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Steven Rousseau et Toni Turek

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Entre bleus ciel et bleus foncés

Lutz Pfannenstiel : the world is not enough

Comment un gardien de but né dans un village bavarois finit par jouer sur tous les continents en connaissant une foule d'aventures rocambolesques...
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Né en 1973 à Zwiesel en Bavière, formé dans un club local, international des moins de dix-sept ans, Pfannenstiel ne se voit proposer à sa majorité que des contrats amateurs – par le Bayern Munich notamment. Vexé, il décline la proposition, qui l’aurait maintenu au même niveau que son club d’alors. Un agent de joueur récupère néanmoins le jeune ambitieux et lui promet de réaliser son rêve de passer pro, avec maison et voiture à la clef. Les voyages formant la jeunesse, Pfannenstiel fait tamponner pour la première fois son passeport, et part à la recherche de la gloire… en Malaisie. Pas vraiment le top niveau, mais quand même six mois sur une île paradisiaque.
Le destin lui sourit encore quand, à l’occasion d’un match amical face à Wimbledon, en représentation dans la région, il sort un grand match, impressionne les Anglais… et repart dans leurs bagages. Las, point de Premier League pour le nouveau coéquipier de Vinnie Jones, mais les terrains moins riants de l’équipe réserve. "5°C, de la pluie, 500 spectateurs… C’était comme jouer en division amateur allemande!"

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Engelures en Finlande et prison à Singapour
Nouveau départ, donc. À partir de 1995, sa piste devient difficile à suivre. Il effectue des piges courtes, voire très courtes, de Nottingham Forest aux Sud-Africains d’Orlando Pirates, en passant par les Finlandais de Tampere. Au pays du Père Noël, il joue un match par -30°C et doit se faire soigner pour des engelures malgré ses gants. Mais le froid hyperboréen lui porte chance: il remporte avec Valkeakoski une coupe (1997) et un championnat (1998) – ses premiers titres pro.

Tout aussi exotiques aux yeux des footeux pros modernes, les destinations de Malte ou Singapour. Au cours de son second séjour là-bas, "La Poêle" (1) devient une star. Consultant pour ESPN, mannequin pour Armani, il roule en grosse berline et garnit royalement son compte en banque. Ses performances ne passent pas non plus inaperçues… des autorités locales. Pour avoir prétendument parié sur des victoires (!) de son équipe du Geylang United FC via un bookmaker un peu louche, la police le coffre pour corruption. Verdict: trois mois et demi de prison. Il faudra une intervention de la FIFA pour le sortir des geôles locales "sans papier toilette". Parole d’expert: "Jouer au football en Asie peut être très dangereux".

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Triple arrêt... respiratoire
Marqué par cette expérience, il quitte l’Asie définitivement fâché, délesté de seize kilos et de sa fortune, pour rejoindre la Nouvelle-Zélande en 2001. Question football, c’est plutôt pauvre, mais notre globe-trotter s’enrichit d’anecdotes: des cambrioleurs visitent sa maison et dérobent quelques biens. Quelques jours plus tard, il reconnaît son maillot floqué à son nom sur le dos d’un Maori. En rogne, il se rue sur le suspect et déclenche une bagarre. La police met fin au pugilat et interpelle le voleur. Pfannenstiel sera même remercié officiellement pour avoir mis la main sur une crapule recherchée depuis deux ans.

Retour en Europe. Boxing Day 2002: lors d’un match de la trop méconnue Unibond League (2) avec les Anglais de Bradford Park Avenue contre Harrogate, Pfannenstiel tombe inconscient après la rencontre involontaire de son plexus avec le genou d’un adversaire. Les organes vitaux du thorax sont traumatisés; à trois reprises, le portier arrête de respirer, mais le kiné du club le maintient in extremis en vie grâce à un bouche-à-bouche. Emmené à l’hôpital, Pfannenstiel en sort rapidement, pour être complètement tiré d’affaire en quelques jours seulement. Seule séquelle définitive: une amnésie sur le moment du choc… Un miracle, le deuxième en quelques semaines. En ce même mois de décembre 2002, Pfannenstiel avait dû être remplacé en cours de match, car il voyait double après une overdose de médicaments anti-grippaux.


lutz4.jpgLapidation en Albanie
En 2003, il effectue une pige pour les Norvégiens de Bærum. Le petit génie local Nick Rios Haugan attire les recruteurs de gros clubs, devant lesquels Pfannenstiel se produit quatre matches d’affilée. Rencontres pour chacune desquelles il sera nommé homme du match, au point que l’AC Milan lui offre un essai d’un mois en Lombardie. Les hommes de Berlusconi sont certes "impressionnés", mais ce sont les Mustangs de Calgary qui emportent la mise et attirent le phénomène. Son passage au Canada sera l’occasion de s’approprier un premier record, car les terrains synthétiques miteux et le gel rendent les plongeons périlleux pour les genoux: "J’ai déchiré quarante-cinq pantalons".

À l'issue de la saison nord-américaine, il est prêté au prestigieux club néo-zélandais d’Otago United. À l’été 2006, il effectue son sixième (!) retour en Europe, en Albanie, où il vit difficilement avec les salaires versés irrégulièrement et surtout le fanatisme des supporters de son club Vllaznia Shköder, qui n’hésitent pas à tenter de le lapider si la défaite est au rendez-vous. De quoi motiver un nouveau départ… Qui est en fait un retour au Canada, où il joue six mois en 2007, cette fois pour les Vancouver Whitecaps.


Brésil, terre d’aventures
Sa signature en 2008 au Brésil, pour le petit club carioca du CA Hermann Aichinger, déclenche le début de sa starification. Europe, Asie, Afrique, Amérique du Nord, Océanie, et donc l’Amérique du Sud. En devenant le premier Allemand à évoluer en première division brésilienne, Pfannenstiel aura foulé les terrains des six confédérations de la FIFA. Il est le premier à avoir réalisé cette performance! Peu ému par ce record, qu’il n’avait pas prémédité avant de recevoir cette offre du Brésil, "Pfanne" assure – pour qui en douterait encore – que ce pays respire le football.

"Lors du match contre Avai, on a pris trois cartons rouges. Notre président est descendu de la tribune, est allé au banc de touche et a donné à l’entraîneur l’ordre de faire se coucher deux de nos joueurs. L’arbitre a dit alors aux deux joueurs: «Les gars, j’ai entendu ce qui se passe. Levez-vous, sinon il va y avoir des problèmes». Malgré ça, ils sont restés allongés. L’arbitre a alors interrompu le match à la 88e minute, sur le score de 2-0 pour Avai. Lorsque les reporters lui ont demandé ce qu’il s’était passé, au lieu de dire «On a joué à 8 contre 11, ils étaient fatigués et avaient des crampes», le coach a répondu «C’est pas moi, c’est le président». La fin de l’histoire: suspension d’un an pour le président, de cinq mois pour les deux joueurs, l’entraîneur a été viré, et nous avons été privés de coupes pour un an".


lutz2.jpgPas retraite pour le routard
À trente-six ans, désormais mari et père, Pfannenstiel ne compte pas s’arrêter là. S’il se plaît très bien en Norvège, où il évolue actuellement en troisième division avec le FK Manglerud Star Oslo, il n’écarte pas l’idée d’un énième départ. Nouvelle-Zélande (ce serait son cinquième passage!), Bolivie, Ghana, Argentine, Iran, Soudan, Namibie… bien des pays seraient prêts à l’accueillir, ne serait-ce que quelques mois. Malgré vingt-cinq étapes sur les six continents, le virus du voyage ne lui est toujours pas passé. Celui du foot non plus, puisqu’il envisage de poursuivre jusqu’à quarante ans. De quoi rallonger un peu plus un CV déjà bien fourni… et peut-être revivre des frissons semblables à ceux ressentis lorsqu’il avait joué à Téhéran devant cent mille personnes en C1 asiatique.

Néanmoins, un regret, léger, affleure : celui de ne pas avoir joué "au moins cinq minutes" dans la première division de son pays. Ses passages en Allemagne – à Burghausen, en Regionalliga début 1999, et à l’ASV Cham, en ligue bavaroise en 2002 – ne l’ont pas satisfait.
Pfannenstiel a déjà une idée reconversion: devenir entraîneur de gardiens. Tout en évoluant en Norvège, il se fait actuellement la main en s’occupant des portiers de la sélection de Cuba. Son diplôme de management, obtenu alors qu’il était en Nouvelle-Zélande, va lui servir. De même que son expérience en Arménie, où il avait constitué une équipe de presque vingt joueurs comme le lui avait demandé un millionnaire local avant de se rétracter, trop vite lassé de son nouveau hobby.


Cap sur le pôle Sud
Pfannenstiel a un projet encore plus extravagant: conquérir l’Antarctique. L’excentrique gardien de but projette en effet sérieusement d’organiser en décembre prochain, sur l’Île du Roi-George, un match de sensibilisation au réchauffement climatique. Une étape dans son projet "Global Goal", pour lequel œuvre le FC Global United, une équipe "à la Pfannenstiel" qui compte des noms prestigieux (3). Un groupe qui, comme son créateur, devrait jouer au moins un match sur chaque continent, au rythme de deux rencontres par an. La première étape a été franchie: le FC Global United a inauguré son existence officielle en participant aux DSF-Hallenmasters (foot en salle) le mois dernier en Saxe – il y a fini troisième. Prochaines étapes: l’Europe centrale cet été, l’Antarctique l’hiver prochain, et ensuite, sont envisagées des destinations variées mais très touristiques comme l’Australie, l’Amazonie, la Tanzanie, les Fidji…

L’histoire de Pfannenstiel n’est pas finie. D’ores et déjà, le récit de sa rocambolesque carrière a été acheté par Hollywood. En attendant le film de ses aventures, son autobiographie est prévue pour le mois d’octobre. Sa carrière est détaillée sur son site personnel. On notera  que selon les sources, il lui est attribué d’autres étapes et des chronologies différentes. Il n’est pas exclu que Pfannenstiel lui-même se trompe…


(1) "Pfanne" en allemand
(2) Septième niveau en Angleterre
(3) Sont cités comme intéressés par ce projet : le Bulgare Balakov, le Bosniaque Barbarez, l’Allemand Bobic, le Brésilien Cafu, le Ghanéen Oliseh, le Croate Soldo, le Norvégien Solskjaer, le Danois Töfting…
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