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Je me souviens des doigts coupés de Raymond Kopa

Il nous a quittés il y a quelques jours. Un poème ouvrier pour Raymond, l'artiste dribbleur du grand Reims et de l'immense Real.

Auteur : Joseph Ponthus-Le Gurun le 7 Mars 2017

 


Écrire (à) l’usine #35

 

Je me souviens des doigts coupés de Raymond Kopa à qui j’avais serré la main il y a plusieurs années de ça
C’était au marché de Noël de ma Reims natale
Place d’Erlon au milieu des cahutes interchangeables qui proposent champagne moutarde jambon vinaigre douceurs du coin
Ou ocarinas singes en cristal churros bracelets brésiliens comme partout ailleurs
Le Raymond buvait une coupe bon pied bon œil à la cahute du Stade
J’avais mis quelques secondes à le reconnaître
"Eh, mais vous êtes Monsieur Kopa! Je peux vous serrer la main?
- Mais bien sûr, jeune homme…"

 

Je me souviens de sa poignée de main et que des doigts lui manquaient
Gamin élevé dans la mythologie du grand Stade je me suis dit "Ah bien sûr sa jeunesse à la mine l’accident quand il avait 16 ans" et tout ça dont on m’avait rebattu les oreilles
Roger Marche le sanglier des Ardennes
Dominique Colonna qui avait repris le bureau de tabac rue de Vesle
Francis Méano fauché dans un accident de bagnole et sa tribune au stade Auguste Delaune où on allait quand on avait des sous et pas en pesage dans les virages de l’ancien vélodrome
Et Kopa et son accident quand il descendait gamin à la mine

 

Rentré à la maison Je criais: "Maman! Maman!!! J’ai vu Kopa, je lui ai même serré la main…"
Cinquante ans après ses exploits
Kopa vendait encore du rêve

 

À l’abattoir où je bosse comme intérimaire depuis un mois
J’en serre
Des mains fauchées
Au vestiaire
Je vois
Des jambes de bois
Que des gars enfilent avant de mettre leur blouse et leur cotte de maille

 

Cette semaine
A l’abattoir
On m’a changé de poste

 

Je ne nettoie plus la merde les panses les cornes le sang le gras la mort des bovins
Je déplace des carcasses suspendues en hauteur à des rails
Un boulot physique
Ce sont des quarts de bœuf
Soit environ cent kilos le quartier
Je pousse les carcasses par huit
Je fais des gestes de pilier de rugby et de chef de gare qui aiguille ses carcasses et les oriente et les pousse vers les lignes "commandes supermarché" "désossage" "prêt à découper" ou autres voies de garage

 

Je me suis pris une carcasse sur la botte de sécurité
J’avais mal fait mon aiguillage
Le pied gauche est noir et violet malgré la coque – heureusement qu’elle était là sinon le tran-chant de la carcasse me rendait infirme

 

À l’abattoir
On me parle d’une longue mission
Je demande pour combien de temps au chef
Il me répond "Tant que tu seras gentil"
J’ai demandé un acompte pour deux semaines de boulot étant encore à la dèche
Il est vrai que la paie est plus que sympa

 

Malgré les doigts coupés
Les jambes de bois
Le pied que j’ai failli perdre
L’abattoir vend du rêve
Comme Kopa qui joue au ballon en rentrant de la mine
Comme moi qui écris en rentrant de l’usine

 

Allez Raymond
Je bois un coup à la santé de tes doigts coupés
De la main coupée de Cendrars
De la tête trépanée d’Apollinaire
De mon pied sauvé par une coque en métal
Au bar des amputés des travailleurs des mineurs et des bouchers

 

In memoriam Jean-François Cornet

 

Réactions

  • Cush le 07/03/2017 à 12h34
    Magnifique texte. Merci.

  • osvaldo piazzolla le 07/03/2017 à 18h40
    Je plussoie !

  • dugamaniac le 07/03/2017 à 20h08
    J'ai pas compris d'où vient ce joli texte?

    "Écrire (à) l’usine #35" , c'est quoi?

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