GLT : un nouveau bug contre son camp

Une Balle dans le pied – Le nouveau dysfonctionnement de la Goal Line Technology constaté à Bordeaux (à cause du maillot trop jaune de Carrasso…) pointe les failles et les paradoxes d'un dispositif qui n'accomplit pas ses promesses.

 

 

Le match de Ligue 1 Bordeaux-Rennes, ce week-end, a été le théâtre du troisième incident significatif lié à l'usage de la Goal Line Technology depuis sa mise en œuvre dans divers championnats depuis deux saisons. La montre de l'arbitre central Sébastien Desiage a vibré à la 44e minute, indiquant que le ballon était entièrement entré dans la cage bordelaise au moment où le gardien Cédric Carrasso se saisissait de celui-ci, pourtant nettement devant la ligne de but. Sébastien Desiage a heureusement choisi d'ignorer l'alerte et de ne pas valider ce but virtuel, au grand soulagement du gardien des Girondins.

 

Selon le prestataire GoalControl, son technicien, dans son car-régie, a constaté immédiatement le bug sonore et a vérifié que les données de visualisation n'indiquaient pas un but, avant d'en informer les arbitres et d'avancer une cause : la couleur jaune fluo du maillot du portier a interféré et induit le système en erreur. L'explication est pour le moins ésotérique, et elle expose une faille importante si vraiment un facteur aussi anodin a perturbé le dispositif.

 

Le directeur général de GoalControl France, Carlo Murinni, confirme que le technicien a situé l'origine du dysfonctionnement dans "l’altération d’un paramètre qui sert à accentuer l’intensité des couleurs pour mieux les différencier, lors de la procédure d’implémentation des données du stade" (procédure qui se déroule avant chaque match). Carlo Murinni déclenche une salve préventive: "Le bug a été identifié rapidement et écarté définitivement", une mise à jour a été effectuée pour tous les dispositifs, une nouvelle procédure de contrôle mise en place. "Ce type d'incident ne pourra donc en aucun cas se reproduire". Mais ces assurances n'effacent pas les doutes nés d'incidents récurrents.(…)

 

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6 commentaires
osvaldo piazzolla

Evidemment la technophilie béate (doublée de l'agenda des médias audiovisuels de supplanter l'arbitrage) est ridicule, mais je crois nécéssaire, pour ne pas passer pour un technophobe grincheux, que la critique technique ne mette pas dans le même sac deux technologies (les deux systèmes qui se partagent le marché) qui n'ont rien à voir jusque dans leurs principes physiques de fonctionnement.

Jamel Attal

Il me semble que dans cet article, j'ai vraiment ménagé les points de vue en défense de cet outil, avec des citations consistantes du représentant de GoalControl et de l'arbitre de L1. Les arguments en défaveur de la GLT procèdent du constat de dysfonctionnements vraiment embarrassants, pas d'une position technophobe. Maintenant, je serais tout à fait enclin à t'écouter détailler les différences techniques entre ces deux outils – différences dont j'ai toutefois quelque idée. L'ironie est que ces deux systèmes différents ont produit exactement la même erreur de jugement (pour des causes forcément distinctes, certes) en déclenchant le signal pour un ballon à cinquante bons centimètres de la ligne de but, alors que la situation ne présentait pas de difficulté d'interprétation (au point que les arbitres ne s'y sont heureusement pas trompés).

osvaldo piazzolla

je ne crois pas que ta posture soit technophobe, et je pense être sur la même longueur d'onde que toi sur ce sujet. Je veux juste exprimer que, rhétoriquement, une dénonciation globale de technologies différentes prête le flanc à l'accusation de "technophobie grincheuse". Le fait que, selon les championnats, on fait appel à des technologies différentes (l'une optique et l'autre magnétique si j'ai bien compris) me semble assez important pour être souligné, parce que, de facto, la mise en oeuvre de la détection du franchissement de ligne par la balle va être conçue, testée, déterminée, jugée différemment selon les situations. Scientifiquement, il est donc probable que les avantages et les inconvénients des méthodes, leurs failles, ne soient pas les mêmes. Mais il est aussi intéressant que ces différences sont invisibilisées. je ne peux évidemment pas répondre à ton désir (caustique) de détails, je n'en suis pas un spécialiste. Il est probable que les contrôles qualités des deux systèmes soient des secrets plutôt que des publications ouvertes (un peu comme les définitions des métriques utilisant les données chez Opta) et c'est justement intéressant comment cette "promesse techno scientifique" s'enferme dans une opacité et rend (comme tu le soulignes) les discours volontaristes et rassurants d'autant plus ridicules. C'est également drôle que chaque championnat décide tout seul de son système et du marché qui va avec, plutôt qu'une décision globale de la FIFA par exemple. Bref, ce que je veux dire, c'est qu'on aurait intérêt à souligner cette différence dans une analyse critique de la GLT. Dénuder les technologies plutôt que les invisibiliser. (Mais je suis d'accord que c'est plus facile à dire qu'à faire)