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Arnaud Bayle

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Qu'ils parlent à bon escient ou qu'ils se taisent à jamais

Tribune – Il suffit de deux excités pour gâcher un match, à l'image de France-Suède sur M6 l'autre soir. Un autre commentaire est-il possible?

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La Coupe du monde de rugby de 2011 avait été marquée par une remise en cause de la validité des commentaires de Christian Jeanpierre, voire de sa légitimité à officier derrière le micro. Internet avait alors servi d’exutoire et de caisse de résonnance à la frustration d’un grand nombre de passionnés estimant qu’un tel événement méritait des commentaires de meilleure qualité. La défiance entre une partie du public des sports et les diffuseurs venaient d’éclater pour la première fois au grand jour.

 

Une nouvelle étape a probablement été franchie mardi dernier par le duo Larqué-Balbir, officiant sur M6 lors de France-Suède, la mauvaise prestation des Bleus ayant donné lieu à un dénigrement maladif de tout ce qu’aura pu faire l’équipe de France, sans la moindre nuance au tableau, ni le début d’une analyse de ce qu’il se passait sur le terrain. Pour le plus grand déplaisir des téléspectateurs. “Finalement le pire dans ce match ça aura été les commentaires”, voilà ce qu’on pouvait lire sur les forums et les réseaux sociaux ou entendre au détour des conversations autour de la machine à café. Étrange sentiment que la soirée a été plus gâchée par ceux chargés de nous faire vivre le match, nous aider à le comprendre, que par des Bleus auteurs d’une prestation indéniablement mauvaise. Mais il faut bien reconnaître que Denis Balbir et Jean-Michel Larqué auront été au diapason de ceux qu’ils auront fustigés sans cesse.

 

 

Étrange contraste avec ce que pouvait offrir Thierry Roland, pour lequel une minute de silence a été observée avant la rencontre, en pareille circonstance. L’animateur, souvent décrié à raison, était un amoureux du football et de l’équipe de France qui savait exprimer les sentiments des téléspectateurs au cours d’un telle rencontre: déception, frustration, tristesse, colère, espoir. Contrairement à son ancien compère, l’ex-capitaine des Verts aura fait son match sur le registre d'un dénigrement univoque, confinant à une détestation dont il semblait se délecter. Son coéquipier aura surenchéri dans les pleurnicheries et les suppliques geignardes sur le jeu des Bleus sans jamais l’analyser ou expliquer aux téléspectateurs l'origine des problèmes rencontrés par les Tricolores – en dehors de poncifs sur le manque d’envie ou d’implication des joueurs.

 

Il y avait pourtant beaucoup à dire sur les choix de Laurent Blanc et leurs implications tactiques. Le très faible nombre d’appels en profondeur ou encore les dézonages de certains joueurs auraient, entre autres choses, pu être remarqués et mis en perspective comme des points problématiques ou comme les conséquences d’erreurs individuelles, de déséquilibres tactiques ou encore du système défensif adverse. Le profane aurait probablement apprécié de savoir quelles solutions à ces problèmes étaient envisageables. De cela il n’a rien été, et il aura fallu souffrir les incriminations acrimonieuses – qui ont semblé tenir lieu de ligne éditoriale – contre l’équipe de France jusqu’après le coup de sifflet final.

 

Malheureusement, l’absence d’analyse est un classique du commentaire télévisuel et ne choque plus: Jean-Michel Larqué déclarait récemment ne pas perdre son temps à analyser le jeu car cela perdait le spectateur. Le fait marquant, la vraie nouveauté de cette soirée aura été le sentiment d’assister à un procès truqué dont le verdict était établi à l’avance. L’équipe de France avait pourtant réalisé quelques mouvements intéressants et s’était créé des occasions par lesquelles elle aurait pu égaliser, mais Denis Balbir – oubliant toute mesure et certains matches passés de l’équipe de France bien plus piteux – qualifiera cette rencontre “d’humiliation”, sentiment bien connu des masochistes qui subissent une contrainte sans pouvoir répondre ou s’en défaire, ce qui est très exactement l’état du téléspectateur à ce moment.

 

 

Téléspectateur cherche match avec valeur ajoutée ou au moins, sans valeur enlevée, charlatans s’abstenir

 

Ce sentiment de spectacle gâché par les commentateurs est une première pour moi, au point de souhaiter ne plus vivre ça et d'être prêt à payer pour qu’ils se taisent. Si je suis représentatif d’un nombre significatif de téléspectateurs, les chaînes devraient s’inquiéter de que l'exercice banal du commentaire parvienne à dégrader un produit payé le prix fort. Il est d’abord étonnant que cet exercice n’ait pas vraiment évolué depuis plusieurs décennies: un journaliste sportif et un consultant (la plupart du temps ancien professionnel) officient derrière le micro pour décrire ce que le spectateur voit. TF1 ajoutant régulièrement Arsène Wenger en super-consultant, spécialiste des réponses lapidaires. Plus étonnant encore, il n’y a eu aucune tentative d’expérimentation de mode de commentaire différent: une seule personne, des profils atypiques, des rapports statistiques précis en direct, ou encore le seul son d’ambiance du stade.

 

À ce sujet, il avait été demandé à Cyril Linette s’il était envisageable de proposer ce son d’ambiance sans commentaire sur un canal audio séparé (ce qui est techniquement permis par les bouquets satellite, TNT et ADSL i.e. partout). Il avait montré un rejet étrange de cette idée, peut-être par peur de s’aliéner ses journalistes commentateurs, déclarant: “Je ne vois pas l'intérêt”. Pourtant ceux qui fréquentent les stades et en apprécient l’ambiance le saisissent tout de suite, tout comme Christian Jeanpierre – autre commentateur pourtant très critiqué – qui eut la bonne idée de se taire à la fin d’Espagne-Irlande pour laisser les téléspectateurs profiter des magnifiques chants des Celtes, là où d’autres auraient préféré s’écouter parler de l'ambiance du stade.

 

Si l’on peut comprendre que les diffuseurs n’envisagent pas de faire de révolution dans le commentaire de peur de faire fuir le téléspectateur lambda, il demeure étrange qu’ils restent dans le vieux modèle du discours univoque et consensuel quand ils ont la possibilité technique et peu coûteuse d’attirer un public plus large en éclatant l’offre suivant différents type de cible grâce à une large palette de commentaire: un pour le grand public, un spécialisé qui décortique le jeu en direct, un partisan pour chaque équipe... Les possibilités sont larges et bien plus limitées par l’imagination des décisionnaires que par la technique ou la finance.

 

En attendant, le jour béni ou l’on pourra choisir ce que l’on entend au cours d’une rencontre, le prochain match comportera un premier dilemme: couper le son et se priver de l’ambiance du stade, ou le conserver et risquer de devoir souffrir un duo mal luné.
 

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