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Tricky

14/02/2020 à 19h32

Si je peux me permettre, inversement, les RCT de Duflo et al. escamotent complètement tout un tas de problèmes inhérents au design et à la nature même des RCT, très largement documentés et qu’il n’y a absolument aucune raison qu’on croise moins en économie que, disons, en médecine.

Gilles et jeune

15/02/2020 à 00h56

Oui mais puisqu'on te dit que ça marche, pleins de gens s'en servent et en veulent plus !

Balthazar

17/02/2020 à 13h22

Tricky
12/02/2020 à 00h55

Ah je ne suis vraiment qu’amour pour Fred Lordon (y compris dans son évitement de la parcimonie et ce petit ton sec), mais cette merveilleuse vidéo (l’X, fût ce la branche dissidente, après HEC, notre ami aime s’amuser) est bien l’énonciation de ce qu’on est bien moins dans l’appétence pour le sang, que dans un fatalisme un peu effrayé de ce qu’il finira par gicler.
---
Je le trouve assez ambigu sur ce point.
Il y a un moment troublant dans la vidéo, fascinant, même, c'est celui où, pour expliquer pourquoi il n'est pas "un homme d'action", il admet avoir peur... avant d'ajouter qu'il pourrait s'engager, mais protégé par le nombre ("au chaud", dit-il).

Balthazar

17/02/2020 à 13h26

Quand je dis "ambigu", je ne veux pas dire que je le soupçonne de cacher sa pensée véritable, mais qu'il ne m'a pas l'air d'être tout à fait au clair sur ce point.

Red Tsar

17/02/2020 à 14h04

Suite aux conseils de lecture des uns et des autres, j'ai lu la Condition anarchique puis, dans la foulée, Capitalisme, désir et servitude (au passage, merci aussi à ceux qui m'ont amené à lire l'opuscule de Kant et Mandeville, c'était très intéressant).

J'ai toujours des réserves envers lui sur la forme, mais aussi sur le fond. Je ne suis, par exemple, pas convaincu par sa théorie des affects, quand il l'applique au monde économique comme un modèle explicatif général. Mais je ne peux qu'admettre que :
1- c'est un réel intellectuel, avec à la fois une très grande maîtrise de ses sujets et une capacité à créer de nouvelles idées,
2- il n'est en rien pour un communisme étatique, par le haut. Il appelle au contraire à construire à partir d'expériences par le bas,
3- il n'est pas dogmatique au sens où il défendrait un modèle intangible. Ex. : il loue Marx sur certains aspects, mais il l'étrille sur d'autres (après, oui, il est "persuadé de lui-même", mais ce n'est pas ça du dogmatisme pour moi),
4- son modèle ne se fonde pas sur la violence.
Globalement, son tropisme spinoziste le pousse à des postures assez "douces" (et on pourrait le regretter...),
5- il prend acte des échecs des communismes soviétiques et alii. Il cherche justement d'autres formes d'émancipation du capitalisme. A ceux qui veulent le renvoyer à cela : songez qu'en URSS il aurait pu finir au goulag avec ce qu'il écrit.

ps : j'ai aussi lu le dernier Chapoutot cette semaine. Ceux qui ont voulu lancer les chiens de garde contre lui peuvent rappeler leurs bêtes : Much Ado About Nothing.

Red Tsar

17/02/2020 à 14h07

J'oublie un point important, au vu de certaines critiques émises contre lui :
6- il prend bien en compte la nature humaine, ses désirs, ses émotions, etc. C'est même justement son propos que de relire Marx à partir d'une théorie des affects tirés de Spinoza. Donc dire qu'il veut appliquer un modèle froid, "inhumain", qui ne tiendrait pas compte de la condition humaine me semble hors de propos (il faudrait soit ne pas l'avoir lu, soit ne pas l'avoir compris).

forezjohn

17/02/2020 à 17h18

C'est intéressant Red Tsar.

Ce qui est inquiétant c'est que ce n'est pas vraiment ce qui transparaît de ses billets que j'ai lus où il conclut souvent que la révolution est inévitable et que le bain de sang qui en découlera est un mal nécessaire voire la punition méritée de l'élite, sans que ça paraisse l'émouvoir particulièrement.

Red Tsar

17/02/2020 à 17h53

Comme toi, je ne connaissais que le Lordon des articles et j'en avais une vision assez différente. Peut-être qu'il adapte son discours au format qui lui est imposé et verse, selon les cas, plus ou moins dans la nuance ? Peut-être qu'il s'adapte au public supposé et à ses attentes, insistant sur certains éléments plutôt que d'autres ? Peut-être que son propos évolue dans le temps (j'avoue ne pas être assez admiratif du bonhomme pour aller faire sa chronologie) ? Ou peut-être que chacun d'entre nous le lit avec sa propre sensibilité ?

Redalert

17/02/2020 à 21h19

forezjohn
aujourd'hui à 17h18

C'est surtout que toute personne qui aspire à un changement radical de modèle de société (aka Révolution) doit être conscient que ça se fera dans un bain de sang.
Tous ceux qui détiennent aujourd'hui les rênes du pouvoir (élites politiques, grandes entreprises...) ne les lâcheront pas de gaieté de cœur et ceux qui seront « poussés » vers l'abattage de tous les « puissants » seront dans un état d'esprit sans limite morale (sinon ils ne voudraient pas changer de société).

Ce n'est pas être pour un bain de sang que d'avoir conscience de ça mais on ne peut vouloir ce changement radical en pensant qu'il se fera la fleur au fusil au son des violons. Et je pense que les pudeurs de gazelle que tu as senti Red, c'est le côté non-violent à titre personnel de Lordon.

Balthazar

21/02/2020 à 12h24

[Introduction à la métaphysique de Heidegger (ou Balthazar à la poursuite de l’être)]

1) Résumé des épisodes précédents (qui eurent lieu sur le fil littéraire, essentiellement pp.997-998, puis p.1002, et enfin pp.1006-1007) :
En avril dernier, par curiosité et par jeu, j’ai soumis à la sagacité de la communauté cédéfiste quelques lignes de Heidegger qui me paraissaient inintelligibles. Classico s’est employé à me montrer qu’elles ne l’étaient pas, du moins pas pour tout le monde, et il s’en est suivi un dialogue au cours duquel j’ai pu étaler sans pudeur (heureusement sous un faux nom) mes limites intellectuelles.

Comme je peinais à saisir la notion d’être, Classico m’avait suggéré de lire, de Heidegger, l’Introduction à la métaphysique, m’assurant que ce texte était « relativement accessible ». Je m’étais promis de suivre le conseil et de venir dire si, oui ou non, j’avais vu ou cru voir remonter l’être « comme un bouchon de liège maintenu au fond d’une bassine d’eau en jaillit lorsqu’on le relâche ».

2) J’ai donc lu l’été dernier cette Introduction à la métaphysique. Je m’excuse auprès de ceux qui auraient apprécié un compte rendu ordonné et détaillé : en dehors de quelques griffonnages dans les marges, je n’ai pas pris de notes, et mes souvenirs se sont un peu estompés ; je me propose donc seulement de réunir sans beaucoup d’ordre quelques remarques que je me suis faites au fil de ma lecture.

Commençons peut-être par révéler ce que les plus perspicaces auront deviné tout de suite : Classico a un petit peu exagéré lorsqu’il a qualifié l’ouvrage d’accessible (il était même allé, dans le feu de la conversation, jusqu’à dire : « très très lisible »). Le texte fourmille de passages de ce genre :

« L’étant dans son ensemble est, en tant que perdominance, le prépotent, deinon [en caractères grecs dans le texte, en espérant que mes transcriptions soient correctes] au premier sens. Or l’homme est d’abord deinon en tant que, appartenant par essence à l’être, il reste exposé à ce prépotent. Mais l’homme est en même temps deinon parce qu’il est le faisant-violence. (Il rassemble le per-dominant, et le pro-duit en une patence.) L’homme est le faisant-violence, non pas en plus d’autre chose et à côté d’autre chose, mais seulement en ce sens que, en raison de sa situation active dans la violence (Gewalt-tätigkeit), et en cette situation, il exerce la violence contre le pré-potent. » (p.157, édition Tel Gallimard)

Alors c’est comme l’eau de la mer, hein, quand on est dedans elle est bonne, enfin, ça va, quoi… mais au bout d’un moment on se dit qu’on serait tout de même mieux sur la plage. Autrement dit : plongé là-dedans j’avais l’impression d’en saisir plus que maintenant, mais, même à ce moment-là, il est certain que beaucoup de choses m’échappaient.

Il faut reconnaître que d’autres passages sont parfaitement clairs. Le contraste entre ces deux types de passages est d’ailleurs curieux, d’autant que, pour ce que j’en comprends, Heidegger n’est pas plus intelligent, plus complexe ou plus profond là où il est le plus difficile à suivre.

3) De quoi s’agit-il ? L’Introduction à la métaphysique est la transcription, en quatre chapitres, d’un cours prononcé par Heidegger en 1935. Il s’agit d’examiner la question suivante : « Pourquoi y a-t-il l’étant et non pas plutôt rien ? » Les premières pages sont claires, intéressantes et convaincantes. Heidegger montre en quoi cette question diffère de toutes les autres et prime sur toutes les autres. Il affirme que c’est chez les Grecs que ce questionnement s’est déployé pour la première fois. « (…) on nommait l’étant phusis. (…) La phusis est l’être même, grâce auquel seulement l’étant devient observable et reste observable ».

La suite du premier chapitre (intitulé « la question fondamentale de la métaphysique ») est une explicitation de cette question. Heidegger y remarque : « (…) lorsque nous voulons saisir l’être, c’est toujours comme si nous refermions la main sur le vide ». Si Heidegger s’en tenait à ce constat, ajoutant seulement que, malgré tout, c’est notre tâche de continuer à vouloir saisir l’être, de persister à nous poser la question fondamentale à laquelle nous ne pouvons pas répondre (ce qui n’est pas très loin, il me semble, d’être le point de vue de Wittgenstein sur la métaphysique), je crois que j’adhérerais à son discours. L’une des choses qui me déroute, c’est que non seulement il prétende dépasser la position que je viens de résumer, mais que, ce faisant, il rabat ce problème métaphysique, éternel, général, non seulement dans l’humain, mais dans le politique et l’historique :

« Que diriez-vous si les choses étaient telles que l’homme, que les peuples, dans leurs plus grandes affaires et machinations, aient bien une relation à l’étant, et cependant, soient tombés depuis longtemps hors de l’être sans le savoir (…) ? »

« Tomber hors de l’être », rien de ce qui précède ne me permet de comprendre ce que cela veut dire. En quelques lignes, Heidegger est passé d’un problème qui intéresse toute la Création (pour le dire en d’autres termes que les siens) à une interrogation sur le rôle des Allemands, « peuple métaphysique », coincé entre la Russie et l’Amérique, lesquelles représentent « la même frénésie sinistre de la technique déchaînée, et de l’organisation sans racines de l’homme normalisé » (p.49)

Dans le deuxième chapitre, Heidegger se penche sur « la grammaire et l’étymologie du mot « être » ». Je ne m’y attarde pas. L'analyse m'a paru solide.

Je passe encore plus vite sur le bref troisième chapitre, « la question sur l’essence de l’être », pour en venir à « la limitation de l’être », quatrième et dernier chapitre qui représente à lui seul plus de la moitié de l’ouvrage. Heidegger y oppose l’être, successivement, à quatre notions : le devenir, l’apparence, le penser, le devoir.

La troisième de ces distinctions fait intervenir la notion de logos. Heidegger s’y appuie sur Parménide, sur Héraclite et sur un extrait de l’Antigone de Sophocle. Il postule « une connexion originaire entre être, phusis et logos ». Attention, à ce sujet : il faut « nous libérer de l’opinion selon laquelle logos et legein signifieraient originairement et littéralement quelque chose comme la pensée, l’entendement, la raison. (…) Lego, legein, en latin legere, c’est le même mot que notre col-liger (cf. cueillir des cerises, collecte, récolte) ; la « lecture » n’est qu’une espèce du « colliger ». Ce mot signifie : poser une chose à côté d’une autre, les mettre ensemble, bref : rassembler ; dans cette opération les choses sont en même temps distinguées les unes des autres. » (p.132)

Il y a dans ces parages des points qui me laissent perplexes, mais je vais en parler plus bas.

À la fin de cette partie, Heidegger pose la question suivante : « Comment se présente le rapport entre phusis et logos à la fin de la philosophie grecque, chez Platon et Aristote ? », ce qui l’amène à examiner le concept d’ « idea, eidos » (p.184).

Je cite les passages qui m’ont le plus éclairé :

« Le passage de phusis et logos à « idée » et « proposition » a son fondement intérieur dans un passage de l’essence de la vérité comme non-latence à la vérité comme justesse. » (p.193) Si je comprends bien, nous sommes passés selon Heidegger d’une vérité de poète, pour ne pas dire de mystique, à une vérité de logicien.

« Depuis que l’idée et la catégorie ont inauguré leur règne, la philosophie s’évertue vainement à expliquer, par tous moyens possibles et impossibles, le rapport entre la proposition (le penser) et l’être ; en vain, parce que la question vers l’être n’est pas ramenée au fondement où elle prend racine, pour être déployée à partir de là. » (p.194)

Dans la conclusion du livre, Heidegger affirme ceci : « L’essence de l’homme doit être comprise et fondée, à l’intérieur de la question de l’être, et conformément à l’indication latente du commencement, comme le site que l’être exige pour soi, pour sa patéfaction. » (p.208).

En somme, si je reformule avec les mots imprécis qui me sont familiers, voici ce que je comprends : la Création « veut » (« exige ») un regard, une saisie, et c’est la tâche ou la fonction de l’homme de la lui fournir. En supposant fort audacieusement que je n’ai pas commis de contresens pur et simple, j’avouerai que cela me semble banal (peut-être parce que je suis né dans un monde où cette pensée s’est répandue) et gratuit.

(Plus haut, Heidegger avait noté ceci, qui pourrait être une justification de ce qui précède : « l’être-homme constitue manifestement un être sui generis à l’intérieur de l’étant dans son ensemble » – mais qui me paraît hautement discutable, quand bien même on réduirait « l’étant dans son ensemble » à l’infime fraction du monde que nous connaissons. Certes, à nos yeux d’homme, l’homme est « manifestement » un être sui generis. Mais à mes yeux de Balthazar, Balthazar est « manifestement » un être sui generis. Cet argument du « manifeste », autrement dirigé, mène droit au solipsisme.)

4) La question que vous vous posez tous, non pas comme le suggère Heidegger « pourquoi y a-t-il l’étant plutôt que rien » (la réponse est évidente et je vous la livre : parce que), mais : « est-ce que Balthazar a vu l’être » ?

Eh bien je ne sais pas vraiment. J’ai l’impression de comprendre (et même, dirais-je prétentieusement, d’avoir toujours compris) la question initiale. Et, en effet, de la perdre de vue, parfois, avant de la retrouver.

Mais d’un autre côté, je ne me défais pas de l’idée que « l’être », à force d’être manipulé dans tous les sens sous cette forme substantivée, finit bel et bien, dans certains énoncés de Heidegger, par devenir une espèce de truc solide, comme une pâte longtemps pétrie finit par s’assécher et durcir entre les mains. Et je ne crois toujours pas à la « réalité » de ce truc.

Heidegger non plus, en apparence : « « L’être » devient maintenant lui-même quelque chose qui « est », alors que manifestement il n’y a que l’étant qui soit, et que l’être n’est pas en plus à son tour » (p.79)

Mais il y a plein d’autres passages qui ne sont, me semble-t-il, intelligibles que si l’être « est », autrement dit, que si l’être n’est pas seulement « le fait que ce qui est soit ». Exemple : « Les hommes ont continuellement affaire à l’être, et pourtant il leur est étranger. Ils ont affaire à l’être, vu qu’ils se comportent constamment en fonction de l’étant, mais l’être leur est étranger, vu qu’ils se détournent de lui, parce qu’ils ne le conçoivent pas du tout et pensent que l’étant est seulement de l’étant, rien de plus. Sans doute sont-ils éveillés (en ce qui concerne l’étant), et pourtant l’être leur reste caché. » (p.138)

Ici, selon moi, « l’être [est devenu] maintenant lui-même quelque chose qui « est » »… Je me demande : est-ce que « s’ouvrir à l’être » veut dire quelque chose de plus, rigoureusement, que « s’étonner encore et toujours que ce qui est soit » ? Corollaire : comment puis-je juger, de l’extérieur, que « l’être reste caché » ou non à quelqu’un ? C’est quoi, les indubitables signes extérieurs d’ouverture à l’être ? Sachant qu’en plus ladite ouverture est à éclipses ? Bref, j’ai parfois l’impression que Heidegger manipule « l’être » à la façon d’un joueur de bonneteau.

5) Une friandise pour la route

Je ne résiste pas au plaisir de citer cette perle : « (…) ce qui est mis sur le marché aujourd’hui comme philosophie du national-socialisme, et qui n’a rien à voir avec la vérité interne et la grandeur de ce mouvement (…) » (p.202)

6) Brève conclusion personnelle. Ma conversion à la philosophie de Heidegger attendra un peu, mais je ne regrette vraiment pas cette incursion dans un domaine qui (ça s’est sans doute plus vu que je ne l’aurais souhaité) ne m’est pas du tout familier. Je pense qu’il m’en restera quelque chose. Quoi qu’il en soit, merci encore à Classico, et, tant que j’y suis, à tous ceux grâce à qui ce forum est aussi stimulant. Vivent les Cahiers du foot, vive la France. (Et comme dirait Gotlib, je vais aller voir par là s'il y a un peu d'aspirine.)

 

Classico

22/02/2020 à 00h31

Wouw, je n'avais pas vu ce post. Superbe résumé de ton aventure Balthazar ! Je crois que tu as très bien lu ce texte. Le fait notamment de permuter en permanence, dans ta réflexion, entre l'être "acte pur" et l'être "chosifié", c'est bon, tu es dedans, y compris quand c'est contre Heidegger. Il y a une forme de banalité dans tout cela, comme tu le dis ; est-ce au fond autre chose que la conceptualisation des intuitions fondamentales qui sont au coeur des monothéismes ? Mais simultanément, il y a quelque chose d'absolument vital, nécessaire, toujours déjà là, comme tu le dis également - et qui n'avait jamais été visé par la pensée rationnelle à ce niveau de précision et d'abondance avant Heidegger.

La dimension politique (je ne parle pas encore du problème du nazisme ici) te paraît plus problématique, mais c'est là que Heidegger est vraiment important. Cette intuition fondamentale qu'il reprend philosophiquement, intuition intemporelle qui appartenait déjà probablement aux hommes des cavernes si l'on veut, tu sembles préférer qu'elle fut restée confinée dans le domaine de la spéculation mystique ; mais le coup de force ici est de la faire éclater dans l'histoire humaine la plus concrète. Il est incontestable que ce que fait spécifiquement la modernité, c'est de démultiplier l'étant (par exemple sous l'espèce de la reproduction industrielle, de la marchandise, de l'outil, de l'image numérique ou de la publicité) et d'ensevelir toutes choses sous cette démultiplication exponentielle. Heidegger fait la jonction entre cet état de fait civilisationnel et l'intuition immémoriale de l'être. Tu as parfaitement vu, à mon sens, que toute la question est celle de la pertinence de cette jonction. Si tu veux poursuivre, il faut que tu lises des trucs sur la technique. Tu as les "Essais et conférences", qui sont de courts textes sur des points précis. "La question de la technique" y est un texte capital, notamment. Après avoir ingéré l'Introduction, ce sera très lisible et accessible, une vraie friandise (tu me crois ?).

Un mot sur l'écriture. Le premier texte imbitable que tu cites : c'est l'enfer en effet. Mais honnêtement c'est moins le problème de Heidegger que de sa traduction en français. En Allemand ça reste particulier, mais rien à voir avec ce charabia. Heidegger triture sa langue avec une certaine sensibilité poétique ; en traduction française, la charmante trituration devient parfois torture. Pas toujours heureusement.

Enfin le problème du nazisme, c'est une immense question qu'on ne va pas régler ici. Beaucoup d'excès ont été faits des deux côtés : du côté des inquisiteurs, qui finissent par accuser toute la pensée d'être nazie, ce qui est une énormité juste bonne à susciter la polémique pour vendre des livres (un type comme Faye a fait toute sa carrière là dessus quand même, chapeau ! il faut voir la quantité indécente de traductions approximatives, de citations tronquées et de rapprochements malhonnêtes qui émaillent sa production) ; du côté de certains disciples qui ont prétendu disculper Heidegger de tout antisémitisme et de tout louvoiement coupable, ce qui ne résiste pas deux seconde à l'analyse. Je n'ai personnellement aucune conclusion à délivrer. Je sais seulement que Heidegger a pensé beaucoup trop fort et trop loin pour qu'on puisse décider de ne pas en tenir compte. Sans quoi il faudrait être cohérent et refuser également de lire tous ses héritiers directs (Lévinas, Sartre, Merleau Ponty, Derrida - pour ne parler que des français bien sûr : la moitié de tout ce qui a compté dans la philosophie française du 20ème siècle ?). Je sais aussi qu'il y a des éléments qui le défendent un peu (des citations, des témoignages). C'est comme ça ; faible humanité.