auteur
Pierre Martini

Du même auteur

> article suivant

Anelka, trop bien compris

> article suivant

Revoir Guadalajara

> article précédent

Domenech, l'homme du milieu

Bain de jouvence dans le Chaudron

Saint-Étienne retrouvait la L1 contre Monaco, une fête à peine gâchée par la défaite… Voyage au pays de l'or vert, entre nostalgie certaine et avenir incertain.
Partager
L'AS Saint-Étienne revient dans l'élite, et le battage autour de ce retour est tel qu'il ferait presque oublier que les Verts ont déjà connu ce scénario il y a six ans à peine. Une première saison flamboyante et une autre marquée par l'affaire des faux passeports avaient vite consumé l'engouement. Un feu de paille qui avait bien failli détruire l'ensemble de l'édifice, musée compris, l'ASSE frôlant ensuite la faillite et la relégation sportive en National. Le monument du football français, en se maintenant et en sauvant ses finances in extremis échappa ainsi à un destin type Stade de Reims et surtout, s'offrit la possibilité d'une saison accomplie, couronnée d'un titre de champion de L2 en mai dernier. Entre-temps, la D1 est devenue L1, et la vogue de la "Foot nostalgie" est passée par là, à coups de réédition du maillot des années 70 et de revival des tubes d'alors — "Qui c'est les plus forts…" ou "Qu'il est beau le p'tit Rocheteau". Mickey 3D est même venu apporter une touche de modernité avec sa chanson sur Johnny Rep. Au cours des derniers mois, les reportages se sont multipliés dans la presse spécialisée et au-delà… Il faut dire que ce retour est une aubaine pour la Ligue 1, qui va s'honorer d'accueillir de nouveau un de ses plus gros palmarès, voir ses affluences moyennes augmenter significativement et accessoirement être de nouveau pimentée par la rivalité avec l'OL ("Le derby, c'est le seul truc qui permet à l'OL d'être associé à quelque chose de grand", nous a confié un supporter chambreur).

Saint-Étienne, priez pour eux Loin des flonflons, l'intersaison stéphanoise a pourtant été le théâtre de moments moins glorieux. L'accession en L1 à peine acquise, la lutte entre les actionnaires du club a abouti à la consécration d'un nouveau président (le troisième en un an), en la personne de Bernard Caïazzo, désormais seul aux commandes après l'éviction de Thomas Schnider et le retrait de Jean-Claude Perrin, autres co-actionnaires de la holding Exodia propriétaire de la SASP. Des manœuvres — auxquelles a pris part l'inévitable homme de l'ombre Luc Dayan — qui ont surtout causé le départ de Frédéric Antonetti, artisan de la remontée bien mal remercié, solidaire de son adjoint Christian Villanova subitement devenu indésirable. On se gardera d'essayer de débrouiller les fils des intrigues et à désigner les responsabilités, mais il est clair que l'ASSE, et c'est son drame autant que sa chance, suscite toujours autant de convoitises. Un peu de continuité aurait pourtant été la bienvenue dans les circonstances d'un rétablissement forcément fragile… Les nouveaux dirigeants se sont habilement préservé un fonds de légitimité, notamment en donnant à Osvaldo Piazza un rôle d'ambassadeur, et en nommant au poste d'entraîneur un Élie Baup qui connaît la maison et dont les compétences ne font pas de doutes. Mais malgré cela, le divorce est consommé avec une large fraction des groupes de supporters, qui ont le sentiment assez justifié que leur club est de nouveau le jouet d'ambitions personnelles. Les quatre groupes de stéphanois (Fédération des associés supporteurs, Indépendantistes stéphanois, Green Angels, Magic Fans) s'étaient ainsi associés pour protester et organiser une manifestation au moment de l'officialisation du nouvel organigramme. Les démarches de conciliation des dirigeants sont, depuis lors, restées vaines. Les ponts devront aussi être rétablis avec les collectivités locales, qui avaient largement contribué au sauvetage du club l'an passé. En guise d'avertissement la Ville a ainsi suspendu deux dossiers de subventions en juin dernier, les élus s'insurgeant unanimement contre le putsch et l'opacité qui l'a entouré.

Geoffroy est chaud Les abords du stade Geoffroy Guichard racontent aussi bien la diversité du peuple vert — au travers par exemple de la collection quasi-exhaustive des départements figurant sur les plaques d'immatriculation dans les parkings — que les soubresauts de l'histoire récente, avec le nombre considérable de maillots différents portés par les supporters, qui se distinguent par les innombrables sponsors et équipementiers successifs. D'ailleurs, la Boutique des Verts, transformée en étuve faute de climatisation, ne dispose pas des dernières tuniques. Qu'importe, on se rabat massivement sur l'édition collector "Manufrance", à 50€ la nostalgie 100% coton, flocage en feutrine, et il y a autant d'attente aux caisses que dehors aux portillons d'entrée. Pour se convaincre que les temps changent quand même, il faut se rappeler qu'à l'époque glorieuse, le stade faisait rarement le plein en plein mois d'août, les usines fermant massivement et les ouvriers partant en vacances… Aujourd'hui, il y a longtemps que les cheminées qui entouraient le stade ont cessé de fumer. Mais l'enceinte est comble ce samedi, et lorsque le speaker lui annonce "notre chanson" et "nos Mickeys", comprenez qu'il s'agit du passage par la sono des hymnes susmentionnés de Jean-Luc Monty et de Mickey 3D. Les noms des joueurs monégasques sont copieusement sifflés, mais celui de Deschamps est très respectueusement applaudi. Les Magic Fans, que l'on annonçait en grève, exécutent un fort joli tifo dans la tribune Nord, quoique leur partie centrale choisisse très vite de ne plus brandir les papiers scintillants mais leurs écharpes, formant un trou vert (et comme un trouvère, ils chantent des chansons). Une banderole "Direction démission" — peut-être empruntée à leurs homologues bordelais — orne les grillages juste derrière les buts, à côté du désormais classique "Pour un foot populaire: stop business". Côté rancune, on a aussi lu ce message à l'attention d'Alassane N'Dour, de retour d'un prêt à West Bromwich Albion: "Tu as fui notre galère, tu oses revenir en première, honte à toi". La minute de silence, en l'honneur d'un joueur des années soixante récemment décédé, aurait été totalement respectée si un larsen persistant n'était pas venue la troubler.

Un match à handicap Malheureusement pour les locaux, après une minute de vacarme, c'est une seconde de mutisme qui salue le but de Chevanton, sur un tir en pivot fort bien placé. Cela n'éteint pas la ferveur des tribunes, au contraire, mais Piquionne n'aura pas la même efficacité en ripant sa frappe du gauche quelques instants plus tard pour la meilleure occasion stéphanoise, et les tentatives de ses coéquipiers en première mi-temps ne seront pas suffisantes pour inquiéter Flavio Roma. Les joueurs de Baup essaient pourtant de passer par les ailes, mais Piquionne est trop isolé au milieu de la dense défense rouge et blanche. Après la pause, l'ancien coach bordelais remplace Mendy par Gomis, qui vient épauler l'attaquant de pointe et offrir bien plus de solutions. La domination, ponctuée par un duel entre Citony et Roma, est d'autant plus nette que les Monégasques s'en remettent à leur solidité défensive pour préserver le score, tout en gardant une capacité (relative) à placer des contres. Et comme les Verts ne jouent peut-être pas assez haut, les occasions nettes restent rares, même si la pression s'accentue au rythme des fautes commises par les visiteurs, multipliant les coups de pied arrêtés au profit de la patte gauche de Hellebuyck. Malgré l'entrée de Compan en fin de partie, les visiteurs conserveront donc leur mince avantage jusqu'au bout, ce qui n'empêchera pas les spectateurs de pousser un dernier et sonore Allez les Verts après le coup de sifflet final.

Chevanton, "blessé" sur un contact et tombé au-delà de la ligne de touche, est parvenu à revenir dans l'aire de jeu en se roulant de "douleur", interrompant la rencontre.
L'ASM a su profiter d'un scénario idéal pour s'appuyer sur ses acquis: son secteur défensif (milieux récupérateurs inclus) a été très peu remanié et a parfaitement contenu les assauts adverses. Si Evra et Maicon ont peu utilisé leurs couloirs pour monter, le rideau Perez-Zikos-Bernardi a été redoutable. Le coup de patte de Chevanton lui assure un joli crédit de départ, mais le secteur offensif n'a pas montré grand-chose, en dehors du travail qu'il lui reste à fournir pour régler ses automatismes. Deschamps dispose en tout cas d'une belle base de travail. En dépit de la défaite, l'ASSE s'est rassurée sur sa capacité à soutenir le niveau de la L1: l'équipe est apparue homogène, bien en place, elle a tenu le coup physiquement et a rarement été débordée. Elle a aussi été capable, sans perdre sa cohérence, de passer du 4-1-4-1 de départ à un 4-4-2 plus offensif, avant de finir en 4-3-3. L'Ivoirien Zokora est prometteur, il a beaucoup provoqué dans l'axe, même s'il a été un peu brouillon et n'a pas toujours fait les bons choix. Sablé et Hellebuyck sont solides au poste, Citony a créé des décalages intéressants et la charnière Camara-Hognon n'a pas connu de soucis majeurs en dehors du but — qui est d'ailleurs plus de la responsabilité d'Ilunga. Peut-être manque-t-il un peu de talent individuel dans ce groupe pour faire des différences offensives: Piquionne a ainsi été volontaire, mais il risque de subir la concurrence de Gomis, Le Tallec ou Compan s'il ne se montre pas plus efficace que samedi. Pour cet effectif équilibré, l'efficacité risque justement d'être la clé de la saison, parce que la qualité collective semble être au rendez-vous. Le public rapportera quelques points, et pour peu que le club échappe à de nouveaux soubresauts internes, il a les moyens de remplir son objectif de maintien. On lui conseillerait même de ne pas en avoir d'autres pour les cinq prochaines années, histoire d'éviter les désillusions qui naîtraient de dangereux rêves de grandeur. L'AS Saint-Étienne a plus besoin de se construire un avenir que d'entendre encore les sirènes du passé, faute d'avoir pu établir avec ce dernier une continuité autre que mythologique.

Partager

> sur le même thème

Real : le modèle bat de l'aile

Les clubs et les équipes


Mathieu Garnier et Jérôme Latta
2020-07-17

Géographie des supporters français

Infographies – Quelles sont les zones d'influence nationales et les emprises régionales des clubs français, comment se disputent-ils le territoire? Réponses en cartographies interactives.


Christophe Zemmour
2020-06-27

Liverpool 2019/20, titre définitif

Les Reds ont décroché le titre national. Une récompense aussi désirée que méritée, dans des circonstances aussi uniques que cette équipe. 


Rémi Belot
2020-05-15

« À la fin, c'est l'institution OM qui tranche »

Il y a un an et demi, nous rencontrions Andoni Zubizerreta. Il nous avait parlé de son poste de directeur sportif et de sa manière de travailler… 


>> tous les épisodes du thème "Les clubs et les équipes"

Les brèves

Je crois que bon bon

"Laurent Blanc à Lyon, ça ne colle pas pour deux raisons" (foot01.com)

Aucun

"Euro U17 : qui sont les joueurs majeurs de l'équipe de France ?"

Autobiographie

"Ribéry : Des débuts fracassants." (lequipe.fr)

Ô Pep !

"Un pays africain rêve de Bruno Genesio !" (dailymercato.com)

Ruuuuuuuuuuuuuuuuuuud van Nistelrooy

"PSV Eindhoven : Ruud van Nistelrooy prolonge sur le banc des U19." (lequipe.fr)