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Jérôme Latta

 

Chef d'espadrilles.


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Trente-cinq

La part du football

Que reste-t-il des émissions de football quand on enlève ce qui n'est pas du football? Petit exercice de chronométrage.
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Pour clore momentanément le débat (pendant ce temps-là, L'Équipe et Jean-Michel Aulas s'écharpent, et nous n'en profitons pas) et surtout donner plus de consistance à l'idée selon laquelle il y a de moins en moins de football dans les émissions de football, nous avons réuni quelques données sur quatre émissions: Jour de Foot (en 2003 et 2010), Téléfoot et Canal Footbal Club. Il s'est d'abord agi de mesurer la part de "football" qu'elles comportent, c'est-à-dire d'images de match (résumés, extraits), rapportée à l'ensemble de l'émission.


Jour de foot, l'embellie du samedi soir

L'installation de Messaoud Benterki aux commandes de Jour de Foot avait marqué un véritable soulagement après les saisons durant lesquelles Alexandre Ruiz avait transformé l'émission en exercice pénible, ponctué d'innombrables digressions. Sobre, plaisant, le nouvel animateur a rendu à JdF sa vocation initiale (qu'on peut d'ailleurs faire remonter au Téléfoot des années 80), celle d'une émission de résumés à chaud.
L'analyse du minutage (réalisé sur l'émission du samedi 23 octobre) confirme ce constat. Sur un peu plus d'une heure, les trois quarts de l'émission sont consacrés aux résumés: 76% contre 64% en 2003, pour une émission qui avait fait l'objet d'un tel relevé en novembre 2003 à l'époque où elle était animée par Stéphane Guy (lire les Cahiers du football #2). En revanche, en valeur absolue, JdF 2010 ne montre pas plus de football (45'40") que JdF 2003 (50'): plus courte d'une quinzaine de minutes, l'émission est surtout plus dense.

Les résumés présentent une durée moyenne de 6'30", contre 4'20" en 2003 (1). On peut toutefois pondérer ce score très honorable en examinant de plus près le contenu des résumés, et en particulier la proportion de réelles séquences de match qu'ils comportent. Ainsi, en décomptant les plans de coupe (entraîneurs sur le banc, tribunes) et les à-côtés (interview d'après-match, séquences filmées dans les couloirs ou les vestiaires...), la part de jeu dans les résumés va de 68% (Lens-Nice) à 82% (Saint-Etienne-Caen). Il reste que Jour de Foot s'est considérablement amélioré en comparaison de la période précédant l'arrivée de Cyril Linette (2).

minutage.jpg



Canal Football Club mieux que... Téléfoot

Sur plus d'une heure et demi du Canal Footbal Club, il faut d'abord déduire un quart d'heure de publicité et autres bandes-annonces, correspondant à trois interruptions (nous n'avons évidemment pas comptabilisé les pages publicitaires précédant et suivant l'émission). La durée nette du CFC, une heure et quart, est donc analogue... à celle de Jour de Foot en 2003. En ne retenant que les résumés et les quelques séquences de jeu au sein des sujets et des débats en plateau (palette, fautes réexaminées...), il reste 27 minutes de "football", soit moins de 36% du total hors publicités. Une proportion... inverse de celle de Jour de Foot 2003. Et une petite demi-heure qu'il faut rapporter à l'heure trois quart que le téléspectateur devra passer devant sa télévision (pauses publicitaires inclues) pour y avoir droit.

Le CFC sauve toutefois les apparences en comparaison de Téléfoot et de l'émission du 4 juillet dernier que nous avions minutée, et qui proposait moins de six minutes de football alors que nous étions entre les quarts et les demi-finales d'une Coupe du monde diffusée sur TF1 (lire "6% Foot"). Reste à savoir si Téléfoot peut constituer une référence ou une consolation pour Canal+. On laissera en tout cas chacun juge de ces 36% de football dans la vitrine footballistique de la chaîne.


Quelle part de "jeu effectif" ?

Après les avoir allégé les résumés des séquences sans rapport avec le terrain (tribunes, vestiaires), on se rend encore compte de l'importance des très nombreux ralentis (de un à quatre sur les actions notables), des gros plans sur les joueurs et des célébrations de but. Si l'on peut admettre que ces séquences font partie de l'écriture télévisuelle des résumés, on peut aussi prendre le parti de les défalquer à leur tour pour voir ce qui reste de "jeu effectif".
Le résumé de ASSE-SMC dans Jour de Foot se réduit ainsi à 2'17" de jeu montré à vitesse normale, soit un tiers du total. Dans Canal Footbal Club, la coupe est au moins aussi franche. Sur les 4'03" du résumé de Lens-Rennes, 1'32" montrent le jeu tel qu'il se déroule (une interview de Patrick Le Lay, 43", a plombé ce score). Le résumé de Nice-Saint-Étienne a bénéficié d'un format plus long (5'53"), pour présenter 2'22" de jeu effectif (3). Cas particulier, mais très significatif, l'affiche à controverses Marseille-Nancy n'a paradoxalement droit qu'à 3'30"... pour seulement 44" de jeu (4). En pareil cas, il est difficile de nier que le traitement des polémiques d'arbitrage nuit dramatiquement à la visibilité du jeu.

Sans pousser plus loin une démarche qui mériterait d'être menée de façon plus systématique et plus détaillée, on peut inviter les uns et les autres à s'interroger sur les éléments de mise en scène télévisuelle qui tendent à prendre le pas sur le "football en action", avec pour conséquence de reléguer progressivement celui-ci au second plan (5). Une réflexion reste à mener sur ce choix, en lien avec notre interrogation initiale (y a-t-il de moins en moins de football dans les émissions de football?) et avec une question plus globale: qu'est-ce que le jeu tel que le représente la télévision?


(1) L'émission d'alors comportait la "Séance en plus", un montage de tous les buts de la journée (pour un peu plus de sept minutes). Elle résumait neuf matches, contre sept aujourd'hui en situation normale.
(2) Rappelons aussi que l'émission a inclus des modifications mineures que nous avions appelées de nos vœux: la présentation des compositions d'équipe avant le résumé (malheureusement pas systématique) et l'incrustation d'un chronomètre pour indiquer à quel moment de la rencontre se déroule la séquence proposée.
(3) Le décorticage de l'expulsion de Bergessio a contribué à réduire cette durée. Notons que nous n'avons pas inclus dans ce minutage l'extrait de la conférence de presse de Christophe Galtier ni évidemment le "débat" en plateau, diffusé juste après le résumé, soit près de deux minutes de dénigrement de l'arbitre.
(4) Le compte rendu est émaillé de ralentis sur les actions litigieuses, de plans prolongés sur l'arbitre, d'interviewes des entraîneurs. Les séquences de jeu restantes sont intercalées dans ce qui s'apparente plus à un reportage sur l'arbitrage du match qu'à un résumé de celui-ci, et l'on n'en voit que les dernières secondes. Immédiatement après, 4'40" seront consacrées à revenir sur les décisions de l'arbitre. À l'arrivée, l'émission a donc rendu compte de ce match avec 44 secondes de jeu pour sept minutes de polémique arbitrale.
(5) Lire Le Match de football télévisé, de Jacques Blociszewski (éditions Apogée).
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Les médias et les journalistes


Jacques Blociszewski
2019-10-01

Non, un match de foot n’est pas une histoire

Tribune – Le football ne raconte pas d'histoire, mais la télévision s'en empare pour imposer et son propre storytelling.


Jérôme Latta
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Une Balle dans le pied – Pour réellement valoriser les statistiques, les médias spécialisés doivent arrêter de lancer des chiffres qui ne disent rien, et prendre le parti de faire du journalisme avec les données. 


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Comment s'est imposé le "consultant" de foot, dont le nom et le principe viennent du monde de l'entreprise et du conseil, et dont la fonction n'est pas toujours allée de soi?


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