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Toni Turek

 

Überfan des footballs d’Allemagne et d’Autriche, passés et présents. Taulier de la Ventre Mou's League.


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1899 : les illusions perdues

Tranquillement installé en Bundesliga, le club prodige d'Hoffenheim vient pourtant de s'offrir un divorce entre son président et son entraîneur... et des doutes sur son avenir.
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Outre-Rhin, même raccourcie, la trêve hivernale constitue habituellement l’occasion de faire une pause. Cela n’a pas été le cas à Hoffenheim, le club des Kraichgauer ayant au contraire fait la une des journaux. Car en cette période de célébrations, l’entraîneur Ralf Rangnick n’a pas été à la fête: le "Professor" a quitté son poste d’entraîneur du 1899 Hoffenheim, alors que son équipe figure au huitième rang en Bundesliga.


L'affaire Luis Gustavo

Un événement marquant quand on sait que des dix-huit entraîneurs de l’élite allemande, Rangnick était le deuxième plus ancien, étant arrivé dans ce club du Bade-Wurtemberg en juillet 2006 [1]. À première vue, ce départ semble inattendu, car Rangnick n’a pas démérité dans ce club du Sud-Ouest: avec deux deuxièmes places en deux saisons (2006-08), il a conduit les Bleu et Blanc directement de la troisième à la première division (lire "Hopp, Hopp, Hopp, voilà Hoffenheim"). Il a aussi permis à ce club d’obtenir un premier titre – honorifique – de champion d’automne en décembre 2008 lorsque son trio d’attaquants Ba-Ibisevic-Obasi marchait sur l’eau (lire "David 1899 Hoffenheim"). Et jusqu’à présent, le 1899 a pu finir tranquillement ses exercices en milieu de tableau (septième à l’été 2009, onzième en 2010), assez loin des affres de la lutte contre la relégation.

1899_gustavo.jpg

Le déclencheur de ce changement effectué pas vraiment en douceur aura été "l’affaire Luiz Gustavo". Transféré à Hoffenheim à l’été 2008 pour la modique somme d’un million d’euros (après une période de prêt d’un an), le milieu défensif brésilien de vingt-trois ans vient d’être cédé au Bayern de Munich pour environ dix-sept millions sans que Rangnick n’ait eu son mot à dire, alors même que ce dernier avait fait connaître à la mi-décembre sa vive opposition à un départ anticipé de ce joueur-clef de l’effectif. Ne pas pouvoir gérer son groupe comme on l’entend est évidemment un casus belli pour tout entraîneur ayant un peu de fierté, et Rangnick n’entendait assurément pas (plus) se contenter de servir de prête-nom ou d’avaleur de couleuvres. Le départ de l’entraîneur du 1899 Hoffenheim fait donc logiquement suite à celui du Brésilien.



De Hopp & Rangnick à Hopp vs. Rangnick

En fait, ce sont deux philosophies bien distinctes qui se sont opposées ici. D’un côté, la vision de Ralf Rangnick: le 1899 est désormais intégré dans l’élite allemande et peut parfaitement prétendre à en devenir un acteur majeur via une qualification européenne. Dans ce but, il faut conserver les atouts du groupe actuel et bien étoffer celui-ci, de manière à pouvoir s’établir de façon durable en haut de tableau. Avec son contrat prolongé jusqu’en 2012 en mai dernier, Rangnick se voyait bien faire entrer Hoffenheim dans le groupe des clubs européens, de la même façon qu’il avait conduit Schalke en C1 en 2005…
De l’autre côté, l’approche de Dietmar Hopp, mécène local et tout-puissant de "Hoppenheim" dont il possède 99% du capital. Lui souhaite bien sûr maintenir son club au sein de l’élite – il n’a quand même pas accompagné son club pendant vingt ans à travers tous les échelons du foot allemand pour le laisser tomber. Mais contrairement à Abramovitch à Chelsea ou Mateschitz à Salzbourg, il n’entend pas faire couler l’argent à flots en vue de la quête de titres – ce qui rassurera un peu les clubs concurrents, dont certains représentants avaient poussé des cris d’orfraie dès la promotion du 1899 dans l’élite.

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Hopp veut surtout conserver le caractère formateur de son club, pour aider au développement de jeunes joueurs et permettre au club de vivre de ses transferts. Pas question de transformer le 1899 en gouffre financier, et à cet égard, les départs des Brésiliens Carlos Eduardo – 23 ans, parti l’été dernier au Rubin Kazan pour près de vingt millions d’Euros – et Luiz Gustavo permettent de faire rentrer de l’argent frais dans les caisses. Cette opposition entre Hopp et Rangnick ne datait pas d’hier. Elle a trouvé sa logique conclusion avec cette gestion du transfert de Luiz Gustavo, qui a mis fin à une illusion: celle d’une parfaite symbiose mécène/entraîneur.



Le début des ennuis ?

Promu entraîneur jusqu’en 2014 le 2 janvier, le successeur de Rangnick, son ex-assistant Marco Pezzaiuoli, est peut-être inexpérimenté à un tel poste [2] mais il a déjà bien appris sa leçon: il a confirmé les dires de Hopp en soutenant qu’espérer voir Hoffenheim sur la scène européenne n’était pas réaliste. Mais ce choix peut-il raisonnablement rester pérenne? Quelle "utilité" pour un club de se contenter simplement de se maintenir, est-ce vraiment viable sur la durée pour attirer fans ou joueurs? Le 1899 Hoffenheim n’est pas aussi limité qu’un FC St. Pauli, ni sportivement ni économiquement, et il a montré qu’il pouvait faire bien mieux que de vivoter dans l’élite.

Le futur du 1899 Hoffenheim recèle bien des questions. Pour les fans d’abord, car il n’est pas certain que les mots apaisants de Hopp, indiquant dans son communiqué que le nom de Rangnick resterait à jamais étroitement lié à l’arrivée du 1899 dans l’élite, suffisent à panser les plaies liées à ce départ; pas sûr non plus que le prêt du jeune international espoir autrichien David Alaba de la part du Bayern les consolent davantage de la perte de Luiz Gustavo. Pour le club même ensuite: la Ligue allemande enquête sur le transfert du nouveau numéro 30 du Bayern et cherche à savoir si Hopp ne serait pas directement intervenu dans le transfert de Luiz Gustavo – ce qui est interdit pour les investisseurs des clubs en Allemagne.

Pour "Hoppenheim", le départ de Rangnick ne marque pas simplement la fin d’une belle histoire; c’est peut-être aussi le début des problèmes – le clash actuel avec le buteur sénégalais Demba Ba pourrait n’être que le premier d’une série.


[1] L’entraîneur le plus ancien est l’inamovible Thomas Schaaf, au Werder de Brême depuis le printemps 1999.
[2] Dans les clubs où il est passé (Karlsruhe, Suwon, Hoffenheim), Pezzaiuoli a été entraîneur adjoint. Il n’a été entraîneur en chef en club que cinq matches avec l’Eintracht de Trèves (alors en D4). Son CV en sélection est plus étoffé: il a dirigé plusieurs équipes allemandes de jeunes de 2007 à 2010.
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