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Jean-Pierre Papineau

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Montréal en MLS : étude d'Impact

Samedi, l’Impact de Montréal a lancé sa première saison dans la Major League Soccer (MLS). Histoire d’une ascension sans victoire et d’une génération de jeunes amateurs de soccer pleins d'espoirs.

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Le championnat nord-américain de football s'enrichit cette année d'un dix-neuvième club, troisième franchise canadienne après Toronto et Vancouver, mais première dont le nom s'écrit en français. Né en 1992, l'Impact jouait jusqu'à présent dans une ligue considérée comme la deuxième division nord-américaine, la North American Soccer League (ex-United Soccer League, elle-même ex A-League). Le club a annoncé son entrée dans la MLS en 2012 quelques semaines seulement après le début de la saison 2010 de la NASL. Il en est ainsi en Amérique du Nord, où l'on ne saute pas à l'échelon supérieur grâce à de bons résultats sportifs et une place dans les premiers en fin de saison, mais plutôt en justifiant de moyens financiers présentables et d'un marché favorable – c'est-à-dire de suffisamment de clients pour aller voir les matches et acheter des produits dérivés. Aucune chance donc de voir un FC Chicoutimi ou un En Avant Gaspé en MLS un jour, aussi talentueux soient-ils.

 


Un club, une famille

C’est ce qui est arrivé à Montréal où l’équipe locale est la propriété de la famille Saputo, magnats italo-montréalais du fromage mou et insipide qui, grâce à leur fortune, ont permis au club d’accéder à l’élite. L'entrée de Montréal dans la MLS est tout sauf étonnante dans la mesure où cela fait quelques années que la ligue s'agrandit vers le Nord, et plus précisément vers le Canada: le Toronto FC (qui, fait exceptionnel dans ce coin du globe, a eu le bon goût de ne pas se doter d'un nom douteux comme "Fire" ou “Earthquakes") et les Whitecaps de Vancouver (voir parenthèse précédente) ont ainsi précédé l'Impact dans le grand bain.

 

 

La métropole québécoise a des arguments à faire valoir: une seule équipe professionnelle dans une grande ligue nord-américaine (les Canadiens, au hockey), d'importantes communautés culturelles issues de pays où le football est roi (Italie, Amérique latine, France) et donc de la place pour une franchise de la MLS, car un "marché" existe, vous aviez suivi. Sans compter que la pratique du soccer est en plein essor dans la Belle Province, à un point tel qu'il est devenu le sport le plus pratiqué ces dernières années (devant le hockey). En 2010, la Fédération de soccer du Québec comptait quelques 200.000 licenciés, et l'industrie de la construction de terrains intérieurs a connu un boom économique sans précédent dans la dernière décennie.

 

Cette nouvelle ferveur populaire se manifeste aussi depuis plusieurs années sur le terrain de l’Impact: depuis 2005, l'affluence moyenne au stade Saputo [2] se situe entre 11.000 et 12.700 spectateurs, sur 13.000 places disponibles avant agrandissement (en cours) à 20.300 places [3]. Dans le même temps, l’équipe a réussi à remplir le Stade olympique de 55.000 personnes lors de la venue des Mexicains de Santos Laguna pour le quart de finale aller de la Ligue des champions de la CONCACAF 2008-2009 (lire "Impact imminent").

 


Un mélange détonant

Son exercice 2011 aura toutefois été catastrophique. Car dans un système de franchises, lorsqu’on accepte d’accéder au palier supérieur, on en profite souvent pour effectuer un ménage quasi-complet de l’effectif. Comme les joueurs savaient dès le début de la saison qu’ils n’auraient probablement pas de contrat l’année suivante, difficile de les blâmer pour avoir eu un peu moins envie de se battre pour leur blason. Cela n’aura toutefois pas empêché la direction du club de se séparer de son entraineur Marc Dos Santos, montréalais d’origine portugaise entraînant depuis le FC Primeira Camisa en série B brésilienne. Malgré de très bonnes performances lors de la phase retour, le club a terminé avant-dernier de la saison régulière, se privant du même coup d’une participation aux séries éliminatoires – auxquelles se qualifiaient pourtant six équipes sur huit!

 

 

Ces défaites à répétition auront au moins eu le mérite de faire sortir de sa retraite sportive Eduardo Sebrango, attaquant emblématique de l’Impact, qui avait trouvé refuge aux États-Unis après avoir déserté la sélection nationale cubaine lors de la Gold Cup 1998. Étrangement, Sebrango, du haut de ses trente-huit ans, est l’un des deux seuls joueurs à avoir réussi à prolonger son contrat en MLS à l’issue de la saison 2011. L'autre joueur ayant eu la chance de suivre l’équipe en MLS est un ancien Bastiais et Marseillais, Hassoun Camara, seul rescapé de la colonie française de l’Impact, accessoirement élu joueur le plus utile de l’équipe lors du dernier exercice. Après quelques essais concluants, d’autres prétendants auront gagné leur place dans l’effectif. Citons l’international colombien Nelson Rivas (ex-Inter), l’international italien Matteo Ferrari (ex-Besiktas) et l’international canadien Patrice Bernier (ex-Lyngby), un des rares Québécois ayant réussi une carrière professionnelle dans le football européen. Notons aussi parmi les joueurs à l’essai qui ont échoué, Pascal Chimbonda, qui décidément est de toutes les aventures, venu s’entrainer en octobre dernier alors qu’il était sous contrat avec les Doncaster Rovers, et Alexis Zywiecki (ex-Dijon).

 


Un Impact encore faible

Pour le reste, l’essentiel de l’effectif est issu d’une succession de repêchages. D’abord le repêchage d’expansion, où une nouvelle équipe peut choisir ses recrues parmi les effectifs des autres équipes de la ligue, chaque équipe pouvant "protéger" une partie de ceux-ci. Sauf exception, cette draft est généralement et logiquement composée de joueurs moyens ou faibles. Ensuite vient le repêchage universitaire et son annexe, le repêchage supplémentaire. Lors de cette sélection, la nouvelle franchise est généralement plus chanceuse puisque elle a droit au premier choix. Outre le fait d’augmenter en théorie la qualité des joueurs, cette avalanche de repêchages aura eu un autre impact d’importance sur l’effectif montréalais: les joueurs canadiens majoritaires en 2011 ont été remplacés par des joueurs américains.

 

 

Ces transferts dans lesquels les joueurs n’ont pas leur mot à dire ont parfois des effets secondaires. Par exemple, cette année, Montréal a sélectionné lors du repêchage d’expansion l’attaquant américain Brian Ching, du Dynamo de Houston, finaliste malheureux de la dernière finale de MLS. Dès son arrivée à Montréal, celui-ci clamera son désir de retourner au Texas, à tel point qu’il finira par être ré-échangé deux mois après son arrivée vers sa franchise initiale.

 

Enfin, alors que le championnat débute, il manque encore à Montréal un joueur d’envergure pour compléter son effectif, le fameux "joueur désigné", promis de plus en plus intensément par le président Saputo à mesure que le début de la saison approchait. La règle du designated player donne le droit aux clubs de recruter un joueur dont le salaire ne compte pas (ou peu) sur la masse salariale. [4] Nicolas Anelka, un temps annoncé, a préféré aller découvrir la fiscalité chinoise à Shanghai, alors que Michael Ballack, boudé à Leverkusen, ne s’est pas encore décidé quant à son avenir.

 

En définitive, même si l’arrivée de l’Impact de Montréal en MLS devrait encore contribuer à accroître la popularité du soccer au Québec, il faudra probablement attendre encore quelques décennies et beaucoup moins de longs hivers pour que ce sport prenne une place prépondérante dans l’actualité sportive de la Belle Province. En 2010, les Canadiens de Montréal occupaient toujours 77 % des nouvelles sportives devant les Alouettes, club de football canadien (variante du foot américain) avec 3%, et l’Impact…1%

 


[1] Tous les sports professionnels nord-américains obéissent à cette règle. Le nombre d'équipes participant aux "ligues majeures" et leur situation géographique varient allégrement en fonction des conjonctures économiques et surtout de la volonté d’une bande de propriétaires qui jouent au poker ensemble. Si une franchise bat de l'aile et est mise en vente par ses propriétaires, l'acheteur peut la déplacer dans un marché jugé plus favorable. La ligue peut également être agrandie par le biais d'une "expansion", soit décidée par ses têtes pensantes, soit suite à l'étude du dossier d'un président de club. La superbe exception à cette règle est l'équipe des Packers de Green Bay, au football américain. Conscients que jamais un propriétaire ne maintiendrait une équipe de la NFL dans un marché aussi petit qu'une ville de 100.000 habitants au fin fond du Wisconsin, les fans se sont regroupés en coopérative pour racheter l'équipe, à la manière des socios espagnols. Les Packers ont donc... 112.000 propriétaires, et ne pourront jamais déménager. Exception NFL.
[2] Nom du stade de l'Impact, qui est aussi celui de l'entreprise propriétaire.
[3] Ceci peut paraître peu pour une agglomération de plus de trois millions d'habitants, mais rappelons qu'avant leur départ du Québec, les Expos, équipe montréalaise de baseball des ligues majeures, ne parvenait à réunir que 4.000 spectateurs au Stade Olympique, qui comporte... 56.000 sièges!
[4] En MLS, un plafond salarial existe et le designated player permet à des joueurs comme Thierry Henry ou David Beckham de gagner respectivement 5 et 5,5 millions par saison alors que la majorité de leurs co-équipiers touchent moins de 100.000 dollars par année, les plus bas salaires atteignant 32.000 dollars.

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