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Toni Turek

 

Überfan des footballs d’Allemagne et d’Autriche, passés et présents. Taulier de la Ventre Mou's League.


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Hopp, Hopp, Hopp, voila Hoffenheim!

Oubliez les mégapoles d'Auxerre ou de Guingamp: un bourg de 3.500 habitants vient d’accéder à la Bundesliga avec son "club de bouseux". Vivez une vraie épopée de football avec l’avènement de la TSG 1899.
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Vous ne connaissez pas Hoffenheim, et n’en avez même jamais entendu parler? Rassurez-vous, vous êtes normal(e): car ce n’est pas le nom de la capitale d’un des seize Länder allemands, ni même l’équivalent d’une sous-préfecture. Non, Hoffenheim, c’est en fait un hameau situé dans l’agglomération de Sinsheim et dans lequel vivent environ 3.500 habitants – en comptant large.


hoffenheim1.jpgUne épreuve d’histoire géographie

Pour ceux qui ont du mal avec la géographie d’outre-Rhin – autrement dit la majorité des personnes normalement constituées – ce bourg perche au nord du Bade-Wurtemberg (le grand Land du sud-ouest de l’Allemagne, à la frontière ouest de la Bavière). Plus précisément, Hoffenheim est situé au nord-est de Karslruhe, entre les villes de Heidelberg et de Mannheim.
A priori, ce modeste village n’a absolument rien d’un lieu où se rencontrent des footballeurs professionnels, surtout que le Land du Bade-Wurtemberg a déjà quelques clubs huppés et bien placés dans la hiérarchie footbalistique germanique. Citons pour les clubs de 1. Bundesliga les exemples du Karlsruher SC, promu en 2007, et du VfB Stuttgart, champion d’Allemagne 2007; en 2. Bundesliga, le SC Fribourg-en-Brisgovie.

En fait, vu la taille lilliputienne du bourg, il semble déjà méritoire d’y trouver un club de foot… En 1899, le foot n’avait pas sa place: le club local initial du TV Hoffenheim n’était qu’un simple club de gymnastique (1). Le club de foot de Hoffenheim a fait son apparition seulement au début des années 1920, et le club de foot actuel n’existe que depuis la fusion de ces deux entités sous le nom de TSG Hoffenheim, soit depuis 1945. Le club est moins ancien que certains vétérans du Bade-Wurtemberg, comme le SSV Ulm ou le VfB Stuttgart, fondés respectivement en 1846 et en 1893.


hoffenheim2.jpgUn amour de jeunesse

Amatrice et anonyme, la section foot de la TSG Hoffenheim le reste pendant quelques décennies, vivotant tranquillement dans les bas échelons du foot allemand. Jusqu’à la fin des années 1980, quand intervient un événement qui va bouleverser le destin du club bleu et blanc: l’arrivée de l’homme providentiel, qui se décide à prendre en main l’avenir du club badois et de le faire pétiller. Cet homme, c’est Dietmar Hopp, l’un des co-fondateurs du grand groupe informatique SAP. Il compte parmi les dix plus importantes fortunes d’outre-Rhin, de celles à dix chiffres.

Contrairement à quelques autres multimilliardaires comme Abramovitch et Mateschitz qui ont investi dans des clubs de football qui étaient déjà en première division avant leur arrivée, et avec lesquels ils n’avaient pas de rapport à l’origine (2), Hopp a bel et bien une attache personnelle directe avec le club de Hoffenheim: il y a joué en amateur.
Dès 1990, sous la direction de Hopp et avec la bénédiction de son portefeuille (et vice-versa), la TSG sort de sa torpeur et connaît sa première vraie période de croissance: en à peine une décennie, les amateurs vont franchir les divisions méconnues que sont, en ordre ascendant, les Kreisligen, Bezirksliga, Landesliga, Verbandsliga et Oberliga, pour finalement s’établir en 2001 en Regionalliga, la troisième division. Une très belle progression que bien peu de présidents de clubs peuvent se vanter d’avoir vécue en un temps aussi bref (3).


L’épreuve du temps (et le temps, c’est de l’argent)

L’avancée de la TSG Hoffenheim dans le football allemand aurait pu s’arrêter là si la logique avait été respectée: pour le petit club d’une si petite ville au si petit stade, atteindre la Regionalliga est un but en soi. Mais Dietmar Hopp n’est pas vraiment raisonnable, et quand on lui parle de son club, la logique n’a plus trop lieu d’être.
Surtout, Hopp prend de l’âge: le Boss a maintenant dépassé la soixantaine, et s’il est toujours actif, il n’a plus de temps à perdre. Or, depuis 2001, le club s’encroûte dans la première partie du tableau de cette troisième division assez peu glamour: la progression du club a ralenti, et ne s’effectue plus division par division, mais place par place. Cinq saisons d’affilée en Regionalliga, ça commence à faire beaucoup. Le surplace ne plaît plus à Hopp qui veut que ça bouge.

hoffenheim_rangnick.jpgOptant pour un changement radical de braquet, Dietmar Hopp frappe en effet un très grand coup à l’été 2006 en recrutant comme entraîneur le très expérimenté Ralf Rangnick, l’ex-entraîneur d’Ulm et Stuttgart. Disponible depuis son limogeage fin 2005 par Schalke 04 pour résultats insuffisants chez les Königsblauen, Rangnick signe pour cinq ans. Hopp ouvre encore un peu plus son portefeuille pour permettre à son équipe de reprendre sa progression vers les sommets.
Opération réussie, puisque le club s’établit rapidement dans les toutes premières places de son groupe de troisième division, au point d’obtenir sa promotion en 2. Bundesliga quatre journées avant la fin de la saison. Progrès remarquable. Et remarqué.


Du fric, mais pas de fans ?

Remarqué, mais pas apprécié. En particulier des clubs adverses de deuxième division, qui n’ont pas hésité à pointer du doigt ce Dorfverein (4) concurrent abhorré qui, à les écouter, est indigne de figurer dans le monde du foot professionnel. Ainsi, le manager du FSV Mayence (candidat déclaré à la remontée dans l’élite), Christian Heidel, a eu des mots très durs dès octobre dernier après la défaite de son club 0-1 face à Hoffenheim, en affirmant publiquement trouver "dommage qu’un club comme Hoffenheim prenne la place d’un des 36 clubs pros". Et on ne compte plus les cris et banderoles désobligeants envers Hopp et la TSG dans les autres stades…
Du fric, mais pas de fans: voilà le principal leitmotiv développé à l’encontre de ce club de Hoppenheim, honni tant par les dirigeants que par les fans des clubs concurrents. Un reproche pas tout à fait immérité.

"Du fric": c’est vrai. Pour cette seule saison 2007/08, ce ne sont pas moins de vingt millions d’euros qui ont été mis sur la table pour les transferts. Vingt millions d’euros pour un club promu! Un seul exemple: à l’automne dernier, le tout jeune milieu brésilien Carlos Eduardo est ainsi venu au club badois en provenance de Porto Alegre pour un transfert de huit millions d’euros. Une somme qui constitue souvent davantage que le total cumulé de tous les transferts réalisés en une saison par un club de ce niveau. Pour comparaison et rappel: le montant du transfert du Brésilien Carlos Alberto à Brême, le transfert le plus coûteux de l’histoire du Werder, qui est le participant allemand le plus régulier à la C1 ces dernières années s’est élevé à huit millions d’euros. C’est aussi le prix du transfert de Ziani entre Sochaux et Marseille.
Évidemment, voir autant d’argent circuler a suscité des réactions de jalousie. Mais d’autres clubs ont le soutien de grandes entreprises (Bayer pour Leverkusen, Carl Zeiss pour Iéna, Volkswagen pour Wolfsburg, etc.) sans que leurs concurrents ne poussent de cris d’orfraie à leur encontre.

“Pas de fans": là aussi, c’est vrai. Avec aussi peu d’habitants, un stade minuscule de 6.300 places (dont 3.000 debout) et un passé aussi récent, il est évidemment difficile pour la TSG 1899 Hoffenheim, aux allures de petit nouveau, de se faire une place chez les supporters dans l’impitoyable monde du football professionnel, tant il y a déjà de clubs historiques en Allemagne – et ce même en deuxième division, où évoluaient par exemple cette année des poids lourds comme le Borussia Mönchengladbach, le 1. FC Cologne, le 1. FC Kaiserslautern ou encore le FC St. Pauli.


Petit club peut devenir grand

Pourtant, la réussite de Hoffenheim mérite d’être saluée, à plus d’un titre. D’abord, Hopp s’est installé dans l’effort et la durée: contrairement à la mode des OPA faciles sur des clubs de l’élite (cf. les cas Abramovitch et Mateschitz, encore une fois), le co-fondateur de SAP a pris les rênes de la TSG alors que celle-ci était tout en bas, et l’a aidée à gravir les échelons sportivement, un à un, sans passer par des fusions ni des rachats de licence pour gagner des divisions dans les coulisses. Si cette ascension a été rapide, elle a été obtenue à la régulière, sur les terrains de foot. Et si la TSG Hoffenheim est indéniablement un "petit club" par son histoire et son palmarès encore vierge, elle n’est par définition pas un club si petit que le voudraient ses plus farouches détracteurs, puisque l’équipe première est officiellement promue dans l’élite, et l’équipe réserve est, quant à elle, toujours en lice pour être promue en quatrième division.

Hopp n’a pas lâché prise lorsque le club s’est retrouvé un temps bloqué en troisième division, et après bientôt vingt ans de soutien, le boss ne compte pas céder de sitôt son joujou footballistique, qu’il espère bien voir s’établir confortablement (sportivement et financièrement) dans l’élite, histoire de continuer à jouer son rôle de trublion. N’en déplaise à beaucoup, cette persévérance dans le soutien et dans les résultats appelle quelque respect.


hoffenheim3.jpg


Anonymes et espoirs au pouvoir

Par ailleurs, l’un des mérites de la TSG est de proposer un football d’anti-stars: là où des grands clubs historiques échouent avec des noms, le club de Hoffenheim réussit sans vedettes. Ainsi, qui connaît le gardien autrichien espoir Ramazan Özcan? Qui a entendu parler des trentenaires Jochen Seitz et Francisco Copado (ex-Unterhaching)? Qui sait qui sont Chinedu Obasi et Demba Ba (douze buts chacun cette saison)? Qui connaît Vedad Ibisevic (5)? A l’époque où les marchés tendent à s’emballer précipitamment et où les noms des (supposées) stars sont cités à côté de sommes parfois démentielles, le club badois parie davantage sur des anonymes, jeunes en devenir (il n’y a que quatre trentenaires dans le groupe pro), en leur proposant des contrats longue durée. Un choix qui n’est pas celui de la facilité, mais qui s’est révélé payant jusqu’ici.

De plus, l’apport financier non négligeable de Hopp ne s’est pas limité aux virements des salaires et des transferts des joueurs. Le milliardaire a ainsi financé avec sept millions tirés de ses deniers le stade actuel aux 6.300 places du Dietmar-Hopp-Stadion (6 et 7), et devrait mettre sur la table environ 50 millions d’euros pour le nouveau stade de 30.000 places qui sera sis à Sinsheim. L’enceinte sera conforme aux exigences imposées pour les matches de l’élite, afin de permettre à la TSG d’y jouer ses matches à domicile. Cette Rhein-Neckar-Arena (appellation non définitive) devrait être prête début 2009, et la possibilité que ce stade accueille des matches de la WM féminine en 2011 est évoquée.


Toujours plus loin, toujours plus Hopp

L’équipe est là – Hopp et Rangnick ne comptent pas faire beaucoup évoluer le groupe pro cet été – le nouveau stade arrive, et l’avenir financier et administratif paraît basé sur du solide. À ce sujet, Dietmar Hopp a même prévu sa succession: s’il venait à disparaître, son fils Daniel reprendrait sa place pour poursuivre le travail engagé à Hoffenheim depuis vingt ans. Le sport, le fiston connaît: il est président des Aigles de Mannheim (en hockey sur glace) et également impliqué dans le handball.

Certes, il est vraisemblable que le 1899 Hoffenheim – c’est le nouveau nom officiel du club – ne se mêlera pas à la lutte pour le titre de champion d’Allemagne en 2009. Beaucoup lui promettent même un destin de relégué immédiat. En attendant de voir si, sportivement parlant et indépendamment des imprécations en tous genres, le 1899 va tenir la route pour sa première année dans l’élite, une chose est déjà sûre: parvenir à concurrencer le Bayern sur les montants des transferts et sur le niveau tout aussi haut de la haine qu’il suscite chez ses adversaires, n’est-ce pas déjà le début d’une certaine reconnaissance?


(1) TV = Turnverein : club de gymnastique. Le "T" (Turnen) de la TSG Hoffenheim fait donc référence à la section historique de gymnastique, le "S" (Sport) aux autres activités sportives proposées.
(2) Roman Abramovitch est le propriétaire du FC Chelsea. L’Autrichien Dietrich Mateschitz est lui propriétaire des Red Bull Salzbourg (ex-Austria) et New York (anciennement MetroStars).
(3) Un cas comparable existe en Autriche: actuellement engagé dans la deuxième division locale, le club de Schwadorf, depuis que l’entrepreneur millionnaire Richard Trenkwalder en est le propriétaire, a effectué cinq accessions en sept ans.
(4) Dorf : village – le terme Dorfverein, péjoratif dans la bouche des détracteurs de Hopp, est alors à comprendre dans le sens d’un "club de bouseux".
(5) Oui, il s’agit bien de l’ancien joueur du PSG en personne. OK, il est connu par les fans du PSG.
(6) D’accord, nommer un stade d’après son nom, ça fait un peu mégalo. Mais ça rend toujours mieux qu’un EasyCredit-Stadion, un Generali-Sportpark ou une HSH Nordbank Arena, non?
(7) À côté de ce stade miniature fini en 1999, le Roudourou de Guingamp ferait presque figure de géant. Mais pour Hoffenheim, alors encore amateur en cinquième division, il n’aurait pas été judicieux de faire bâtir une grande Arena moderne. Hopp est peut-être un brin mégalo, mais il n’est pas fou. Il sait que la TSG n’est pas (encore) attractive sur son seul nom, contrairement à un St. Pauli ou à un Lokomotive Leipzig.
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