Boutique

boutique

Classement en relief

classement en relief

Les brèves

Je crois que bon bon

"Laurent Blanc à Lyon, ça ne colle pas pour deux raisons" (foot01.com)

Aucun

"Euro U17 : qui sont les joueurs majeurs de l'équipe de France ?"

Autobiographie

"Ribéry : Des débuts fracassants." (lequipe.fr)

Ô Pep !

"Un pays africain rêve de Bruno Genesio !" (dailymercato.com)

Ruuuuuuuuuuuuuuuuuuud van Nistelrooy

"PSV Eindhoven : Ruud van Nistelrooy prolonge sur le banc des U19." (lequipe.fr)

Surprises sur prise

"Fin de saison électrique au PSG." (lemonde.fr)

Pablo prix cassé ?

"Bordeaux : l’avenir de Pablo en suspens." (footmercato.net)

Syntaxe à Rohr

"Dimitri Payet : 'Bien sûr qu'on a encore plus qu'avant pas le droit à l'erreur'." (lequipe.fr)

Kermit l'aigre nouille

"L'ancien Rennais Kermit Erasmus frappe violemment un adversaire en plein match." (lequipe.fr)

Benny Hill, le gif

"Rudi Garcia : 'On court encore plus derrière les autres'." (lequipe.fr)

Le forum

Tout en haut du Nou Camp

aujourd'hui à 21h58 - fireflyonthewater : Ce qui n'est vraiment pas le cas de Busquets >>


Paris est magique

aujourd'hui à 21h52 - gurney : Classicoaujourd'hui à 15h28Il manque le retour contre Manchester ou il avait été fabuleux ! >>


Manette football club

aujourd'hui à 21h50 - Flo Riant Sans Son : @DaniIl faudra que tu nous dises. Au pire tu boiras un fiole ail peu d'envoyer une robe de feu! >>


Fussball chez nos cousins germains

aujourd'hui à 21h39 - magnus : Diable! >>


Foot et politique

aujourd'hui à 21h39 - sehwag : C'est cool si tu y vois clair, moi plus du tout au delà de : c'est la merde pour un temps... >>


Le fil dont vous êtes le héros

aujourd'hui à 21h21 - Le Meilleur est le Pires : Ca devient à la mode ce quart d'heure de battement, on se croirait au foot.(Mais ça m'a permis de... >>


Oh mon maillot

aujourd'hui à 21h07 - L'amour Durix : Argh ! Mes yeux, ils brûlent, ils saignent !Oui, je viens de voir le maillot d'échauffement de... >>


Futebol lusitano

aujourd'hui à 20h55 - Pascal Amateur : Ah, ah, mignon. >>


Les pseudos auxquels vous avez échappé ...

aujourd'hui à 20h21 - De Gaulle Volant : Qui qu’a l’seum >>


Le fil de butte avec ses potes en croco

aujourd'hui à 20h13 - L'amour Durix : (Hi, hi !) >>


Au tour du ballon ovale

aujourd'hui à 20h12 - lunatic XV : Je crains qu’on prenne un peu cher dance aux Anglaises.. >>


Feuilles de match et feuilles de maîtres

aujourd'hui à 19h32 - Milan de solitude : Rappel : la forme veut qu'un haïku français s'organise en trois vers de cinq, sept et cinq... >>


CdF Omnisport

aujourd'hui à 19h11 - 2Bal 2Nainggolan : La belle semaine espagnole continue pour la FDJ: crevaison de Mas ou pas, King Küng a démonté le... >>


Café : "Au petit Marseillais"

aujourd'hui à 19h07 - sul : Lucho Gonzealaiseaujourd'hui à 18h12Je nous voyais mal ne pas marquer aujourd'hui quand... >>


Merlus, Tango et Friture

aujourd'hui à 18h39 - Lionel Joserien : Moffi, Wissa, Laurienté c'est vraiment pénible sur les contres, même si le dernier semble un peu... >>


L'empire d'essence

aujourd'hui à 18h37 - Run : Ah bah ils ont la main, un en soft, un en dur, avec une voiture plus rapide... >>


Sport et santé

aujourd'hui à 16h19 - Gouffran direct : Au collège, quand les petites frappes nous coursaient et reprenaient leur souffle avant de... >>


Bréviaire

aujourd'hui à 15h58 - Delio Onnisoitquimalypense : ravios "ça part de là!", le bien et le mal Volonté de Cuisance Généalogie de l'Amoros Le cas... >>


Habitus baballe

Pour causer socio, éco, sciences-po, anthropo, histoire-géo, philo, épistémo, Adorno, filporno, Bernard Pardo...

Classico

24/02/2021 à 15h26

Il y a évidemment un abime entre le travail d'arrière boutique et l'expression médiatique, et on ne peut pas reprocher au sociologue s'exprimant dans les médias de ne pas sourcer ou quantifier suffisamment ses affirmations : le curieux peut aller se plonger dans ses publications sérieuses pour trouver ce matériel.

Le problème est ce qui se fait dans cette arrière boutique. On y trouvera évidemment des sources, des enquêtes, des chiffres à l'appui des thèses soutenues par le chercheur. Mais on y trouvera aussi, dans un maillage très serré, des créations conceptuelles, des conclusions audacieuses ou des interprétations de données qui ne sont absolument pas soumises à des processus de vérification scientifique. Et tous ces travaux, dans un champ déterminé de recherche, se citant entre eux à l'appui de leurs affirmations, sans parler des processus de mimétisme et de la part de militantisme politique qui dynamise la recherche mais crée des phénomènes de conformisme ideologique, on obtient au final quelque chose de souvent très stimulant intellectuellement, mais dont la prétention à la scientificité relève de la plaisanterie.

Mais plus personne ne fait de l'épistémologie aujourd'hui, donc tout le monde s'amuse à y croire.

Utaka Souley

24/02/2021 à 15h51

Encore une fois, je suis d'accord avec Classico. J'ai entendu l'autre soir des justifications à base de "des thèses ont été écrites", ou bien "ces travaux ont donné lieu à publication dans des revues à comité de lecture", voire même "En soutenant ceci, vous insultez les auteurs d'un grand nombre de mémoire de mastère".

Si on est presque certain qu'il est nécessaire de faire évaluer par ses pairs les travaux de recherche que l'on produit, on est aussi absolument certain que cela n'est pas suffisant pour garantir le qualité de cette recherche.

leo

24/02/2021 à 15h53

Le génie se meurt ? Ah mais l'mage rit
aujourd'hui à 11h15

(franchement ils sont forts ces portugais à trouver que tout trouve son origine au Portugal des tempuras aux ukulélés).
---

Alors que tout le m... euh les gars de l'institut catalan Nova Historia savent bien que Colomb était en fait catalan, comme De Vinci, Cervantes et Shakespeare (et pour cause, l'auteur de Don Quichotte et celui d'Hamlet sont en fait tintintin... la même personne !)

Jamel Attal

24/02/2021 à 17h16

@Classico / Utaka Souley
Je veux bien croire qu'il y a un déficit d'épistémologie (qui n'a cependant rien de spécifique aux sciences sociales), mais je pense que la validation par les pairs fait son travail et le temps son œuvre.

On n'échappe pas à des vogues intellectuelles, à des engouements médiatiques, à des validations circulaires, mais il finit par y avoir un écrémage (même s'il reste toujours des œuvres et des travaux méconnus à réhabiliter et d'autres à remettre à une place plus modeste). De toute façon, rien n'est jamais figé, tout est constamment l'objet de luttes.

Il me semble que ce problème est fort mineur, aujourd'hui, en regard de la détestation-méconnaissance-dénigrement des sciences sociales, une très vieille tendance bien connue des régimes réactionnaires, autoritaires et totalitaires, malheureusement réactualisée dans les régimes illibéraux contemporains et jusque dans notre belle République.

Ce que je désignais au travers des polémiques sur la "théorie" du genre, l'intersectionnalité ou l'islamogauchisme, c'est une exécration des sciences sociales au réel motif (inavoué) qu'elles étudient les discriminations.

blafafoire

24/02/2021 à 17h52

lemon
aujourd'hui à 11h28

"Mon questionnement n'est pas tant sur le fond de ce qu'il dit, je serais resté sur le filpo sinon, mais sur ce qu'il propose, à savoir un storytelling absolument pas sourcé. Aucun chiffre, aucune analyse et un enchaînement d'assertions qu'il ne cherche même pas à démontrer. "

Quand tu lis une itw d'un physicien, tu t'attends à y retrouver toutes les sources et preuves de ce qu'il expose ou tu fais ça juste quand c'est un sociologue ? Et si l'exposé du sociologue en question recoupait exactement tes propres idées et expériences, tu te poserais les mêmes questions ?

Raspou

24/02/2021 à 19h09

C'est intéressant, le cas de Hicham Benaïssa (je ne connaissais pas, hein, je suis seulement allé regarder ses publis). Je ne veux pas discuter du fond de ce qu'il dit, seulement illustrer ce que ça peut être d'être "sociologue" et ce que ça peut être de "faire de la sociologie".

HB n'est pas un chercheur académique, i.e. un chercheur ou un enseignant-chercheur employé par une institution de recherche. C'est ce qu'on appelle un "sociologue praticien", c'est-à-dire grosso modo un consultant en sociologie qui fournit des prestations à des structures publiques ou privées. Je mettrai plus bas un extrait d'un de ses articles où il l'explique lui-même très bien.

Son appartenance au GSRL (Groupe de Sociologie des Religions et de la Laïcité) n'est pas au titre de chercheur statutaire mais de docteur associé, c'est-à-dire que c'est un titulaire d'un doctorat en socio qu'on a invité à participer aux travaux du groupe.

Ca n'a rien d'une critique de ma part, je pense que c'est très bien qu'il y ait des ponts entre la recherche purement académique et la recherche "grise" qui se fait dans d'autres cadres. C'est juste qu'il faut savoir qui est qui.

(Parenthèse pour Manx sur le GSRL: c'est le labo créé par Jean Baubérot, chercheur tout à fait éminent mais évidemment pas "neutre" sur la question de la laïcité. Là aussi ce n'est pas un problème - personne n'est "neutre", même axiologiquement, mais c'est bien de situer les gens.)


Maintenant sur la méthode: oui, en sociologie, tu travailles sur des données... Données d'enquêtes quanti que tu collectes toi-même ou auxquelles tu as accès; données quali que tu collectes toi-même après avoir construit ton échantillon. On ne va pas refaire un cours d'intro à la sociologie, mais les données et le terrain sont une différence fondamentale entre un travail de sociologue et la réflexion d'un gars dans son canapé qui repense très fort à ce qu'il a vu dans le métro ce matin-là. Toute une partie de n'importe quelle publication doit expliquer d'où viennent les données et comment elles ont été collectées.

A sa façon, HB illustre dans deux de ses publications les différences très importantes qu'il peut y avoir entre deux travaux qui relèvent tous deux de la "sociologie":

- Dans son article "Islam et capitalisme. Les entrepreneurs musulmans en France" (Entreprises et Histoire n°81), HB s'intéresse aux rapports entre le religieux et l'économique au sein d'une population d'entrepreneurs musulmans. Il explique au début de son article comment il a procédé pour recueillir ses données:

"À partir d’un fichier représentatif des entreprises de 0 à 99 salariés installés sur la région ile de France, nous avons sélectionné les entrepreneurs « musulmans » selon la méthode patronymique. À ce stade, le « musulman » est uniquement sociologique, rien n’indique qu’il l’est réellement. Ce n’est qu’une fois le contact établi que répondaient à notre questionnaire uniquement ceux qui se définissaient comme musulmans. Comme la France n’a aucune donnée officielle sur la répartition par âge, sexe, catégorie sociale, etc., des groupes communautaires, et a fortiori du nombre d’entrepreneurs musulmans, ceci ajouté aux difficultés que nous avons éprouvées à approcher notre cible, la méthode patronymique nous est apparue la moins coûteuse et sans doute la plus efficace. De cette extraction nous avons déduit un fichier théorique, répartissant selon le sexe, le département et le secteur d’activité le nombre d’entrepreneurs musulmans sur la région. Ensuite, utilisant la méthode des quotas, nous avons interrogé en face à face un échantillon de 150 entrepreneurs présentant les caractéristiques structurelles définies au préalable. Nous avons confronté ces résultats à un sondage court mené par téléphone auprès de 150 entrepreneurs non-musulmans. Enfin, notre enquête statistique s’est accompagnée d’une trentaine d’entretiens qualitatifs semi-directifs d’une heure et demie réalisés auprès de notre cible principale."

- Dans son article "Genèse de la problématisation de la religion au travail: de la promotion de la diversité à la gestion du fait religieux" (Sociologies pratiques n°39), HB explique aussi sa démarche, qui est... différente:

"À partir de ma propre trajectoire de stagiaire « diversité », puis de chargé d’études « diversité et fait religieux » et enfin de consultant-chercheur auprès d’entreprises, collectivités territoriales, associations sur toutes les questions liées à la gestion du fait religieux, je souhaite précisément examiner les mécanismes sociaux, juridiques, institutionnels par lesquels, peu à peu, la thématique de « la religion au travail » a émergé. Ma réflexion est ainsi inséparablement un travail d’enquête, un retour réflexif sur mes différentes expériences dans le domaine des politiques « diversité » de grandes entreprises, sur mes nombreuses interventions et formations sur le sujet de la gestion du fait religieux, ainsi qu’un travail d’analyse sociohistorique consistant à intégrer mes différentes activités professionnelles dans le cadre d’un champ social précis qui les a déterminées."


Chez un même auteur tu peux donc te retrouver avec deux travaux, tous les deux publiés, dont l'un relève d'un travail d'enquête structuré et l'autre principalement d'une réflexion sur sa propre trajectoire. Je ne veux pas nécessairement disqualifier le second, ni dire que le premier est forcément bien mené (tu peux biaiser aussi bien ton travail d'enquête que l'analyse que tu en fais), mais je trouve quand même difficile de mettre les deux sur le même plan.

Le problème, qui n'est absolument pas réservé à la sociologie, c'est très vrai pour toutes les sciences qu'elles soient dures ou molles, c'est que personne ou presque ne soulève le capot pour savoir ce dont on cause, si l'interview du gars s'appuie sur dix années d'enquête à grande échelle ou sur une réflexion sur sa propre trajectoire. Les journalistes sont en général particulièrement nuls pour ça, ils reprennent les conclusions de l'abstract sans du tout s'intéresser au dispositif qui a permis la production de résultats. Et du coup, effectivement, l'argument "ça vient d'un article publié" peut être brandi comme un argument d'autorité alors que ça devrait n'être que le début de la discussion, pas sa fin.

Classico

24/02/2021 à 19h20

Jamel Attal
aujourd'hui à 17h16

Il me semble que ce problème est fort mineur, aujourd'hui, en regard de la détestation-méconnaissance-dénigrement des sciences sociales, une très vieille tendance bien connue des régimes réactionnaires, autoritaires et totalitaires, malheureusement réactualisée dans les régimes illibéraux contemporains et jusque dans notre belle République.

Ce que je désignais au travers des polémiques sur la "théorie" du genre, l'intersectionnalité ou l'islamogauchisme, c'est une exécration des sciences sociales au réel motif (inavoué) qu'elles étudient les discriminations.

---------

Oh, honnêtement, je trouve que tu y vas très fort sur ce coup. Le parallèle avec les régimes autoritaires me semble vraiment foireux là. Tu disais, et sûrement à raison, que le déficit d'épistémologie ne concerne pas seulement les sciences sociales, mais de la même manière la dévalorisation du travail intellectuel, dans une société qui glorifie le personnage mythique de l'entrepreneur instinctif, ne les concerne pas seulement non plus. Songe seulement à l'effondrement du prestige social de l'enseignant, attesté dans de nombreux travaux.

Cela dit, il est vrai qu'on sent une antipathie particulière à l'égard de la sociologie. Elle n'est pas générale, et des mots comme "détestation" ou "exécration" me paraissent très excessifs. Tu proposes l'idée que cette irritation vague viendrait de ce que les sciences sociales étudient les discriminations. Cela sous-entend quelque chose comme : les gens veulent continuer à discriminer tranquilles, sans qu'on y regarde de trop près. C'est une hypothèse cruelle, mais pourquoi pas.

Ce n'est pas exactement ce que je sens, personnellement. Il me semble plutôt que ce qui irrite, ce n'est pas l'objet d'étude de la sociologie, mais c'est le personnage-type du sociologue - concaténation moyenne et caricaturale des sociologues réels qui arpentent les débats médiatiques. Ce personnage-type apparaît comme extrêmement suffisant. C'est qu'il se pare d'une double supériorité sur le tout venant : il plane au-dessus de l'échange d'opinions par les simples mortels sur les sujets de société, puisqu'il affirme posséder, lui, une connaissance scientifique de la société ; repeignant conceptuellement cette société comme une monstrueuse machine de domination, peuplée de monstres terrifiants comme la culture du viol ou le racisme systématique, il se place, lui, dans ce tableau peint opportunément par lui-même, du côté de la défense des dominés.

Et les gens sentent bien que cette double supériorité, dont se pare notre sociologue médiatique moyen, est quelque peu contradictoire, ou du moins, comment dire ? Trop belle pour être vraie ? Peut-être. Qu'il y a en tout cas beaucoup de choix idéologiques derrière tout ça, et que, par un système basique de vases communicants, que tout ce qu'il y a dans le panier de l'idéologie, du militantisme politique et des affects moraux, c'est autant de choses en moins dans celui de l'honnêteté scientifique.

"Une idée vient quand elle veut, non lorsque je veux", disait un philosophe allemand. Ca, c'est vrai pour une démarche intellectuelle parfaitement honnête. On ne choisit pas sur quoi on trouve des concepts forts. Lorsque les idées viennent lorsqu'on les appelle, lorsqu'on trouve toujours d'horribles situations de domination exactement là où on les cherche, avec pas grand chose pour les tempérer, lorsque les concepts s'agencent comme il faut pour nous permettre de jouer notre rôle dans la surenchère de la victimisation, il y a comme un doute sur la démarche globale.

Classico

24/02/2021 à 19h30

(je répète, à tout hasard, que je parlais évidemment d'une image caricaturale du sociologue de plateaux télé qui irrite les gens, pas des sociologues en général, bien évidemment)

suppdebastille

24/02/2021 à 20h16

Je me permets une parenthèse, j'ai visionné hier soir sur Arte le doc en 3 parties retraçant l'histoire du goulag.
Question aux profs d'histoire : vous l'avez conseillé à vos élèves ou vous l'avez regardé ensemble ?

Sens de la dérision

24/02/2021 à 20h51

Raspou
aujourd'hui à 19h09
[..]
Le problème, qui n'est absolument pas réservé à la sociologie, c'est très vrai pour toutes les sciences qu'elles soient dures ou molles, c'est que personne ou presque ne soulève le capot pour savoir ce dont on cause, si l'interview du gars s'appuie sur dix années d'enquête à grande échelle ou sur une réflexion sur sa propre trajectoire.
-----
C'est vrai que, globalement, les journalistes ne s'intéressent jamais à la source de ce qui est publié. Pire, il arrive parfois qu'il ne s'agisse même pas de véritable étude, en tant que "vrai étude" je parle d'une étude publiée dans un journal reconnu. J'avais débunké un jour un article comme ça repris dans toute la presse féminine.

Je ne connais pas vraiment le monde de la socio mais, dans le monde de la science dure, je ne crois pas qu'il y ait beaucoup d'articles basés sur la vie et l'avis de l'auteur, à part peut-être les éditos et encore. À lire une telle méthodo, j'ai l'impression d'être assailli par de gros warning rouges qui clignotent.

 

Jamel Attal

24/02/2021 à 21h01

@ Classico
C'est marrant, tu dis que ce qui irrite les gens, c'est la caricature du sociologue qu'ils ont eux-mêmes produite… Inévitablement, elle en dit infiniment moins des sociologues (catégorie pas du tout homogène, par ailleurs) que de ceux qui la mobilisent (lesquels manifestent généralement une spectaculaire méconnaissance de la sociologie).

Dans cette caricature, on retrouve en fait (mais complètement reconfigurées) les raisons bien connues pour lesquelles la démarche elle-même des sciences sociales heurte. En résumant grossièrement, cela tient pour l'essentiel à deux effets de dévoilement très redoutés sur (et qui tient aussi, en-deça de ce dévoilement, au simple intérêt porté à) deux pans de la vie sociale :
- les processus de domination ;
- tout ce qui relève de ce qu'on croit spontanément comme relevant de l'intime et du spontané (nos goûts culturels, par exemple, nos affinités amoureuses ou amicales, etc.).

Dans les deux cas, ce dévoilement (quasiment un attentat symbolique) est d'autant plus désenchanteur ou désagréable qu'il touche à des choses qu'on voudrait laisser dans le domaine de la "nature", de l'inné, du spontané.

[Parenthèse. Ce ne sont pas seulement "ceux qui discriminent" qui n'ont pas trop envie de regarder les discriminations en face ; et ce n'est pas une "hypothèse", c'est un intérêt objectif de leur part. Je maintiens que l'hystérie contre la "théorie" du genre, l'intersectionnalité ou l'islamogauchisme traduit presque exclusivement une panique morale à la seule idée que les discriminations soient étudiées. La motivation n'a rien à voir avec une critique des méthodes, des concepts ou des intentions : preuve en est l'ignorance totale de ceux-ci par les glapisseurs.]

Je reprends : on comprend pourquoi cela produit cette irritante impression de "surplomb" (traduit en sentiment de supériorité), alors que, donc, cela tient à la démarche elle-même.

Je ne dis pas qu'aucun sociologue ou étudiant en sociologie n'exprime de complexe de supériorité du fait d'avoir accès à ces impensés du monde social (faut avouer que ça a un côté gratifiant, quoique parfois difficile à vivre parce que c'est désenchanteur pour soi-même). Je vois des gens qui ont mal digéré ces enseignements, des bourdieulâtres et autres. Mais, en matière d'arrogance, j'ai vu infiniment pire chez des gens dont la formation relevait des sciences politiques, du droit, de l'économie ou des sciences "dures".

Dans leur majorité, les sociologues que je "connais" et apprécie sont modestes (notamment parce que la discipline apprend aussi l'humilité, si on suit bien les cours) et, surtout, ont presque tous une capacité à éclairer les problématiques sur lesquels ils ont travaillé qui contraste singulièrement avec l'appréhension de ces problématiques par les médias ou le monde politique – qui manifestent une ignorance particulièrement crasse quant aux sujets évoqués ici.

Là où je diverge encore, c'est sur les biais idéologiques ou militants que tu prêtes aux sociologues de manière apparemment automatique. Je ne dis pas qu'ils n'existent pas, mais un sociologue qui "n'objective pas le sujet de l'objectivation", qui ne commence pas son travail par l'étude de son rapport à son objet de recherches, fera un mauvais sociologue – ça, je l'ai appris en Deug. Une nouvelle fois, j'ai beaucoup plus de doutes sur la capacité de bien d'autres disciplines (qu'on accuse beaucoup moins de tels biais) à mener cette démarche essentielle.

---

Ce n'est pas un "parallèle" que je faisais avec les régimes réactionnaires, autoritaires, totalitaires et illibéraux, mais un constat : tous, ils expriment une détestation foncière des sciences sociales, et ce n'est évidemment pas un hasard.

Aujourd'hui, il suffit de voir toutes les velléités de les éjecter de l'université de la part des Trump, Orban ou Bolsonaro – ou plus largement et plus anciennement au sein des droites conservatrices ou ultralibérales. Et, chez nous, des membres du gouvernement – dont la ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche ! – s'emparent de concepts imaginaires forgés par l'extrême droite pour préconiser une purge au sein de l'université.