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Pep Guardiola est-il coupable ?

Voilà, le Bayern Munich est éliminé de la Ligue des champions. Sans avoir beaucoup pu y croire en plus, comme il y a un an face au Real Madrid. Et comme cette équipe restait sur un triplé avant l’arrivée de Pep Guardiola aux commandes, on blâme le technicien espagnol. Avec raison et mauvaise foi.

Auteur : Christophe Kuchly le 13 Mai 2015

 

 

Au match aller, le Bayern n’a pas eu de réelles occasions, a longtemps tenu sans trop subir une fois le changement tactique du quart d’heure de jeu effectué, avant de céder trois fois. L’analyse de chacun des buts est instructive. Le premier est un coup franc rapidement joué par Manuel Neuer vers Juan Bernat, le latéral perd le ballon. Dani Alves récupère, Lionel Messi frappe de loin. Sur le deuxième, une attaque placée, la ligne défensive de trois est alignée sauf Bernat, trois mètres devant ses compères. Messi est servi dans son dos et obtient un face à face imprévu, qu’il concrétise avec classe. Deux erreurs individuelles payées cash. Les Bavarois poussent ensuite pour revenir et se font punir sur une contre-attaque.

 

 

Un retard payé cher

Alors, quelle est la responsabilité de l’entraîneur? A priori aucune, en tout cas sur les deux premiers, oublis exploités par une ligne d’attaque au talent incomparable. Lionel Messi est l’un des plus grands de l’histoire, Luis Suarez était de très loin le meilleur joueur de Premier League l’an dernier et Neymar, dont on attend encore de voir le plafond, est le deuxième (après Fernando Morientes) à marquer sur les deux rencontres des quarts de finale puis des demies. Le choix initial de Guardiola, une défense à trois qui provoquait des égalités numériques derrière face au 4-3-3 barcelonais, était beaucoup trop risqué, même s’il avait permis de se créer des bonnes situations. Pari un peu fou, il a pu contribuer à désorienter les joueurs et prouve que le technicien réfléchit sans doute un peu trop quand il compose ses équipes. Celui fait ensuite, à 0-0, n’explique cependant pas le score – sauf à considérer que Pep Guardiola est responsable de l’envie de jouer sur le premier but, ce qui peut s’entendre d’un point de vue du conditionnement psychologique, et que la fatigue liée au système explique le placement de Bernat sur une attaque placée puis la chute de Boateng. Déjà plus tiré par les cheveux. Même si Manuel Neuer a fait quelques arrêts marquants, le Barça a été très réaliste, comme au retour.

 

 

 

 

La vérité, c’est que le bloc allemand, tout en restant dans la lignée des idées de l’entraîneur catalan, a fait preuve d’une vraie solidité. Même en étant dans une configuration défensive, le Bayern avait l’ambition du jeu au sol. Cela ne provoque pas plus d’éliminations qu’un autre système (Guardiola n’a jamais été sorti avant les demi-finales en coupe d’Europe) mais les rend potentiellement plus lourdes. Contrairement aux équipes de José Mourinho, son némésis, qui cherchent à neutraliser l’adversaire et minimisent les différences de niveau. Ce qui peut donner des qualifications contre des équipes plus fortes (même si Porto et l’Inter avaient d’excellents joueurs), mais aussi des éliminations contre des plus faibles, puisque tout, dans une rencontre cadenassée, se joue par définition sur des détails. Et ce qui explique que Roberto Di Matteo et Avram Grant aient gagné et perdu de justesse des Ligues des champions sans être des techniciens de génie. À haut niveau, la solidité empêche les raclées.

 

 

Système et erreurs individuelles

Le match retour, mardi soir, prouve que la stratégie offensive peut marcher. Les Barcelonais avaient certes la marge suffisante pour gérer, mais ils se sont inclinés, concédant bien plus d’occasions que dans n’importe quelle autre rencontre et marquant sur quasiment les seules qu’ils ont eues. Un certain succès de la philosophie Guardiola, qui ne change rien à l’échec que peut constituer une élimination avant la finale (aussi bizarre que l’affirmation puisse paraître), mais qui fait reposer sur les joueurs une partie de l’élimination: avec un peu plus de réalisme et sans un Ter Stegen énorme, sans la sortie de Benatia sur Messi qui dépeuple la défense sur le deuxième but aussi, une nette victoire était possible, comme face à Porto. Déjà, le quart de finale aller avait été perdu à cause de bêtises individuelles qu’un simple pressing avait suffi à provoquer. L’entraîneur met ses joueurs dans les conditions d’une large victoire en lui permettant de se procurer beaucoup plus de situations dangereuses que l’adversaire, reste ensuite aux intéressés à être décisifs dans les deux surfaces.

 

Contrairement à Jupp Heynckes, qui avait réussi à faire croire à toute la planète que Dante et Boateng étaient de grands défenseurs, Guardiola ne cache pas sa défense centrale: il l’expose. Obligée de jouer le hors-jeu très haut et de beaucoup participer à la construction des actions, elle est en permanence sur la brêche. Et la présence de Mehdi Benatia à la place du Brésilien ne change pas grand-chose. On le sait: dirigé par Guardiola, le Barça était déjà très fragile derrière les rares fois où il était exposé. Cela ne se traduisait pas souvent en résultats négatifs, parce qu’il se procurait énormément de situations et qu’un taux de conversion correct permettait de faire l’écart. Mais les occasions concédées était déjà très dangereuses car la plupart de l’équipe était en position offensive. Et pourtant la charnière Piqué-Puyol/Mascherano était sans doute meilleure et plus complète. Un danger calculé mais permanent.

 

 

Plusieurs êtres vous manquent...

À l’époque où l’ancien milieu coachait en Catalogne, il y avait des blessés, comme partout. Mais jamais les joueurs de base du système, de son système. Pep pouvait toujours compter sur une défense centrale compétitive, avec Alves pour apporter le déséquilibre sur l’aile, Busquets pour réguler le jeu, Iniesta et/ou Xavi pour le bonifier et Messi pour à peu près tout le reste. En Bavière, c’est l’inverse. David Alaba, latéral/relayeur/ailier, le joueur ultime pour une philosophie de mouvement, et Arjen Robben, l’élement déséquilibrant, ne sont pas là. Javi Martinez revient tout juste mais n’est pas encore en condition pour réguler le milieu, lui qui possède des qualités à mi-chemin entre Xabi Alonso et Bastian Schweinsteiger. Restent beaucoup d’excellents joueurs, mais le seul Thiago comme pilier, élément qui sert à faire le lien et qui bonifie plus le collectif qu’il n’apporte individuellement.

 

 

 

 

Cela n’excuse évidemment pas l’échec puisque ces blessures sont anciennes et que l’effectif est dense, mais la nature même des joueurs touchés change tout. Sans tomber dans l’uchronie et réécrire cent-quatre-vingts minutes, on imagine que Bernat n’aurait pas eu un rôle aussi offensif à l’aller avec Alaba disponible et que Robben, qui a plusieurs fois sauvé la mise en championnat en allant marquer des buts tout seul, aurait pu apporter du danger sans devoir bouger le système. Guardiola s’est adapté, pas trop mal, mais pas suffisamment bien. Il n’a pas comblé par le coaching l’écart intrinsèque de niveau entre les deux équipes, favorable aux Barcelonais, même si la marge n’a rien de gigantesque.

 

 

L'échec d'un match, pas d'une idée

Au fond, au-delà de cette élimination contre son ancien club, le problème de Guardiola est lié à son statut. Lié au Barça qui a tout gagné en pratiquant un jeu de possession réduisant la possibilité d’expression de l’adversaire, un style forcément clivant, et indirectement à la sélection espagnole vainqueur d’un Mondial avec une maîtrise frustrante. Il suscite autant d’éloges que de critiques. À chaque allusion à son génie, on se sent obligé d’équilibrer la balance en rappelant qu’il n’a rien inventé, n’a pas tout gagné et a rempli sa vitrine à trophées par opportunisme dans le choix des clubs – et grâce à Messi, idée reprise par José la semaine dernière. Sans souligner qu’il a gagné avec la réserve le droit d’entraîner les A de Barcelone, commençant à façonner des talents qu’il amènera au sommet, en reconstruisant au passage une équipe qui n’avait plus rien d’une machine au départ de Rijkaard. L’édifice a perduré sous Vilanova et garde des traits encore visibles (Mascherano défenseur central par exemple, au-delà de l’évolution de Messi), que le jeu plus direct tend à masquer.

 

Au Bayern, il est arrivé dans un club qui avait tout gagné, une machine vue comme invincible après sa démonstration face à… Barcelone, en demi-finale de Ligue des champions, quelques mois plus tôt. Dominatrice cette année-là, la formation munichoise était effectivement très forte tandis que ses adversaires étaient un peu moins bons. Sa marge n’était toutefois pas aussi grande que l’on peut le penser: victorieuse 3-2 en Coupe contre Stuttgart puis 2-1 en finale de C1 à une minute de la fin face à une équipe de Dortmund privée de son guide Mario Götze (après avoir franchement tremblé contre Arsenal en huitièmes), elle sortait d’une année sans titre – avec déjà un jeu plutôt orienté possession et qui butait parfois sur des blocs, notamment sur une équipe de Chelsea alignant Gary Cahill, David Luiz, José Bosingwa et Ryan Bertrand – et n’avait pas eu de blessures à déplorer au printemps. Cela ne remet pas en cause sa grandeur, mais nuance l’idée que cette équipe était trop forte pour ses adversaires. Trop forte pour être changée.

 

Pep Guardiola l’a pourtant transformée, faisant venir des joueurs et en obligeant d’autres à partir. Il a repositionné, joué avec les systèmes de jeu, changé la philosophie. Subi des revers, comme celui de cette année, mais aussi écrasé deux championnats. Fidèle à ses principes, il n'a pas évolué, s'est entêté malgré les contretemps. Pourquoi l'aurait-il fait, lui qui a tant gagné de la sorte, alors qu'aucun autre modèle n'a montré une efficacité absolue? Il avait été pris pour faire passer un cap au Bayern – équipe qui n'a pas le blindage dans le sang, ce qui ne s'improvise de toute façon pas en mai pour deux matches – et, dans un sens, il a accompli sa mission. On n’est pas du tout dans une réussite totale, mais on n’en était finalement pas si loin. L’héritage sera jugé à son départ et l’on se rappellera toujours de ce Bayern comme d’un colosse aux pieds d’argile. Mais la défaite de Pep face à sa maison de toujours est footballistique, pas philosophique.

 

Réactions

  • Zorro et Zlatan fouillent aux fiches le 13/05/2015 à 09h33
    Et puis finalement, cette défaite de Guardiola, c'est avant tout une débâcle de Bielsa. Si Guardiola s'était davantage inspiré de Baup, on en serait pas là. Bielsa, démission !

    Sinon j'ai dû regarder que les premières soixante minutes du match d'hier, et je vais enfoncer une porte ouverte (et excusez le manque de profondeur d'analyse), mais ce qui m'a surtout marqué c'est à quel point le trio d'attaque barcelonais a parfois l'air d'être à l'entraînement. La défense du Bayern y était sans doute pour quelque chose, notamment sur les hors-jeu et le marquage dans les derniers mètres, mais franchement quand Messi, Suarez et Neymar font des petites feintes, des coups du chapeau, jouent à une touche de balle autour, au-dessus, à gauche, à droite de la défense, c'est hypnotique et je vois mal qui pourrait les empêcher de faire ce qu'ils veulent. Ces types sont non seulement sacrément doués avec leurs petons, mais ils ont tous les trois une intelligence de jeu absolument hallucinante.

  • El Matheux d'Or le 13/05/2015 à 10h28
    C'est évidement le cas, mais je nuancerais en disant qu'ils ne se sont pas foulés dans les tâches défensives, surtout dans ce match qu'ils entamaient avec 3 buts d'avance, avec la rentabilité du but marqué à l'extérieur qu'on connait. Du coup, ils paraissaient assez décontractés en effet, mais il faut rappeler que Barcelone a quand même concédé une vingtaine d'occasions dans le match, dont une dizaine assez dangereuses, avec 3 buts et 3 arrêts énormes de Ter Stegen.

  • Tonton Danijel le 13/05/2015 à 11h49
    Ne pas oublier que quand le Bayern de Heynckes avait laminé 7-0 sur les deux matchs ce même Barça, c'était une équipe moins forte avec le seul Messi du trio magique, qui était fortement diminué par les blessures. D'ailleurs le Barça était passé par un trou de souris au tour précédent contre un PSG plus faible que celui qu'ils ont affronté en quart.

    Je continue à penser que le Guardiolisme peut s'exporter en Bavière, d'ailleurs son équipe survole la BL avec une constance remarquable (certes, loin d'être exceptionnelle pour le Bayern). Ils sont sacrés de plus en plus tôt, et ce n'est pas que la Bundesliga se soit particulièrement affaiblie (ils ont qualifié 4 représentants sur 4 en huitième de finale de Ligue des Champions pour la deuxième année consécutive)

    Et bien sûr, les blessures de Robbery comme les nombreuses absences parisiennes lors du quart de finale me laissent une certaine frustration, sans mésestimer le talent des hommes de Luis Enrique, j'aurais salivé davantage devant leur parcours face à des équipes plus complètes.

  • Maniche Nails le 13/05/2015 à 14h20
    Article instructif tant pour les aspects tactiques que statistiques, merci. Par rapport à la non mention de Ribéry dans le paragraphe "Plusieurs êtres vous manquent", c'était pour éviter d'être redondant où t'estimes que c'est pas un joueur clé dans le dispositif de Guardiola ?

  • Radek Bejbl le 13/05/2015 à 14h53
    Un peu des deux. Son rôle est essentiellement celui de Robben, à ceci près que le Néerlandais est actuellement bien plus fort. On peut considérer Arjen comme un Messi un peu cheap, moins complet mais qui possède la même capacité à prendre le ballon pour aller marquer (et qui mobilise 3-4 adversaires). Ribéry était mon Ballon d'Or moral il y a deux ans mais ne peut actuellement pas prétendre au même niveau.

    Guardiola n'a pas nécessairement besoin d'avoir deux joueurs avec un profil déséquilibrant : un ailier foufou et un autre plus dans le contrôle (genre Thiago en meneur excentré occupant la zone) ça va très bien. C'est une version offensive de l'équilibre défensif "classique" avec un latéral offensif et l'autre conservateur, à la Abidal/Alves. Et, au-delà de ça, je ne voulais pas citer tous les blessés (j'ai aucune idée de ce que Badstuber au top ferait à la place de Benatia) pour ne pas que ça verse dans la justification.

  • Ibranche le 13/05/2015 à 15h29
    Super article en tout cas