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Richard N

 

Pionnier du foot sur le Web avec Kick'n'Rush, historien pour les Cahiers et Footichiste pour son compte.


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Et au milieu coule un Javier

Coupe en toc sous le soleil du Brésil

En juin 1972, l’équipe de France est invitée au pays des champions du monde pour y disputer un tournoi de bric et de broc. Dix-huit mois après leur première tournée, les Tricolores prennent goût à l’Amérique latine.

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C’est à une drôle de compétition qu’est conviée l’équipe de France en juin 1972. Elle s’appelle la Taça Independencia et est censé commémorer le 150e anniversaire de l’Indépendance du Brésil. En fait, il s’agit surtout d’un tournoi tape-à-l’œil organisé par un dirigeant brésilien ambitieux, João Havelange.
 


Independencia

Le jeune président de la CDB (Confédération brésilienne des sports) n’a alors qu’un rêve, devenir président de la FIFA à la place du président de la FIFA. Rien n’est donc trop beau pour démontrer ses capacités à organiser un tournoi d’envergure: douze stades sont réquisitionnés et les meilleures sélections sont invitées. Les dix nations sud-américaines répondent présent, sevrées pour la plupart de grandes épreuves depuis 1967 (la Copa America ne reprendra qu’en 1975, après huit ans d’interruption). En revanche, les principales sélections d’Europe déclinent, pour d’évidentes raisons de calendrier, mais aussi pour ne pas froisser le président de la FIFA en place, Stanley Rous, un Anglais, qui n’aimerait pas trop que l’on aille servir la soupe à son rival déclaré.

 

L’URSS, finaliste de la Coupe d’Europe des Nations, est donc la seule équipe européenne d’envergure venue disputer cette Taça Independencia. Le reste du plateau n’est que du second choix: le Portugal, l’Écosse, la Yougoslavie, l’Irlande et la France. L’équipe dirigée par Georges Boulogne n’est pas au mieux. En dépit d’une encourageante tournée en janvier 1971, ses résultats restent en dent de scie et elle a raté la Coupe d’Europe des Nations – comme elle a à peu près tout raté depuis le miraculeux été suédois de 1958. Alors disputer une simili-Coupe du monde au Brésil, ça ne se refuse pas.

 


Photo via The Vintage Footbal Club.
 

Aussi Georges Boulogne a-t-il préparé ce rendez-vous comme il se doit, avec un stage à Saint-Malo. Dix-huit joueurs ont été convoqués [1] dont un seul Marseillais. L’OM vient pourtant de réaliser le doublé coupe-championnat, mais son président Marcel Leclerc s’était opposé à la participation des Tricolores à ce mini-Mondial. Il l’avait fait savoir très tôt en annonçant... que ses joueurs seraient sans doute blessés au moment du départ. La délégation française s’envole d’Orly pour rejoindre le Brésil, accompagnée dans l’avion par celle d’Irlande. Elle établit ensuite son QG à Salvador de Bahia, dans un hôtel grand luxe avec piscine, sauna et palmiers.
 


De toutes pièces

Le déroulement du tournoi est un peu bancal. Sur les vingt équipes présentes, seules quinze disputent le tour préliminaire, réparties en trois groupes de cinq. Le premier de chaque groupe est qualifié pour un deuxième tour qui voit cinq autres équipes entrer en lice. Deux groupes de quatre composent ce deuxième tour, qui qualifie ses deux vainqueurs pour la finale. Comme pour ajouter à l’aspect étrange de cette épreuve, deux équipes ont été montées de toutes pièces, qui représentent non plus des pays mais des continents. L’équipe de France va ainsi être confrontée successivement à une sélection d’Amérique Centrale (Concacaf) puis une sélection d’Afrique, avant d’affronter la Colombie et l’Argentine.
 

C’est sous une chaleur accablante et dans un stade en grande partie vide (l’entrée est pourtant gratuite) que l’équipe de France débute son tournoi le 11 juin 1972 à Salvador de Bahia. L’équipe du Concacaf qui lui est opposée est principalement composée d’internationaux haïtiens et honduriens. Georges Bereta parvient à ouvrir le score à la 35e minute, mais on ne signale rien d’autre avant la pause. Pour la deuxième période, Jean-Michel Larqué cède sa place à Georges Lech. Le Sochalien est brillant et anime le jeu des français. Cela inspire Hervé Revelli qui signe un joli triplé. En ajoutant le but contre son camp du malheureux hondurien Bulnes, cela fait 5-0, un score en trompe-l’œil mais une entrée en matière satisfaisante.
 


La victoire en défendant

Quatre jours plus tard, les Français se rendent à Maceio, dans un stade portant le nom de "Roi Pelé", pour y rencontrer la sélection d’Afrique. Celle-ci est composée de joueurs représentant neuf pays différents, tant du Maghreb que d’Afrique Noire. En dépit du manque de cohésion de leurs adversaires, les Tricolores piétinent. S’ils ouvrent une nouvelle fois le score à la 35e minute par Blanchet, les hommes de Boulogne se font dominer par l’équipe africaine. Ils peuvent enfin se faire une idée du talent, immense, de Jean-Pierre Tokoto, le Camerounais que l’OM ne fait jamais jouer. Et découvrent un jeune avant-centre ivoirien qui se fera aussi un nom dans le championnat de France, Laurent Pokou. Comme souvent, les Tricolores ne parviennent pas à faire le jeu et se replient abusivement. En fin de match, un contre conclu par un but de Floch soulage les Français, d’autant plus que l’équipe africaine termine le match à dix après une exclusion.
 

 


Photo via Football Retro.
 

Retour trois jours plus tard à Salvador de Bahia pour y affronter la Colombie. Georges Carnus a repris sa place dans les buts, à la place du débutant Dominique Baratelli. Le gardien marseillais encaisse le premier but dès la 23e minute, sur un penalty du colombien Pineros. Il ne faut heureusement attendre que la 30e minute pour voir Loubet égaliser, à la conclusion d’un magnifique cavalier seul de Larqué. Trois minutes plus tard, les Français obtiennent à leur tour un penalty que transforme Molitor. En deuxième période, Loubet signe un doublé et creuse l’écart. Mais lorsque le colombien Mesa ramène le score à 3-2 à huit minutes de la fin, l’équipe française est prise de panique et termine le match la peur au ventre, appliquant à nouveau son béton désordonné.
 


"C’est mieux ainsi"

Trois matches, trois victoires, le bilan est flatteur si l’on s’en tient aux chiffres. Seulement de son coté, l’équipe d’Argentine a fait aussi bien. Et même mieux puisqu’elle bénéficie d’un goal-average supérieur et peut se contenter d’un match nul contre la France pour se qualifier. Et que croyez-vous qu’elle fit? Cette équipe d’Argentine, avec son meneur de jeu Pastoriza, son avant-centre Bianchi et sa charnière centrale Piazza-Bargas tient tête à l’équipe de France, assurant un 0-0 qui la qualifie pour le second tour. Georges Boulogne fait alors une déclaration déprimante: "C’est peut-être mieux ainsi. Une victoire nous aurait desservis: elle nous aurait fait retomber d’encore plus haut par la suite." Comme si perdre était l’inéluctable destin de l’équipe de France.
 

La Taça Independencia est donc terminée pour les Tricolores, qui quittent le Brésil invaincus sans que l’on sache vraiment quelle valeur accorder à cette performance. Ils apprendront quinze jours plus tard que c’est le Brésil qui a remporté ce drôle de tournoi, après avoir battu le Portugal (1-0) en finale, but de Jaïrzinho à la 89e minute. João Havelange, quand à lui, sera élu président de la FIFA le 11 juin 1974.

 
Les tournées sud-américaines des Bleus
1971 : "Une lueur bleue à Buenos Aires"
1977 : "Les promesses du Maracanã"
 


[1] Gardiens: Dominique Baratelli (Nice), Georges Carnus (Marseille); Défenseurs: Jean-Pierre Adams (Nîmes), Jean Djorkaeff (Paris SG), Jean-François Jodar (Reims), Claude Quittet (Nice), Jean-Paul Rostagni (Paris SG), Marius Trésor (Ajaccio); Milieux: Jean-Michel Larqué (Saint-Etienne), Georges Lech (Sochaux), Michel Mézy (Nîmes), Henri Michel (Nantes), Marc Molitor (Strasbourg); Attaquants: Georges Bereta (Saint-Etienne), Bernard Blanchet (Nantes), Louis Floch (Monaco), Charly Loubet (Nice), Hervé Revelli (Saint-Etienne).

 

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