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Grégory Charbonnier

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La Gazette > 10e journée

Les aventures d'un Paulo vert

Biographie rêvée – ou presque – d'un supporter, de l'enfance à la vraie vie.
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C’est un grand jour pour Paulo. À huit ans, il entre pour la première fois au stade Geoffroy-Guichard. Le foot, il l’a découvert l’an passé dans la cour de récréation. Il a bien accroché, joue dans un club de quartier, a appris qu’un club professionnel joue dans sa ville. Même que ça marchait pas mal jusqu’à il n’y a pas si longtemps.


Curieuse géographie

29 mars 1987, le ventre de Geoffroy-Guichard se gonfle pour ce Sainté-Marseille. Paulo grimpe les escaliers de la tribune Henri-Point avec son oncle et sa tante. Sur le terrain, ses idoles: Castaneda, Ribar, Daniel, Krimau, Dimitrov, Primard, Eric Clavelloux. Autour, un stade bouillonnant et plein. En face, Paulo aperçoit quatre places vides en tribune présidentielle, les sièges orange à l’air. Ses accompagnateurs du jour lui offrent bientôt son livre de chevet. Le bouquin de Monique Pivot: La Passion des Verts. Il va le lire, le relire, l’apprendre. Mekloufi, Carnus, Keita, Platini, Curkovic, les trophées, la France verte. Le gamin dévore le journal chez ses grands-parents et apprend avant ses camarades la curieuse géographie de la France: Ausserre, Messe, Laval, Brest.

L’année d’après, le mage rouquin est revenu et l’équipe à Herbin enchante le championnat de France. Gala de buts à gogo. El-Haddaoui régale, Garande et Tibeuf plantent chacun à leur tour. C’est sûr, l’ASSE est de retour, Paulo va pouvoir connaître le parfum de la victoire. Il retourne au stade, Paulo, voir les Verts vaincre le Montpellier de Loulou. À la téloche, il apprécie Haon mystifier sur coup franc Ettori et ses compères Hateley et Hoddle, futurs champions de France monégasques. Pas de bol, c’est un feu de joie. L’année suivante est morose. Il assiste à la première victoire de la saison contre Toulon. L’ASSE décolle de la dernière place. Mais n’atteint pas l’objectif du président: l’Europe.
La saison d’après, Paulo est au-dessus du kop nord pour la demi-finale de Coupe de France: ASSE-Montpellier. Il est bien placé pour voir Cantona se coucher et catapulter le cuir dans les filets de Ceccarelli; silence, stupeur. Désillusion. Adieu l’Europe, adieu Robby.


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Club cramé

Au Mondiale italien, deux mois plus tard, un jeune Tchécoslovaque éclaire le jeu de sa sélection. On dirait un gamin, dit la mère de Paulo. Il a signé au club: Lubomir Moravcik entre dans les esprits.
Paulo va rarement au stade. À douze ans, il n’a plus d’idoles, seulement des joueurs qu’il apprécie. Douze ans, la fin de l’enfance? Mais il écoute les matches à la radio, dévore le journal les lendemains de rencontres et désespère de la réussite marseillaise. Un samedi, son oncle et sa tante, toujours les mêmes, viennent le chercher pour le stade. Un ASSE-OM! Le plus beau. Ils s’installent en Snella supérieure. Il est heureux, vibre à mesure de la tension croît. Bientôt, une rumeur court: Papin aurait reçu une canette de bière sur la tête... Le match se joue, Tholot fait lever le stade, qui ne se rassoit pas pendant les cinq dernières minutes. Ce n’est pas de trop face à la poussée marseillaise. On a gagné! Paulo ne le sait pas encore, mais il ne retournera pas au stade avant six longues années.

Il suit l’équipe assidûment mais de loin maintenant: radio, journal, discussions au collège. Deuxième demi-finale de Coupe de France. Perdu et pas vu le match. Tant pis, la saison est réussie. Et la suivante sera meilleure. Car les Stéphanois auront une belle équipe. C’est Yves Guichard et Jean-Michel Larqué qui le disent. Blanc, Wolfarth ajoutés aux Bell, Passi, Cyprien. Ben non, ça foire. Pire, le club est cramé. Ça l’énerve Paulo, mais pas grave, aujourd'hui il préfère les forçats de la route au bronzage ridicule, jambes rasées et seringue dans le cul. Paulo assiste à la dégringolade des Verts, s’en moque parfois au lycée. Il passe le bac l’année où l’équipe descend.
La saison 96-97, Paulo serait bien incapable de la raconter. Son amour d’enfance lui a fait mal, il l’oublie en pédalant.


Voir Guillou défoncer les panneaux

paulo_vert1.jpgIl revient au stade en même temps que le tandem Herbin-Repellini. Par la grande porte. Paulo veut devenir journaliste. Il arrive donc, stagiaire, avec un reporter local. Ouvre ses yeux quand il entre dans les vestiaires, serre la main aux joueurs qui entrent en sueur de l’entraînement. Alonzo lui broie les phalanges. Qu’importe, il a l’air sympa. Place à la pêche aux infos. Il se fait petit et entre dans le bureau des entraîneurs avec le journaliste. Et voit l’envers du décor. Ceccarelli en slip, Herbin qui le vire de sa chaise pour finir ses mots croisés. Repellini, l’air sombre, qui annonce la mise à l’écart d’une recrue, Patrick Guillou, pour qu’il "se remette en question".

Les Verts vont mal. On est en septembre 1997 et Paulo fait son retour au stade, en tribune de presse, qui est vide, d’ailleurs. Le club ne fait plus recette. Il revient dans l’année pour rigoler avec les potes de la fac. Au moins voir Guillou enfoncer les panneaux publicitaires à grands tacles glissés et manqués.
La saison suivante est une surprise. Des vaillants sont arrivés: Leclerq, Mettomo, Ferhaoui, Revelles, Subiat. C’est la fête, c’est la fac, les années insouciantes. ASSE-Gueugnon, 3-0 dans une ambiance de Coupe du monde. Et c’est pas fini. Samedi prochain, c’est Valence qui vient. Le stade est à bloc pour ce petit derby. La soirée promet d’être bonne. Un pote les attend après la rencontre chez une copine. Et avec plein de copines à elle. Mmm. Il va y avoir du sport. On va voir ce qu’on va voir. Il n’a rien vu Paulo. L’immeuble était neuf, pas encore d’interphone. Paulo et son pote ont gueulé à réveiller les vieilles de la rue. Rien, même pas de quoi s’en souvenir le soir dans son lit. Les Verts ont gagné sur une frappe chanceuse de Revelles à cinq minutes de la fin, qui a fait lever le stade d’un bloc. C’est la fac, c’est la fête, ce sont les années d’insouciance.


Le foot est moins marrant

Paulo va à Geoffroy-Guichard contre Lille. Une jolie brune les accompagne pour la première fois. À cause d’elle, la bande de potes arrive en retard. Reste plus qu’à se mettre dans les escaliers. Trois buts, trois dégringolades. La belle brune subit un sacré baptême du feu. Elle n’est pas faite pour le foot. Mais pour Paulo, qui privera ses potes du fabuleux ASSE-Guingamp 2004 et du retourné de Bridonneau à la dernière minute. Qu’importe, la mariée est belle.
1999, les Verts renaissent au foot et Paulo part étudier en Italie. Il ne verra presque pas Alex-Aloisio. En janvier, sur les grandes ondes d’Europe1, les seules qu’il capte sur le vieux radio-réveil, il vit ASSE-OM (5-1) à coups de flashes d’info. Il hallucine, un but, deux, trois… Deux mois plus tard, pour la venue de Montpellier: 0-1, 0-2, 1-2, 2-2, 3-2, 4-2, 4-3, 4-4, 5-4. Les Verts sont de retour, c’est la folie en ville, Paulo apprécie, même s’il juge l’enthousiasme édulcoré, excessif. Car, le foot est beaucoup moins marrant à l’âge adulte. Paulo a 23 ans, il est à l’heure de faire sa vie. La fac, les soirées, l’insouciance… C’était bien mais c’est fini. Pour les Verts aussi, faux passeports obligent.

Les Verts remontent, Caïazzo arrive, les Magic Fans marchent dans la rue pour défendre Anto. Le foot, ce n’est plus un ballon et vingt-deux joueurs. Un dimanche matin, Paulo rentre chez lui à 8 heures du mat’, un peu d’équerre après une nuit blanche. Avant de se coucher, il prend les journaux. Feindouno a fait gagner les Verts, 1-0 à Rennes. Il peut se coucher content… et heureux. Partis à deux la veille à 23 heures, ils vont bientôt revenir à trois. Espérons qu’elle n’aimera pas le foot. Il n’a pas envie qu’elle traîne au milieu des kops dans quinze ans.
Le boulot de Paulo l’amène à côtoyer par moments le monde du "milieu du terrain". Il parle aux anciens. Visite le stade. Le rêve. Sauf que le foot, c’est un peu le boulot maintenant. Et tout ce fric… ASSE-OM sous la neige, il a froid. ASSE-Lens à la fin de l’été 2006, il s’ennuie. Sans parler de Zidane et Materazzi. Paulo ne sait plus s’il l’aime vraiment ce sport. En tout cas, plus comme avant.


Tous les matins, il passe devant un bureau de tabac tenu par Eric Clavelloux, un ancien Vert des années 80. Eric Clavelloux jouait contre Marseille le 29 mars 1987. Quand il vient acheter son journal et entre dans la boutique, Paulo a huit ans et avec son oncle et sa tante, il entre pour la première fois au stade Geoffroy-Guichard...

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