour lui. Le 3 décembre de la même année, La Stampa l'annonce en une: "Erbstein est parti".

 

 


 

 

Rescapé du ghetto et du camp de travail

Egri tente de rejoindre les Pays-Bas pour trouver un havre de paix. Alors qu'il arrive avec sa famille dans la ville de Clèves, à la frontière allemande, des policiers nazis leur demandent leurs papiers et voient la mention "juif" dessus. Ils tirent Egri, sa femme Jolàn et ses filles Marta et Susanna du train, les frappent et les jettent sur les rails. Tous les quatre sont envoyés dans "La maison des Juifs" à Clèves, une sorte de prison avec une étoile jaune à l’entrée où vit une centaine de personnes dans des conditions exécrables.

 

De retour en Hongrie, Erbstein essaie tant bien que mal de retrouver du travail et de lancer avec son frère Károly une entreprise de textile. Lui et sa famille font face à l’arrivée d’Adolf Eichmann, venu occuper le pays, le 19 mars 1944. Celui-ci ordonne la ghettoïsation de tous les Juifs de Hongrie durant deux mois dans le but de les déporter, principalement vers Auschwitz-Birkenau. 400.000 personnes sont ainsi entassées dans cent-cinquante trains en direction de la Pologne.

 

Mais la famille Erbstein parvient à être sauvée. Jolàn, Marta et Susanna sont cachées chez Pal Klinda, un prêtre catholique, Juste parmi les nations depuis 1995. Erbi, lui, reste au ghetto. Et le seul moyen pour lui d’échapper à l’exécution est de rejoindre un camp de travail. Il y frôle plusieurs fois la mort, vit difficilement, loin de sa famille, loin du football qu’il aime tant. Là, il côtoie un certain Béla Guttmann, un des plus grands tacticiens de l’histoire, futur vainqueur de deux C1 avec Benfica, et apprend auprès de lui. Tous les deux doivent leur survie à Raoul Wallenberg, un diplomate suédois qui fabriquait des faux passeports.

 

Le 26 septembre 1946, le Corriere dello Sport annonce qu’Erbstein est de retour au Torino. Il met en place son fameux WM, le sistema en italien, avec un joueur d’exception: Valentino Mazzola, père du célèbre Sandro. Ils remportent trois titres consécutifs avec les Grenats, et deviennent une des plus grandes équipes de l’histoire de la Serie A. Parmi ses victoires d’anthologie, il y a cette celle contre Alexandrie le 2 mai 1948, 10-0. La plus large de l’histoire du club. Le lendemain, La Stampa titre: "Le Torino s’envole". Un an plus tard, le Torino s’est une nouvelle fois envolé. Mais n’est jamais revenu.

 


Pour en savoir plus, lire Erbstein: football's forgotten pioneer.
 

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