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Pierre Martini

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Beckham, le passant anglais

Frais de Piquionne

"L'affaire Piquionne" éclaire les mœurs du football actuel et met en scène un joli casting de pieds nickelés et d'argousins. Elle démontre surtout toute l'absurdité du mercato d'hiver.
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En dépit des efforts de la presse spécialisée, à l'orée du mercato, pour faire croire que celui-ci va être extraordinairement animé –  exploitant ainsi un de ses principaux filons (le très virtuel marché des transferts) – il n'y a plus que les naïfs et les rêveurs pour penser qu'en dehors de quelques ajustements cosmétiques et de deux ou trois mouvements notables, la période va être agitée et produire des bouleversement dans les effectifs. La période est surtout propice aux habituels fantasmes des supporters… C'est d'ailleurs dans la catégorie "fantasmagories" qu'il faut classer deux des "infos" les plus abondamment traitées en ces mois de janvier et février: les annonces de l'arrivée de Laurent Blanc comme entraîneur de Nantes et de Yannick Noah comme griot du Paris SG.

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Foire aux bestiaux

On note également que les deux arrivées les plus remarquables sont pour le moment celles de joueurs libres: Barthez et Gallardo. Telle devrait d'ailleurs être la vocation de ce "marché d'hiver": permettre à des joueurs dont le contrat est échu, au chômage ou écartés par leurs entraîneurs de retrouver un club. En dehors de ces critères assez stricts, et dans le cadre de la limitation des mouvements à un par saison et par joueur, le mercato de janvier ne devrait pas avoir lieu d'être. C'était d'ailleurs ainsi que l'avait pensé la FIFA quand elle avait mené une longue réflexion sur la réforme du système des transferts... avant de céder à la libéralisation, renonçant à favoriser un regain de stabilité.
Il s'agirait pourtant de placer les clubs et les joueurs devant la responsabilité de leurs propres choix: s'ils se sont trompés, qu'il en prennent leur parti et attendent l'été pour rectifier le tir  – cette fois en tâchant de mieux y réfléchir. Cela ne ferait que les inciter à peser leurs décisions et les risques afférents, avec une réduction probable du nombre de mouvements.

Alors, faute d'une actualité réellement trépidante, que reste-t-il au mercato? On a la réponse avec "l'affaire Piquionne": des polémiques, des manœuvres et des psychodrames... Le cas est exemplaire. Avant la trêve, on a là un joueur qui réussit une excellente saison, confirmant le redressement de sa carrière depuis son arrivée dans le Forez (voir Piquionne and only), dont le contrat court jusqu'en 2009 et qui évolue dans une équipe en pleine bourre qui flirte avec le podium. Comparez avec la situation actuelle.


Poker menteur

Le feuilleton n'est flatteur pour aucune des parties concernées. D'abord pour l'OL et sa politique, qui semble viser autant la déstabilisation de ses adversaires que le renforcement de sa propre équipe. De Chamakh à Pauleta, les intentions des dirigeants ont souvent été troubles – sauf lorsque Jean-Michel Aulas, en (mauvais) joueur de poker, excessivement vantard, avoua avoir réussi son coup en affaiblissant le PSG quand celui-ci avait dû quasiment doubler les émoluments du buteur portugais. En l'espèce, on peine même à débrouiller les intentions réelles des différents décideurs olympiens: entre un Gérard Houllier qui excelle dans le brouillage de piste mais fait de Piquionne sa priorité, un Bernard Lacombe qui déclare ne pas être intéressé par le joueur et un Jean-Michel Aulas qui fait une offre manifestement insuffisante, le club a-t-il vraiment la volonté d'attirer à Tola-Vologe l'attaquant stéphanois?

La présidence bicéphale de l'AS Saint-Étienne a, pour sa part, fait une nouvelle fois la preuve de ses atermoiements et de son étonnante capacité à laisser dégénérer des situations pourtant maîtrisables. Une communication ambiguë – voire une absence de communication auprès du principal intéressé – a précédé un roulement de mécaniques assez pathétique à l'attention du rival lyonnais, et à des propos qui ont achevé de braquer leur salarié. Voilà notre duo Caïazzo-Romeyer joliment empêtré, contraint de grandiloquer en invoquant le peuple vert et en prenant toutes les apparences de la fermeté, masquant mal sa tentation de réaliser une bonne affaire.

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Les états d'âme du joueur

Quant au joueur lui-même... Tout le monde lui accorde d'être légitimement tenté par une offre lyonnaise qui le ferait – du moins s'il trouve sa place au sein de ce riche effectif – changer de dimension sportive à vingt-huit ans (en doublant ses 80.000 euros mensuels). Mais les incohérences de son propre discours transparaissent, tout comme son opportunisme, s'agissant de trouver le prétexte pour aller au clash définitif et officialiser le rituel "bras de fer" en se plaignant d'être "traité comme un esclave", ou en évoquant un dégoût tel qu'il envisage d'arrêter le football.

On est encore une fois frappé de l'ignorance, réelle ou affectée, des footballeurs quant aux aspects symboliques ou sentimentaux qu'accordent encore les supporters à l'appartenance à un club particulier. En l'occurrence, l'attaquant fait mine d'ignorer complètement le contexte particulier qui régit les relations entre Saint-Étienne et Lyon (1)... À moins qu'il y ait une part de calcul dans cette démarche, en ne prenant pas la moindre précaution pour évoquer un départ vers le rival régional, Piquionne a probablement achevé de se griller à Saint-Étienne en franchissant un point de non-retour. Il entend peut-être forcer ainsi la main de ses dirigeants. Mais pour peu que les Lyonnais trouvent leur bonheur ailleurs, ils auront réussi l'exploit de délester l'ASSE d'un de ses meilleurs atouts, sans même avoir à le débaucher. Et ceci, aussi bien si l'ex-Rennais est vendu à un autre club que s'il reste à Saint-Étienne. Mais soyons sûrs qu'en bons cyniques, les deux partis sauront interrompre la comédie pour s'entendre, finalement.


Clubs et joueurs ont-ils encore des intérêts communs?

Reprenons. Sans le mercato, toute cette affaire n'aurait pas eu lieu d'être. Ni le joueur, ni les dirigeants concernés n'auraient eu à envisager le départ d'un joueur en plein milieu d'une saison. Parce que cette hypothèse est toute simplement absurde, tout comme le règlement qui la rend possible... À l'arrivée, on a un professionnel qui compromet sa saison et celle de son club, entretient son image de "joueur à problèmes" et distend un peu plus le lien entre les footballeurs et les supporters en entretenant le stéréotype du mercenaire.

Piquionne affirmait récemment que si l'ASSE l'avait aidé à progresser (2), celle-ci lui était également redevable. C'est très exactement cette logique de progression commune, de don réciproque et d'intérêts partagés que désintègrent les pratiques de ce genre. À qui profite la dérive? Aux agents et autres intermédiaires, aux clubs débaucheurs – forcément les plus puissants sur le plan financier –, aux joueurs s'ils surmontent les turbulences sans se contenter de faire la culbute sur leur fiche de paie, et accessoirement aux médias spécialisés qui vont faire leur beurre de cette actualité extra-sportive. On sait justement que la compétition est devenue presque autant économique que sportive. Raison de plus pour la réguler.


(1) Dans le genre, c'est l'ancien Lyonnais Lamine Diatta qui a eu la main la plus lourde, en encourageant son partenaire à rejoindre l'OL, un club "qui ne se refuse pas". On se souvient aussi des larmes de Déhu, infoutu de comprendre en quoi son départ vers l'OM allait forcément être vécu – pour de bonnes ou de mauvaises raison, peu importe – comme une trahison par les supporters parisiens (voir La chasse au Déhu).

(2) Son propre agent, Karim Djaziri, soulignait les fruits du travail mené cette année avec Laurent Roussey.
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